CHAPITRE Ilf. — SEPTEMBRE
une incroyable composition en femmes. Mme Marrast ne fait pas du tout les honneurs de chez elle. Elle reste assise; c'est M. Marrast qui se charge des politesses.
9. — Des électeurs du département delà Seine m'ont engagé à me mettre sur les rangs pour la députation. J'ai fait une circulaire aux électeurs, et j'ai été au club central de la garde nationale; il n'y avait malheureusement pas plus de deux cents personnes. J'ai été appelé à la tribune, où j'ai fait ma profession de foi. On a voté sur mon admission provisoire comme candidat; j'ai été reçu à la presque unanimité.
12. — J'ai été ce soir au comité électoral du XI« arrondissement, à l'École de médecine. L'amphithéâtre était comble; on payait deux sous pour entrer. Il y avait, je pense, plus de douze cents personnes; j'y ai lu ma profession de foi.'
13, — J'ai été entendu avec faveur hier au club; un délégué du comité Israélite est venu me dire qu'il était envoyé par son comité, pour mannoncer que celui-ci m'avait choisi comme candidat et qu'il m'apportait trois mille voix. Ce succès du matin a précédé ma défaite du soir. Lorsque j'avais été entendu avec faveur par le club de la garde nationale et que j'avais été admis comme candidat provisoire, il n'y avait pas deux cents membres; ce soir, il y en avait deux mille. On a admis à concourir le maréchal Bugeaud, qui n'était pas venu au club. Il y avait sept candidats admis provisoirement : le général Castellane, l'abbé Deguerry, M. de Boissy, M. Marchai de Calvi, M. Bugeaud, M. Lefebvre et M. Achille Fould. On a procédé par ordre alphabétique. M. de Boissy a été admis à la presque unanimité, le maréchal Bugeaud a une majorité douteuse; j'ai été éliminé à une grande majorité, l'abbé Deguerry également. M. Achille Fould a été admis après trois épreuves. Les trois candidats du club sont donc iMM. de Boissy. Bugeaud et Achille Fould. Cette fantaisie d'être candidat m'a coûté cent soixante-seize francs.
14, — Le <> léger est venu du camp de Saint-Maur remplacer le i2« de ligne au camp des Champs-Elysées. Ce dernier régiment, avant-hier, à l'exemple de ceux de l'École militaire, a jeté ses gamelles de biscuit, disant qu'en temps de
République il n'en voulait pas, et que le pain était assez bon marché pour qu'on en donnât aux soldats. Les soldats de ce camp se plaignent hautement, dans les cabarets, de ce qu'on les laisse sous les tentes; ils crient contre le général Cavaignac et disent qu'ils ne tiennent pas du tout à ce chef-là; qu'on leur en donne un autre !
15. — La décoration de la Légion d'honneur sera provisoirement modifiée ainsi qu'il suit : La couronne qui surmonte l'étoile sera supprimée; le centre de l'étoile présentera d'un côté la tète de Bonaparte avec cet exergue : Bonaparte, premier consul, 19 mai 1802, et, de l'autre, les deux drapeaux qui y sont actuellement, placés avec cet exergue : République française, et au centre la devise : Honneur et Patrie.
10. — Les soldats montrent un grand mécontentement de ce qu'on donne du pain blanc aux insurgés de Juin prisonniers, tandis qu'eux n'ont que du pain de munition; c'est la cause des révoltes qui ont eu lieu. On voulait leur donner du vieux biscuit pour la soupe. Le soldat est aussi fort peu satisfait de ce qu'on donne aux insurgés double ration de vin (un demi-litre), tandis qu'eux, qui les gardent, n'en ont pas.
17. — Le général Cavaignac avait résolu d'envoyer des représentants comme commissaires dans les départements, pour chauffer la République; ils étaient déjà nommés. Cela a donné lieu à des interpellations. M. de Falloux a fait un très beau discours contre cette mesure. Ce discours improvisé a beaucoup grandi dans l'opinion M. de Falloux comme orateur.
18. — Depuis le discours du général Cavaignac dans lequel il s'est vanté d'être le fils d'un conventionnel, on se persuade qu'il tourne aux rouges, et il a beaucoup perdu dans l'opinion. La misère et le mécontentement vont croissant. La mesure projetée par le général Cavaignac prouve qu'il croit la République en danger dans les départements.
Cette malencontreuse idée d'envoyer des représentants comme commissaires dans les départements vient du général Cavaignac, ou plutôt de Mme Cavaignac, sa mère, qui a une grande influence sur lui. Cette mesure était prise dans l'inté-