CHAPITRE in — OCTOBRE
regardé, depuis son premier ministère, comme un dissolvant de cabinet.
16. — Il y a vingt et un ans, dans l'avenue des Champs- Elysées, un palefrenier du roi Charles X. qui promenait des chevaux, renversa la petite fille d'une veuve anglaise. M. Barthe, depuis pair et alors avocat et carbonaro, s'empara de cette affaire et engagea cette veuve à faire un procès à la liste civile. M. le duc de Doudeauville arrangea la chose. Cette veuve voulait quarante mille francs, on conclut avec elle moyennant vingt mille francs et une pension de mille francs. Cette petite Anglaise est aujourd'hui la femme de M. Armand Marrast, président de l'Assemblée nationale. Je tiens cette anecdote de M. Auguste de Jonquières, alors employé au ministère de la maison du Roi, et qui fut chargé alors par M. de Doudeauville de faire cet arrangement.
17. — J'ai été le soir chez M. Thiers; là, comme ailleurs, on ne croit pas à la durée de la République. La nomination de Louis-Napoléon à la présidence est regardée par chacun comme certaine.
Le chef du pouvoir exécutif, Cavaignac, reçoit le mardi. Au dire d'une personne qui en sortait, il y avait des membres du corps diplomatique, quelques fonctionnaires, mais les salons étaient surtout encombrés de gardes nationaux qui vont là par curiosité; l'un d'eux, entre autres, avait sa casquette sur la tète au milieu du salon.
20. — Le nègre Mazuline, représentant de la Martinique à l'Assemblée nationale, est valet de chambre du général Pernetti; il est très attaché à son maître. Ses nouvelles fonctions ne lui permettant pas de remplir officiellement les anciennes, il reste dans la maison comme ami. Ce nègre a raison ; s'il quittait le général Pernetti et qu'il ne fût pas réélu, il pourrait se trouver sur le pavé.
22. — VAssemblée nationale d'aujourd'hui contient l'article suivant, de moi :
€ Le Moniteur de Vartnée du 19 octobre annonce que toutes les lettres de notification de retraite ont été retirées par les officiers généraux frappés. Si ce journal entend par là que
ceux-ci se reconnaissent satisfaits, il se trompe: privés de tout traitement, ils ont obéi à la nécessité; ils subissent la retraite, ^t rien de plus. Mon récépissé porte : Reçu comme contraint et forcé, avec la ferme résolution de protester et de réclamer contre l'illégalité de ma mise à la retraite, par tous les moyens de droit, jusquà ce que justice me soit rendue. »
M. de Lamartine est en congé. Il voulait faire dans toute la France une tournée de candidature à la présidence; il la borne à son département de Saône-et-Loire, le seul où il peut être bien reçu. Les renseignements qui lui sont parvenus sur la manière dont il serait accueilli ailleurs l'ont dégoûté des voyages. Toutes les chances pour la présidence sont en faveur de Louis-Napoléon, qui sera ensuite, en quelque sorte, empereur malgré lui.