‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 46 sur 206 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

M. Odiloa Barrot est le conseil de Louis Bonaparte. — Conversation avec le général vicomte Cavaignac. — Détails sur le chancelier Pasquier. — Rixes entre la garde mobile et la ligne. — Le journal le Constitutionnel est iiostile au général Cavaignac. — Celui-ci se vante d'un trait d'indiscipline. — Le maintien de la garde mobile est absurde. — M. Marrast proclame la Constitution, le 12 novembre 1848. — Raoul chez lord Normanby. — Diner ciicz le comte Mole. — M. Bastide et le secret des lettres. — Le « petit chiffre » de M. Campi. — Scène de pugilat entre M. Proudhon ot Féli.v Pyat. — Je suis présenté à Louis-Napoléon, le 2 décembre 1848, par la princesse Demidoll'. — Les courtiers électoraux du général Cavaignac. — Diner chez le duc Pasquier. — Le projet de loi pour les récompenses nationales produit un grand scandale. — Élection de Louis-Napoléon, par 6,035,242 sullrages, comme président de la République. — Louis-Philippe satisfait du mouvement napoléonien. — Formation du nouveau cabinet. — Le prince Louis-Napoléon s'établit à l'Klysée. — Le roi Jérôme est nommé gouverneur des Invalides. — Difficultés entre le prince président et son ministère. — Démission de MM. de Mallcville et Biais. — Réceptions du président de la République le l" janvier 1849. — Situation embrouillée. — M. Thiers au comité de l'instruction publique. — M. Grévy. — La Foire aux idées. — Le général Changarnier et M. Aladonise. — Discours du maréchal Bugeaud à Bourges. — Louis-Napoléon et sa famille. — Je suis invité au bal de l'Elysée, le 15 février 1849, — Troubles à Niort. — M. Thiers et le président Louis-Napoléon.

22 octobre. — Le général Changarnier a passé, au Carrousel, la revue des 2« et 10» légions de la garde nationale et de la légion d'artillerie. Cette dernière, de trois mille hommes, commandée par l'exalté (iuinard, est très belle comme tenue. La moitié, au moins, appartient à la république rouge; aussi un certain nombre ont-ils crié : « Vive la république démocratique et sociale ! » On se garde bien de leur donner des canons; ils viennent s'exercer sur deux pièces qui se trouvent dans la cour des Tuileries. Il est, au reste, absurde d'avoir dans la garde nationale des légions de cavalerie et d'artillerie.

Qui dit légion dit troupe de toutes armes; Tartillerie et la cavalerie devraient former des batteries et des escadrons dans leurs légions respectives. Ce serait un moyen de dissoudre comme corps cette artillerie qui inquiète.

23. — Le président Marrast avait provoqué la proposition d'une augmentation de six mille francs par mois à ajouter aux quatre mille francs qui lui sont déjà alloués pour sa représentation; il se croyait sûr de les obtenir, en considération des bals qu'il a donnés et de ceux qu'il était disposé à offrir à la cohue qu'il rassemble. A sa grande stupéfaction, à la presque unanimité des voix, l'Assemblée a repoussé la proposition du fastueux républicain.

24. — M. Odilon Barrot paraît être maintenant le conseil de Louis Bonaparte. MM. Odilon et Ferdinand Barrot l'appellent continuellement « Prince » à la Chambre. Hier, Louis Bonaparte est sorti de l'Assemblée pour s'en aller à Asnières avec M. Odilon Barrot, chez lequel il allait coucher.

J'ai vu hier mon camarade et ancien collègue de la Chambre des pairs, le général vicomte Cavaignac, oncle du chef du pouvoir exécutif. Il m'a fait compliment de mon article inséré le 22 dans V Assemblée nationale. Son neveu lui aurait dit à lui qu'il avait bien fait de signer la protestation des officiers généraux, mais il n'en est pas pour cela plus disposé à réparer cette iniquité.

Le général Cavaignac va déjeuner tous les dimanches chez son oncle, qui lui a dit qu'il ne voulait se mêler de rien, mais qu'il lui donnerait des conseils s'il lui en demandait. (Il est encore à lui faire une demande de ce genre: cependant il vise à l'héritage de son oncle, qui est riche.) Le vicomte Cavaignac m'a dit qu'il perdait quarante-cinq mille livres de rente depuis février; sa fortune était en actions de banques, de ponts, etc. Pendant que j'étais chez lui, on est venu lui faire signer une protestation contre une suppression de péage. Je le crois, au fond, flatté de la position de son neveu, quoiqu'il ne soit pas satisfait et point républicain. Le lieutenant général vicomte Cavaignac est un fort brave homme, avec lequel j'ai toujours été dans d'excellents rapports.

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