‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 51 sur 206 · La majorité, à Paris et dans toutes les élections · texte numérisé non relu

La majorité, à Paris et dans toutes les élections

connues, est énorme en faveur de Louis-Napoléon. L'attitude des représentants, dont la majorité était favorable à l'élection du général Cavaignac, est curieuse: les plus enragés commencent déjà à faire volte-face, ils disent qu'il faut respecter le suffrage universel et s'y rallier.

J'ai été le soir chez la princesse Demidoff. qui est, comme de raison, charmée: puis chez M. Mole, où on se réjouissait de l'immense majorité de Louis-Napoléon, ce qui assure la tranquillité.

13. — La discipline se relâche: le métier d'électeur pour les soldats n'est pas propre à la fortifier. Un sergent d'une compagnie qui votait, rue Tronchet. questionné pour qui il votait, a répondu : « Pour Napoléon î et tous ceux qui sont ici, sauf ce gredin-là (montrant un de ses officiers); mais il ne le portera pas loin, nous le lui ferons payer à la première occasion. >

Nous allons voir ce qui va advenir: il est probable qu Louis-Napoléon, après avoir pris possession de la présidence, ne tardera pas à être proclamé empereur, même malgré lui. Le général Cavaignac prend assez bien son échec: il dit qu'il ne lui est pas personnel, mais qu'il est une protestation contre la République. Il y a du vrai dans cette assertion. On m'a assuré, et quelqu'un à portée de le savoir, que Loui^- Philippe se réjouissait du mouvement napoléonien: non qu'il en soit satisfait, mais par haine de Henri V.

16. — J'ai été le soir chez la princesse Demidoff: il y était question du costume du Président. Il n'est pas militaire; il ne peut donc pas mettre d'uniforme, ce qui est assez embarrassant. Nous n'avons pas du tout les mœurs républicaine>. quoique nous soyons en Répubhque, et si Louis-Napoléon se présente en frac devant les troupes ou la garde nationale, cela paraîtra ridicule. La Constitution lui interdit de commander en personne la force armée qu'il dirige.

J'ai de là été chez le comte Mole, qui paraît avoir été consulté dans la formation du cabinet. Il y avait deux futurministres : M. Léon Faucher, des travaux publics, et le général Rulhière, de la guerre. Ce dernier s'est conduit en hon-

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