CHAPITRE IV. -JANVIER
« Général, les mesures toutes réactionnaires que vous prenez tendent à la désor.i,^anisation de la République; elles prouvent votre trahison à la République et à la Constitution. Je vous déclare traître à la République et à la patrie. Vous me demandez mon épée. Je la tiens de l'élection des volontaires républicains, je ne puis que la briser; mais, général, nous nous retrouverons. »
29. — Un grand déploiement de troupes a eu lieu dès le matin.
^ Le général Ghangarnier a fait prévenir le président de la Ghambre, Marrast, du rassemblement des troupes. M. Marrast a avoué lui-même à la tribune que ses gens n^avaient pas voulu laisser troubler son sommeil. 11 a ensuite mandé le général Ghangarnier auprès de lui. Ge dernier lui a répondu qu'il était retenu auprès du Président. G'est alors probablement que, poussé par M. Degousée, questeur, M. Marrast a nommé M. de Lamoricière commandant en chef des troupes chargées de la défense de TAssemblée.
J'ai été à deux heures et demie à la Ghambre. M. Lemançois. secrétaire général de la questure, m'a annoncé cette nomination. Au lieu de cela, le président a annoncé à la tribune que c'était le général Lebreton, l'un des questeurs, qui était chargé de la défense de l'Assemblée, d'accord avec le ministre de la guerre. Le fait est que M. Marrast a reculé, soit que M. de Lamoricière lui-même ait senti que cela le mettait dans une fausse position et ait refusé, soit qu'il ait la certitude que les troupes ne lui obéiraient pas, ce qui serait arrivé. Le général Ghangarnier a réuni hier les officiers généraux et leur a expliqué bien clairement que c'était à ses ordres seuls qu'il faudrait obéir; que si des représentants intervenaient, il ne faudrait pas les écouter, et qu'on ne leur devait le respect que sur leur siège.
La Reforme, ou un autre journal de cette espèce, a dit que le général Ghangarnier voulait avitellaniser les Parisiens, comme on avait fait à Perpignan.
Le général Bachelu a diné chez le Président de la Ré[)ublique avec Mme la maréchale Ney, Mme Regnaud de Saint-
Vàt JOURNAL DU MARÉCHAL DE CASTELLANE.
Jean d'Angely, iMme Salvage et une autre ancienne beauté de rEmpire: elles avaient toutes mis des turbans qui étaient à la mode à cette époque. Le général Bacbelu a raconté que le prince Louis l'avait fait ^ dîner avec quatre mameluks >.
30 Un grand nombre de chefs de club et de section ont
été arrêtés; parmi eux M. d'Alton-Shée. ancien pair, et les deux fils de M. Madier de Montjau. Paris est calme sur les places publiques, mais il y a de Tinquiétude dans les esprits.
21 Ce soir, M. de Tracy, chez Mme Narischkin. disait que le? ministres sont très contents. Le prince Louis-Napoléon est très ferme dans sa volonté de soutenir son ministère et de résister à l'Assemblée. Je le tiens de M. de iMorny, qui sortait de chez le Président, quand je l'ai rencontré.
2 février. — Le président Marrast a voté dans les bureaux pour la mise en accusation du ministère. Ce féroce rédacteur du National en est à dire qu'on ne peut pas gouverner avec la liberté de la presse.
Le président Louis-Napoléon a passé en revue la division Guillabert; il a été bien accueilU par les troupes. La fermeté qu'il a déployée depuis quatre jours l'a remonté dans l'opinion; presque tous les ministres ont montré du caractère. M. Odilon Barrot a été assez faible.
4^ On craint un mouvement populaire dans la semaine. La nouvelle du jour est le discours du maréchal Bugeaud à la "^arde nationale et aux officiers de la troupe de ligne, à Bourges. Il donne un chef aux départements dans le cas où une émeute renverserait, à Paris, le gouvernement.
t Si, par impossible, a-t-il dit, la république rouge venait à triompher un seul jour dans Paris, si elle parvenait à renverser le Président de la Bépublique. je me mettrais aussitôt à la tète de tous ceux qui voudraient me suivre, pour aller défendre la société, et je n'attendrais pas qu'un premier bataillon fût formé ou prêta partir; il ne me suffirait pour marcher que de quatre hommes et d'un caporal, et je suis convaincu que, de tous les coins de la France, de bons et courageux citoyens viendraient se serrer derrière moi... »