‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 55 sur 206 · __ Il y avait chez le duc Pasquier. comme tous les lundi · texte numérisé non relu

__ Il y avait chez le duc Pasquier. comme tous les lundi

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une foule d'anciens pairs et de gens considérables. Le ministre des finances l*assy était fort satisfait. J'ai fait compliment au préfet de police Robillot sur la manière dont il exerce ses fonctions, en homme habile et de caractère.

Les rouges sont effrayés, d'abord du déploiement de forces à Paris, puis du discours du maréchal Bugeaud à Bourges, qui leur prouve qu'un triomphe, même de quelques heures, ne les mènerait à rien. L'armée des Alpes, toutes les gardes nationales de la province, où l'on est très monté contre Paris, sont décidées à venir les combattre, ainsi que le gouvernement qu'ils institueraient, au lieu de le reconnaître, comme ils ont fait pour l'escamotage de la République en février.

L'attitude ferme du gouvernement impose même aux journaux rouges en ce moment, car ils prêchent la patience au lieu de la révolte immédiate, à laquelle ils engageaient leurs

I adeptes, il y a quelques jours; aussi les fonds montent d'une manière marquée.

7. — Le colonel Cornemuse, du 14* léger, a présidé d'une manière remarquable, avec fermeté et capacité, le second conseil de guerre qui a jugé les assassins du général Bréa et du capitaine Mangin. Il a remis à sa place un représentant de la Montagne qui, au lieu de se borner à sa déposition, faisait une philippique contre les gardes nationaux: il l'a fait lestement asseoir.

8. — Le président Louis-Napoléon est tiraillé par sa famille; il est d'abord brouillé avec Pierre Bonaparte, fils de Lucien, qui marche avec les rouges. Le roi Jérôme est très exigeant; il devrait cependant être satisfait de sa situation. Son fils Napoléon fait de l'opposition au ministère. Il a de l'esprit, mais nulle consistance; il passe sa vie avec Mlle llachel et autres actrices. C'est celui de tous dont la figure a le plus de ressemblance avec celle de l'Empereur.

14. — Je ne me suis point présenté chez le Président de la République, et je ne comptais pas y aller, tant que je serais dans une position illégale. J'ai donc été fort étonné et assez fi\ché de recevoir une invitation du président Louis-Napoléon, qui m'invite à aller à son bal du Kî février. J'avais prié sa

cousine, la princesse Demidofî, de lui dire que je ne pourrais me présenter chez lui, tant que je serais en retraite. Le général Wast-Vimeux, frappé aussi illégalement, a eu ces jours-ci une audience du prince Louis et lui a dit que, quoique n'ayant rien d'hostile contre la personne du Président, j'étais décidé à ne point me présenter chez le chef du gouvernement, tant que justice ne serait pas rendue aux officiers généraux. « Mais sans venir officiellement, a repris le prince Louis, il pourrait bien me voir. » Il a, au reste, dans sa conversation, annoncé qu'il était bien disposé à relever de la retraite les officiers généraux, mais il croit à l'impossibilité de le faire actuellement.

J6. — Le Président de la République a donfié un magnifique bal à l'Élysée-Bourbon, très bien ordonné; il y avait douze cents personnes, pas trop d'encombrement. Les salles étaient très bien éclairées, garnies de fleurs, les femmes très parées. L'aspect était tout à fait princier: aussi un officier supérieur du génie me disait : « Ce bal m'a l'air du bahi de la République. »

Le prince Louis-Napoléon n'est pas grand, mais sa tournure et sa manière sont agréables; il avait l'uniforme de lieutenant général de la garde nationale, avec le grand cordon de la Légion d'honneur par-dessus. Le corps diplomatique et les militaires étaient en uniforme; dans ma position, je n'ai pasj voulu en mettre : j'y ai été en frac avec ma plaque, mon grand cordon de la Légion d'honneur, et au cou ma croix de commandeur de l'ordre de Léopold de Belgique.

Le prince Louis-Napoléon m'avait invité sans que j'eusse voulu mettre le pied chez lui. Je lui ai dit en arrivant : « Monseigneur, je vous remercie d'avoir pensé à moi dans ma] solitude. » Il a repris : « Je tenais, général, à vous avoir », et il m'a tendu la main, ce qu'il a fait une autre fois, pendant le bal, en me demandant si je n'étais pas fatigué. Je lui ai fait] compliment sur sa fôte, qui était le premier bal de bonne | compagnie que j'eusse vu depuis longtemps.

On donne à chacun, en le présentant au Président, les titresj qui sont interdits par la Constitution; les valets de piedi

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