‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 62 sur 206 · CHAPITRE V. — JUIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — JUIN

tience, car, à en juger par les ant(5cédcnts, il était nécessaire pour qu'on entrât dans la période décroissante de ce fléau. 10. — Le maréchal Bugeaud, duc d'Isly, né à Limoges, le d5 octobre 1784, est mort à six heures et demie du matin du choléra. Il a eu beaucoup de succès en Afrique; il n'a pas été à portée, comme commandant d'armée, de montrer s'il avait du talent pour diriger les masses contre de véritables troupes. Il faisait de la popularité avec le soldat, et cela explique que l'armée des Alpes qu'il commandait soit fort démocratique, quoique ses sentiments ne fussent pas tels. Il avait montré, depuis les événements de Février, de bonnes dispositions pour le rétablissement de Tordre; ses écrits et ses discours dans ce sens le faisaient regarder par beaucoup de gens comme appelé à sauver le pays. C'est ce qui a fait que, pendant sa maladie^ on faisait queue à sa porte pour savoir de ses nouvelles, et que beaucoup de gens regardent sa mort comme un malheur public. Il était essentiellement mobile, et j'étais loin de partager les espérances de la masse des amis de l'ordre. Lors des événements de Février, lorsqu'il a eu le commandement des troupes, il n'a rien fait; il a dit que le Roi l'avait empêché d'agir, et, grâce à son bonheur accoutumé, on a trouvé l'excuse bonne.

Il y a trois jours, la politique faisait qu'il n'était presque pas question de choléra; depuis trois jours, l'épidémie exerce de tels ravages qu'on ne parle que du choléra et plus de politique.

Le marquis d'Ormenans, M. Eugène Périer, qui étaient hier matin à la visite de corps des officiers au général Perrot, ont été enlevés par le choléra. M. de Ghelaincourt, M. de Glermont-ïonnerre ont aussi succombé.

11' — Dans le XII" arrondissement, la mortalité a été effrayante. Les rouges voulaient aujourd'hui faire un mouvement; les ouvriers, sous l'effroi du choléra qui les décime, n'ont pas voulu bouger. Cinq cents hommes, dont deux cents gardes nationaux de la 5' légion, s'étaient mis en marche pour l'Assemblée; se voyant seuls, ils sont retournés chez eux.

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