CHAPITRE VI — .Il ILIJ:T IKiO
revenir, la réclama sans succès; il insista, se fûcha. Mlle Judith finit par lui avouer qu'elle était au Mont-de-piété. Elle lui offrit les reconnaissances; il les refusa et la menaça de la poursuivre. Alors Mlle Judith s'ingénia pour la lui rendre. Elle connaissait le jeune Arthur de L...; elle lui fit le même conte du festin. Là-dessus il fut trouver sa mère, la marquise de L..., et lui parla d'un dîner qu'il s'était engagé, lui, à donner à ses camarades. Elle consent à lui lâcher son argenterie; il court la porter chez Mlle Judith, puis il n'en entend plus parler. Elle l'avait mise en gage pour retirer celle de M. Guillaume. La marquise de L... simpatiente; une explication vive s'ensuit entre son fils et Mlle Judith, mais cette fois il a fallu se contenter des reconnaissances du Mont-de-piété, et la marquise de L... les a payées pour retirer son argenterie.
16. — Le Président de la République a été le i5 à Amiens. Parti à sept heures du matin, il est revenu à onze heures du soir. Il y a eu un repas de soixante-dix couverts. Il a remis le drapeau aux gardes nationaux du département; on a beaucoup crié : « Vive Napoléon î Vive Napoléon II! Vive l'Empereur! » même : « Vive l'Empereur absolu! » Il y a eu de l'enthousiasme et peu de cris de : « Vive le Président! Vive Changarnier! » Les journaux modérés ne parlent pas de ces cris.
Le grand Opéra 'est fermé. Le directeur, M. Duponchel, ne pouvait y tenir. Chaque représentation lui coûtait six mille francs, il faisait cinq cents francs de recette. Le gouvernement sera obligé de venir de nouveau au secours de l'Opéra, qui attire à Paris une foule d'étrangers. On annonce qu'il est fermé pour deux mois seulement.
17. — Le général de Lamoricière est parti pour sa mission ; il se rend au quartier général de l'empereur de Russie.
19. — J'avais adressé à l'Assemblée nationale une pétition pour être rétabli sur le cadre d'activité. M. d'Ollivier, rapporteur, a conclu au renvoi de ma pétition au ministre de la guerre. Comme le rapporteur s'est plaint qu'on eût renvoyé des officiers généraux pour charger le budget en en nommant d'autres, M. Cavaignac est monté à la tribune pour dire que le gouvernement provisoire avait pris la mesure d'exclusion, et
que lui n'avait fait que remplir les cadres fixés. C'est une espèce d'excuse de sa part et presque une amende honorable d'avoir défendu Tannée dernière cette mesure.
Le marquis d'Havrincourt. gendre du duc de Mortemart. était venu la veille et le matin chez moi, avec beaucoup d'obligeance, pour s'instruire à fond de la question des officiers généraux. Il a, avec talent et clarté, appuyé le renvoi au ministre de la guerre proposé par le rapporteur. Il a parlé en même temps avec succès de l'inamovibilité de la magistrature. Il y a eu des interruptions de la Montagne, elles ont été couvertes par les applaudissements de la droite.
M. Gharras a eu la malheureuse idée de défendre la mesure du gouvernement provisoire. Il a dit qu'il voudrait que tous ceux qui y ont participé' eussent aujourd'hui le même courage; que le conseil de défense avait été consulté (MM. de Lamoricière, Bedeau en faisaient partie, et même le général Oudinot); que dans le comité de la guerre de l'Assemblée constituante, trois membres seulement s'étaient prononcés contre l'ordre du jour. (On a remarqué en ce moment que le général Bedeau pâlissait.) On sait fort bien, au reste, que c'est M. de Lamoricière qui a poussé à la mesure contre les officiers généraux, et qui a fait agir M. Gharras dans ce sens.
Il était allé à Nantes chercher madame sa femme pour l'emmener à Saint-Pétersbourg; il na donc pas pris part à la discussion.
M. Gharras, sans m'attaquer personnellement, a conclu à l'ordre du jour sur ma pétition.
La majorité, composée des trois quarts de l'Assemblée, a renvoyé ma pétition au ministre de la guerre. On a remarqué que le général Bedeau sest levé pour. Le général Cavaignac ne s'est levé ni pour ni contre, et il a empêché M. Gharras de se lever contre, apparemment comme chose inutile, vu la majorité. On lui a entendu dire : « Ne vous levez pas. » La discussion a été orageuse. Il y a eu même un moment d'interruption de la séance avant de reprendre le rapport des pétitions.