‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 70 sur 206 · CHAPITRE VI — AOUT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI — AOUT

été détenu pendant six ans. Il a voulu revoir la citadelle où il a expié, a-t-il dit lui-môme, « la témérité de ses entreprises ». Il a passé une revue, assisté à un Te Deum^ fait mettre en liberté Bou-Maza. On a crié : « Vive l'Empereur ! » encore plus qu'au voyage d'Amiens. Le Président a bu, au festin, à l'observation des lois; mais pour la République, il n'en a pas été question.

26. — Le président Louis-Napoléon a reçu, ce qui ne lui était pas arrivé depuis quinze jours. Ily avait assez d'hommes à son jeudi, mais peu de femmes.

29. — Le Président de la République est parti à six heures du matin par le chemin de fer d'Orléans pour Angers. De là il ira à Nantes par le bateau à vapeur. Il y a des fêtes et des festins préparés partout. Des rédacteurs de journaux — il y a certaines feuilles (lui y en ont trois — sont partis avec le convoi. Ils seront défrayés de tout; non seulement le chemin de fer les transporte gratis, mais ils ont des cartes pour loger, déjeuner, dîner et danser. Nous ne manquerons donc pas de relations de voyage.

Ce matin, lors du départ du Président, sur la place Beauvau, il y a eu des cris de : «r Vive l'Empereur! »

i" août. — Le conseil d'État a voté d'urgence et à l'unanimité la mesure de réparation vis-à-vis des officiers généraux illégalement mis à la retraite. Frappé de sa justice, il a considérablement amélioré la loi du ministre de la guerre. Le général Rulhière proposait de les faire rentrer dans le cadre à raison d'une vacance sur trois. C'était un leurre pour beaucoup, qui auraient atteint Tàge de disparaître du cadre d'activité avant d'y arriver. Dans le projet du conseil d'Etat, en trois articles, les olhciers généraux reprennent immédiatement leur place sur le cadre d'activité, à leur rang d'ancienneté. Le cadre sera successivement réduit au nombre, fixé par le gouvernement provisoire, de soixante-cinq généraux de division et de cent trente généraux de brigade par suppression d'une vacance sur trois. Les officiers généraux illégalement à la retraite devront, dans le délai de trois mois, faire connaître s'ils préfèrent y rester ou reprendre de l'activité.

Le secrétaire général du conseil d'État m'a promis que ce projet de loi serait envoyé demain à midi au ministère de la guerre. Si le ministère veut demander l'urgence et présenter immédiatement le projet de loi, toutes les probabilités sont pour qu'il passe avant la prorogation. Le conseil d"État a envoyé l'exposé des motifs; le général Rulhière n'a donc qu"à mettre la loi dans son portefeuille et à la porter à la Chambre. Il n'a pas d'effort d'éloquence à faire, ce qui est beaucoup

pour lui.

J'ai dîné chez la comtesse des Roys, ou plutôt chez Mme Hoche, sa mère, car c'est elle qui tient la maison. Il y avait des gens d'opinions diverses. La couleur de la maison est orléaniste. M. Mignet, le peintre Ary Scheffer et quelques autres y étaient. J'ai raconté à M. Mignet que M. Thiers se perdait vis-à-vis de la majorité en ne voulant pas être ministre. J'ai vu que ce propos sur son intime ne lui plaisait pas. Il croit à la possibilité de la régence, et j'ai constaté par sc> propos que M. Thiers était violemment pour et opposé à la légitimité. Cela s'explique :M. Thiers a fait arrêter la duches> de Berry. Dans ses ouvrages sous la Restauration, il ménageait la branche aînée des Bourbons; dans ceux qu'il a écrits sous l règne de Louis-Philippe, il les a fortement attaqués. M. Thier^ ne croit pas en conséquence pouvoir être ministre dans le caoù Henri V reviendrait.

0. — Le ministre de la guerre a enfin porté à TAssemblr' un projet de loi pour la remise en activité des officiers généraux qui ont été violemment expulsés de l'armée. La Chambre a prononcé l'urgence.

J'ai été le soir chez le président de l'Assemblée, Dupin. J'ai été frappé de la richesse et de la beauté des nouveaux appartements de la présidence; ils n'avaient été ni construits ni meublés dans l'hypothèse d'une république, mais, achevisous la monarchie, ils n'ont été ouverts que sous la République; le tout est magnifique. Le président Dupin m'a fait compliment sur la loi; j'ai été entouré de députés qui m'en ont parlé comme s'il ne s'agissait que de moi. Il est heureux que la chose ait été engagée par ma pétition.

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