CHAPITRE VI. — SEPTEMBRE
affaires étrangères n'avait réuni de pareilles figures. Cette soirée du 25 a été une curiosité qui n'est pas à répéter, dans l'intérêt de la dignité du pays. Le corps diplomatique a dû être édifié de cette réunion démocratique et sociale.
Le prince Louis-Napoléon est venu à Paris pour le conseil; il habite les petits appartements de Saint-Cloud, et ne reçoit personne.
28. — J'ai eu une audience du prince Louis-Napoléon pour le remercier de l'intérêt qu'il a pris à ma remise en activité. Il m'a dit qu'il saisirait l'occasion de m'employer comme je le désirerais. Je l'ai entretenu de différents détails du métier et de son intérêt à avoir un ministre de la guerre capable, et non une nullité obéissante, pour la commodité des autres ministres. Il m'a très bien écouté. Ses courtes réponses ont été très sensées et celles d'un honnête homme. Je suis sorti de chez lui fort content.
Le général de division Guehéneuc, frère de la maréchale de Montebello, ancien aide de camp de l'Empereur ; Mme de Mirbel, le peintre en miniature; M. de Poilly, père de Mme Charles de Fitz-James, sont morts du choléra. Ce fléau, sans avoir augmenté d'une manière sensible, vient de frapper quelques personnes connues.
1" septembre. — L'arrêté qui me remet en activité est enfin signé. Chose incroyable, le général Rulhière aurait eu des difficultés à vaincre pour obtenir la signature du Président. On prétend que le général Changarnier ne voulait aussi la réparation que pour un petit nombre. Si cette opposition du général Changarnier est vraie, comme j'ai lieu de le craindre, mon amitié pour lui fait que j'en suis fâché; cela ne pourrait que lui faire du tort si cela était connu, et je me garderai bien de le dire. Il faut avouer que cette réparation d'un acte illégal n'a pas été facile à obtenir, et qu'il y a eu à lutter jusqu'au bout.
S. — Les journaux vont sans doute faire grand bruit de ce que M. Odilon Barrot a été faire l'ouverture de la chasse aujourd'hui à ChaïuplAtreux, chez le comte Mole. (]ela s'est passé tout à fait en famille; il n'y avait en étrangers que lord Normanby, venu de Chantilly, ma fille Contades et le général
d'Arbouville, cousin de M. Mole. M. Odilon Barrot est parti pour la chasse en compagnie de M. de La Ferté. gendre de M. Mole; il est devenu très conservateur dans ses propos, fort hostile aux révolutionnaires, et il fait des med culpd sur son passé. Le comte Mole et lui sont en coquetterie pour le quart d'heure. Le général Ghangarnier, de son côté, qui ne chasse jamais, a été à Ferrières chez M. de Rothschild, pour faire l'ouverture de la chasse.
16. — Le citoyen Bastide, pendant qu'il était ministre des affaires étrangères de la République, se trouvait un jour en voiture avec le marquis deBrignole. ambassadeur de Sardaigne. Il lui demanda si le cigare ne l'incommodait pas. L'ambassadeur, étant poli, lui répondit : « Non. » Alors l'ancien marchand de bois prit une allumette et la frotta contre la semelle de ses bottes. Cela s'appelle maintenant : se procurer du feu à la Bastide.
M. de Persigny, envoyé en Allemagne en mission particulière par le Président, dépense beaucoup d'argent et déploie un grand luxe; il a dîné à Berlin avec le roi de Prusse et est à Vienne en ce moment; il se fait appeler < le vicomte > gros comme le bras.
2 octobre. — On donnait depuis quelque temps à la Porte- Saint-Martin une pièce intitulée le Siège de Borne, dans laquelle on faisait paraître le Souverain Pontife. On le traînait moralement dans la boue et on couvrait de huées nos soldats. Le général Ghangarnier, avec beaucoup de tact et de raison, avait défendu qu'il fût fourni des soldats pour figurants. Il y a eu relâche par ordre de l'autorité. Aujourd'hui, le ministre Dufaure s'est enfin décidé à interdire cette pièce; sans cela, il aurait été vivement interpellé à la Ghambre par les représentants de la majorité.
12. — Le prince Louis-Napoléon a renvoyé la garde nationale de l'Elysée. Il a pris le prétexte que ses finances ne lui permettaient pas de nourrir autant d'officiers de garde; il a aussi réduit les trois cents hommes de ligne à cent. On a témoigné, à l'état-major de la garde nationale, un grand mécontentement; le général Perrot parlait lui-même d'offrir sa