CHAPITRE VI. - DÉCEMBRE
vrai que les manifestations socialistes y sont vigoureusement réprimées; ceux qui s'en rendent coupables sont mis soixante jours en cellule, puis on les dirige par la gendarmerie sur Toulon, d'où on les envoie en Afrique. Le voyage dure de deux à trois mois. Cette punition a été appliquée dans l'armée de ]>aris depuis dix-huit mois, à une moyenne de vingt-cinq sous-officiers ou soldats par régiment.
14. - Je me fais faire, en pied, un portrait d'aïeul, par un débutant peintre nommé Bin. Il est possible que cela réussisse; dans tous les cas, cela transmettra à mes petits-enfants mon uniforme, mes croix, cordons et ordres.
II y a ici une comtesse de Stackelberg, avec sa fille, grande brune à l'air spirituel; elles reçoivent les vendredis, on y trouve le corps diplomatique et beaucoup d'étrangers Mlle de Stackelberg a des talents; elle peint très bien à l'huile.
Le comte de Stackelberg est un ancien ambassadeur de Russie à Naples; il a quatre-vingt-cinq ans.
15. - Le général d'IIautpoul a fait une circulaire aux colonel, de gendarmerie, dans laquelle il leur prescrit de rendre compte de toutes choses. Le Président de la République a fait insérer dans la Patrie et dans quelques autres journaux un petit article annonçant qu'il ne connaissait pas, comme on l'avait dit avant sa publication, la circulaire du général d'IIautpoul ce qui veut dire, en d'autres termes, qu'il ne l'approuve pas.
io*.-Dans la même maison que moi loge une Mme Marliani, femme d'esprit, qui reçoit une foule de libéraux; elle est fort pohe pour moi, et m'a beaucoup engagé à aller chez elle J'y vais de temps en temps avant de sortir. J'y suis monté ce soir, .ly ai vu une femme paraissant encore assez jeune- il n'y avait pas beaucoup de lumière, et je n'ai pas pu bien voir son visage; elle fumait une cigarette. Mme Marliani m'a bientôt en parlant de Maurice de Saxe, dont George Sand descend dii côté gauche, fait comprendre que c'était elle. George Sand, aussitôt une cigarette finie, en prenait une autre. Il y avait là un monsieur de beaucoup d'esprit qu'on appelait . le capitaine . et dont je ne sais pas encore le nom. Démocrate enrai?é Il disait que les démocrates étaient les plus forts, mais il s'affli'
geait. ainsi que George Sand et un autre jeune homme, de leur division en différentes sectes, ce qui les perdrait. Sur ces entrefaites est entré un monsieur assez grand, gros, Tair commun. George Sand s'est avancée vers lui, Ta embrassé en lui disant : « Il y avait longtemps que je ne vous avais vu. » C'était le fameux général Pepe. Ce Pepe n'est qu'un traître, puisqu'au lieu de revenir à Naples avec les troupes que son roi lui avait confiées, lorsque celui-ci lui en a donné l'ordre, il est passé aux insurgés italiens avec tous les soldats qu'il a pu entraîner. C'est ainsi qu'il est devenu commandant en chef à Venise et qu'il a défendu cette ville avec des condottieri de tous les pays. A mon avis, le roi de Naples est le seul souverain qui ait montré du caractère et qui soit venu à hout des insurrections de son pays avec ses seules forces; il a soumis la Sicile en dépit des menées de l'Angleterre qui favorisait 1»^insurgés, ramassis de toutes les nations.
iS. — II y avait foule chez le ministre des finances Fould : le Président de la République y dînait. Chacun de ses ministres le régale à son tour, à l'occasion de son élection du 10 décembre. Les ministres actuels ont l'air d'être en visit chez eux; on est tellement accoutumé maintenant à les voir changer, qu'on va plutôt visiter l'hutel du ministère que l'individu qui l'occupe momentanément.
27. — M. de Nieuwerkerke était à la réception de l'Elysée: il a pris ce matin possession de sa place de directeur des Musées. M. de Nieuwerkerke est un sculpteur remarquable; la place de directeur des Musées est tout à fait dans ses goûts, il convient à sa place, et, sous ce rapport. on ne pouvait faire un meilleur choix. C'est un brave garçon; je lui ai fait sincèrement mon compliment.
29. — Le Président de la République avait écrit au président de l'Assemblée législative pour lui demander à quelle heure il conviendrait à la députation de l'Assemblée de se rendre chez lui, le jour de l'an. M. Dupin a mis la lettre dans sa poche sans y répondre, après avoir consulté le vice-président Daru et le questeur Le Flô. Un peu plus tard. M. Rouher. au refus de M. Ferdinand Barrot, qui redoute au dernier point