‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 8 sur 206 · CHAPITRE P1U:MIER. — JANVIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE P1U:MIER. — JANVIER

M. Lacave-Laplagne, qui est le ministre qui a fait le plus audacieusement placer ses parents et fait le plus de traités dans le genre Petit, a nié aussi. Le ministère a obtenu un ordre du jour favorable, mais cette séance n'en est pas moins détestable pour lui; ce qui s'est passé, les injures qu'on a dites en face au président du conseil ne peuvent qu'ajouter à la déconsidération du ministère.

M. Desmousseaux de Givré a, dès l'année dernière, abandonné le cabinet, dont il était un des défenseurs les plus ardents.

24. — Le Roi et la Reine ont reçu pour la première fois depuis la mort de Madame Adélaïde; il y avait foule. J'ai été frappé de la bonne santé du Roi. Leurs Majestés recevront dorénavant les lundis, mercredis, jeudis et samedis.

25. — Au comité des inspecteurs généraux, nous avons examiné les chefs de bataillon proposés pour le grade de lieutenant-colonel. J'ai pris la parole encore une fois en faveur des officiers qui, par leur âge, offrent de l'avenir, puisque je vois des chefs de bataillon de cinquante-sept ans, beaucoup de cinquante-six, et qu'il n'y en a que deux de quarante ans. J'ai dit qu'il fallait cependant songer à nous donner des successeurs, qu'il n'y avait que deux lieutenants généraux de l'Empire dans le comité, Fezensac et Schramm, et deux colonels du même temps, Sébastiani et moi.

Là-dessus, M. de Rumigny, qui, comme aide de camp du Roi, doit tout son avancement à son service de château, est parti comme une soupe au lait; il a dit qu'il fallait regarder l'âge pour rien, et seulement les services. Quand il a eu fini ses divagations, j'ai continué en disant que, quant à moi, je n'avais que peu d'étapes à faire pour arriver à réternité, mais que je ne pouvais pas ne pas me préoccuper de nos successeurs, dans l'intérêt de mon pays et de l'avenir de l'armée.

J'ai dit que rester longtemps capitaine et n'arriver que tard aux grades supérieurs donnait des idées rétrécies, tandis qu'au contraire être encore jeune dans les hautes fonctions agrandissait les idées.

Cela n'a pas paru le moins du monde agréable à la majorité du comité.

Les ministres de la guerre, pour se débarrasser des obsessions des députés, ont inventé de faire donner par les inspecteurs des numéros de mérite aux candidats, afin de pouvoir répondre qu'ils sont bien fâchés que leur classement ne leur permette pas d'avancer leurs protégés, ce qu'ils aiment mieux que d'avoir le courage de leur dire en face qu'ils ne le veulent pas, parce qu'il y en a de plus méritants. On n'a de pouvoir que quand on en use; c'est pour cela que le pouvoir exécutif s'en va; chacun cherche à éviter à tout prix une responsabilité.

Cet avancement par l'élection des inspecteurs généraux a plus de portée que ne l'ont supposé ceux qui l'ont inventé, parce que cela leur était commode ce jour-là. Il est bien à peu près établi que les numéros des inspecteurs ne sont que des indications auxquelles le ministre de la guerre n'est pas tenu de se conformer exactement; cependant il n'oserait s'en écarter trop. 11 passe bien quelquefois un numéro, mais c'est pour y revenir ensuite. Avec ce système, il ne se passera pas dix ans avant que cette élection des inspecteurs généraux soit un droit, et que le pouvoir du Roi soit réduit, comme pour les nominations à l'ancienneté, à l'expédition des brevets de nomination.

l^S. — J'ai été à la Chambre des députés: il y a eu encore un colloque pitoyable entre M. Emile de Girardin et le garde des sceaux Hébert sur de petits actes de corruption. M. de Girardin a dit qu'on avait parlé d'un tartufe de religion, d'un tartufe de probité (M. Guizot), et qu'on pourrait parler maintenant d'un tartufe de justice.

31. — Je suis parti de Paris à dix heures du matin, et je suis arrivé à Rouen à une heure de l'après-midi. Les fabriques ont repris un peu, mais les négociants n'ont aucune confiance; ils ne veulent se livrer à aucune spéculation, ils préfèrent attendre.

9 février. — Le comte de Germiny adonné un beau bal. Sa maison est magnifique; il reçoit chaque semaine, ce qui lui

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