‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 80 sur 206 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

Bal chez le président de l'Assemblée, Dapin, chez le prince Calimaki. chez la comtesse do Behague. — Aventure du général Lamoricière au carré Saint-Martin. — Je suis nommé au commandement de la division de Bordeaux (12' division), en y joignant le commandement supérieur de celles de Nantes et de Rennes (14* et 15« divisions). — Je pars pour Bordeaux le 18 février 1830. — Ma réception dans cette ville, le 21 février. — J'y retrouve d'anciennes connaissances. — L'archevêque Donnet. — Je vais à Libourne, pour allermir l'autorité du sous-préfet Le Provost de Launay. — Tournée d'inspection dans les départements de l'Ouest qui sont sous mon commandement. — Je passe par Blaye, Saintes. Rochefort, la Rochelle, Fontonay-le-Comte, Napoléon-Vendée. — Lopopulations montrent peu d'enthousiasme pour la République. — Arriv< > à Nantes le 5 avril 1830. — Je prononce partout des discours énergiques en faveur du maintien de l'ordre. — Je visite Vannes et Pontivy. — Je reçois du ministre de la guerre, le 11 avril, l'ordre de partir pour Poitiers, pour passer la revue du 11* léger, envoyé en Afrique à cause de son indiscipline et de ses tendances socialistes. — Je remets l'ordre dans ce régiment, à tel point que je lui fais réprimer une émeute. — Catastrophe d'Angers, le 3« bataillon du 11" léger précipité dans la Maine par la rupture d'un pont suspendu. — Je me rends dans cette ville avec le Président de la République et le ministre de la guerre. — Conversation avec le prince Louis-Napoléon. — Je retourne à mon inspection. — Le Monileur m'apporte à Lorient, le 28 avril 1850, la nouvelle de ma nomination au commandement de Lyon. — Je viens à Paris prendre congé du président Louis-Napoléon et du ministre de la guerre d'Hautpoul.

26 janvier. — Le bal du président de rAsscmblée, Dupin, était superbe. Les nouveaux appartements de la présidence sont à peu près ce qu'il y a de mieux à Paris pour donner une fôti Je les trouve supérieurs à ceux de lllùtel de ville. Il y avait beaucoup de monde, mais pas trop pour les immenses salons Les femmes étaient très parées. Le Président delà République y était en uniforme. J'ai été frappé, pendant que j'attendais ma voiture, du soin avec lequel on appelait les gens par le titre de leur maître. M. Dupin est cependant loin d'être aristo-

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crate.et nous sommes en Uépublique. Il est vrai que r'e^t nar surprise; elle n'est pas dans nos mœurs, et au fond;' .auf quelques ambitieux croyant y trouver leur compte, personne n en veut; on la subit, et voilà tout.

27. - Le journal fAssetnblce nationale a inventé de mettre qu .1 y a, sous les auspices de iM. ïhiers, un traité d'alliance en re les généraux Changarnier, Lamoricière, Bedeau, Perrot et Magnan. C est à peu près comme si on alliait le feu et l'eau que de mettre ensemble les généraux Changarnier et Lamoric.ere. Changarnier n'aurait quà y perdre. Les généraux Bedeau et Magnan ne sont pas bien vus dans l'armée et le général Perrot n'a fait son avancement qu'à Paris. Cett'e prétendue alliance na pas le sens commun.

1" février. - Le prince Callimaki, ministre de Turquie a donné un grand bal. C'est le premier qui ait été offert par un ambassadeur de cette nation. Lui et sa femme sont Grecs ce qui explique qu'elle ait pu en faire les honneur^;

Mme Baillot, qu'on ne salue pas et à laquelle on ne fait pas attention ce que je trouve parfaitement grossier, son nom étant porte en tête sur les billets. Je ne manque pas pour mon compte de lui faire la plus profonde des révérences. Le bal était nombreux; la majorité de l'assemblée était de la société orléaniste. Il y avait quelques femmes du faubourg Saint-

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4. - Un commencement d'émeute a eu lieu vers trois heures au carre Saint-Martin, à propos d'un arbre de la liberté que 1 autorité voulait faire couper; en définitive, il est resté debout Cette agitation n'a été que locale et ne sest pas communiquée aux autres quartiers.

5. - Le ministre de lintcrieur a fait afficher une pruclama ion dans laquelle il dit que le préfet de police, dans I nterét de la circulation, a fait couper quelques arbres de la l'herté, mais que les autres resteront debout; ,,ue s'ils deve- « une occasion de désordre, ils seraient immédiatement

Cette proclamation a paru à beaucoup de gens une espèce de concession à l'émeute. A quatre heures du soir, il y a eu des rassemblements au carré et à la porte Saint-Martin; on faisait découvrir ceux qui passaient devant Tarbre, ils étaient forcés de saluer ce nouvel emblème de l'émeute. A six heures du soir, trois cents individus, la plupart jeunes, sont arrivés sur la place du Carré-Saint-Martin. L'un d'eux est monté sur l'arbre, qui, hier, était surmonté d'une statue de la République liée à 'l'arbre avec une ceinture rouge, et il y a attaché le triangle égalitaire avec le niveau. Les omnibus ne pouvaient plus passer; ils étaient obligés de prendre la rue des Gravilliers. L'ordre a été alors donné de couper l'arbre. Deux régiments, partis au pas de course des Tuileries, ont déblayé le carré Saint-Martin. Une compagnie de sapeurs du génie a fait disparaître l'arbre en un instant. Les groupes se sont

dissipés.

Le général Lamoricière avait reçu une espèce d'ovation samedi dernier au bal de l'Opéra. En entendant à l'Assemblée un officier du général Changarnier rendre compte au ministre de la guerre d'Hautpoul des rassemblements du carré Saint- Martin, il a cru qu'il y serait porté en triomphe; il s'est hâté de prendre une voiture et de s'y rendre. L'accueil a été tout différent de celui qu'il attendait. Le public n'était pas le même que celui de l'Opéra. Les ouvriers l'ont hué. battu, et ce n'est pas sans peine qu'il est parvenu à entrer dans un café. On a brisé deux barres de fer d'une fenêtre par où il a pu s'échapper, pendant qu'on envahissait cet établissement.

De là. il est passé par le manège Pellier, où il a pris un cheval sur lequel il s'est sauvé. Il a d'abord été chez le général Changarnier. 11 était couvert de poussière, il avait perdu son chapeau, sa redingote était déchirée. Il s'est de là rendu à l'Assemblée. A son entrée dans la salle, le montagnard Charles Lagrange s'est précipité dans les bras de M. de Lamoricière et

Ta embrassé.

Voici comment les amis de M. de Lamoricière expliquent sa belle expédition. Il avait été avec une voiture de louage voir une selle qu'il avait commandée, rue de Richelieu. En appre-

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nant qu'il y avait des rassemblements au carré Saint-Martin il a eu la cunos.té de s'y rendre. Il a mis la t«e à la , o t'r pour vo.r ce qui se passait; il a été reconnu, et ses jour, on menacés. Il est alors sorti de la voiture par l'autre port èr d ou .1 est parvenu, non sans outrages, à gagner le café

0. - La petite réunion de la coterie doctrinaire Bro-lie- Piscatory n a aucun succès; les doctrinaires ne sont pas ^vec raison, populaires. Ce qu'ils avaient de mieux à faire était de se fondre avec la majorité. Leur chef, Guizot, qui n' pa représentant, s'est sans doute consulté avec le duc d" B o'" pour cette faute politique. "lOoUe

J'ai été à un bal à l'IIOtel de ville, chez le préfet Berger La ohue était énorme, et la composition étaiî fort mêlée II , aval de jolis visages, de singulières toilettes; quelques char mantes personnes avaient les cheveux relevés en air avec une petite boucle en accroche-cœur

De là, j'ai été chez Mme Ilope. Là, il y avait un beau bal ^e^ct pa,,,. Mme Ilope est fille du général Rapp. Une des .icet st ornée du beau tableau de la bataille d^4usterHtz dans aquelle Rapp figui-e au moment où il vient ren e mpte I Empereur après la charge. ^

J: ~ ^«P"'*-!"'"" a abattu deux arbres de la liberté. Paris est tranquille. ^ an»

connÏ!''f " '" '''"^" '°"'"" *°"J°"'-^' P«" ''^ fe-""'es connues. La marquise de Béthisy y a fait son début. Lesappai-

ririT """f ^^ " ' '''"'' '^ j°'"^^ «=--'■ -' ^--

carême On s est retiré à une heure et demie. Suivant .on usage le Président était parti auparavant. A tout pr Id," ■ ai un beau bal. La modicité dos appointements d'u Présl" lent lu, a fait supprimer la partie solide du bullot. où Ion ne trouve plus que du thé, des sandwichs et du vin d. Ch-,,,,pagne. *

9^ - J'ai reru à six heures du soir une invitation du ministre 1^0 la .guerre pour passer dans la soirée à son cabinet. C'était pour m ollnrlecommandeuient Mipérinir des8% 10*etl3*divi Sions, dont les chels-lieux sont Montpellier, Toulouse et Cler'

212 JOURNAL DU MARÉCHAL DE CASTELLANE. mont-Ferrand, avec faculté, en outre, d'appeler les troupes de la 9« division, Perpignan.

J'ai accepté, tout en faisant observer que je préférerais trois

autres divisions.

Le soir, j'ai été au bal de la marquise de Béthisy, qui était très beau et parfaitement éclairé. Il y avait beaucoup moins de monde qu'elle ne s'y attendait parce qu'il y avait une conspiration dans la fine fleur du faubourg Saint-Germain, qui ne pardonne pas à M. de Béthisy d'être allé faire sa cour au roi Louis-Philippe, immédiatement après avoir été à Londres protester de son dévouement au comte de Chambord.

ii, — Jusqu'à quatre heures du soir, j'ai fait mes préparatifs de départ et je me suis occupé de recueillir au ministère | de la guerre des renseignements sur mon commandement. En sortant, j'ai rencontré, sur le trottoir, le général d'Hautpoul qui rentrait chez lui ; il m'a dit que ma destination était changée, qu'on avait réfléchi que, constitutionnellement, il fallait que ceux qui étaient pourvus de commandements supérieurs de divisions en eussent un en titre, qu'on allait me nommer titulaire à Bordeaux, avec cette division et le commandement supérieur de celles de Nantes et de Rennes. ^

13. — ha Moniteur d'aujourd'hui contient l'arrêté suivantdu Président de la République :

« Art. 1". — Le général de division de Castellane est nommé au commandemen^t de la 12- division militaire (^Bordeaux).

« Le général de division de Castellane aura, en outre, le commandement supérieur des 14* et 15« divisions militaires, dont les chefs-lieux sont Nantes et Rennes. .

20. — J'ai eu mon audience de congé du Président de la République; il a eu plus d'abandon avec moi qu'il n'en a eu jusqu'ici; il m'a remercié d'avoir accepté le commandement. Au milieu des éloges, il a percé qu'on lui avait dit que je tourmentais les troupes, etc.

Il m'a été facile de rétorquer son argument. Je lui ai dit que j'avais toujours désiré être jugé sur mes actes et non sur des calomnies, que personne ne nierait que j'avais formé les meilleurs officiers et les meilleurs régiments de l'armée. Le prince

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