‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 83 sur 206 · CHAPITRE VU. — MARS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU. — MARS

ii a ajoute : « Et à celle de M. le procureur générai; nous sommes heureux de vous voir tous deux. •

M. l'archevêque de Bordeaux ne sera jamais embarrassant pour aucun gouvernement; il aime tous ceux qui sont au pouvoir.

7. — M. de Santa Coloma, consul du Chili, consul général de la Confédération argentine, a donné un festin de vingt-cinq personnes en mon honneur. C'est un gros homme d'environ soixante ans, très poli; sa femme est très agréable. Leur fille aînée, Mme Surget, a un grand talent pour la musique. Le dîner était bon, splendide, les années et les crus des vins très variés.

9. — Je me suis rendu à Libourne avec M. le préfet Neveux, qui avait jugé ma présence utile dans cette ville. Le bataillon d'infanterie de la garde nationale, mal commandé, avait voulu faire, le 24 février, une réunion qu'il a empêchée; les trois compagnies d'artillerie, des marins, des pompiers, sont au contraire décidées pour l'ordre.

Le sous-préfet le Prévost de Launay s'est trouvé à cheval en uniforme avec le piquet de cavalerie qui est venu au-devant de moi à un kilomètre de la place; arrivé à la tête du pont, j'y ai trouvé le maire, les adjoints et des membres du conseil municipal. Là, des gens apostés et des gamins se sont mis à crier : « Vive la République! » pendant la harangue du maire, puis ils se sont tus. J'ai répondu au maire et je suis remonté à cheval. L'artillerie, les marins, les pompiers et la portion d'infanterie de la garde nationale sous les armes ont couvert les cris des gamins par ceux de : c Vive le général ! » Le 4» de chasseurs était en bataille; on a tiré le canon à mon entrée. La population m'a on ne peut mieux accueilli; les femmes agitaient leurs mouchoirs sur les balcons et m'ont jeté des bouquets. Le premier qui m'a été envoyé l'a été par Mme Princeteau, sœur du duc Decazes.

Chose singulière, le duc Decazes a obligé une foule de gens et il a fait un nombre considérable d'ingrats. Il n'a point de considération dans ce pays.

A trois heures, j'ai reçu les autorités. Les officiers du bataillon

(l'infanterie de la garde nationale avaient mis en délibération s'ils viendraient chez moi; ils s'y sont décidés, au moins pour la plus grande partie. J'ai d'abord parlé aux trois compagnie^ d'artillerie, de marins et de pompiers; je leur ai dit que je savais que la patrie pouvait compter sur eux; je me suiensuite retourné vers Tinfanterie, et je lui ai fait un speech sévère. Alors un capitaine, mettant la main au shako, a dit humblement qu'ils ne voulaient que ça : « l'ordre », et ils sont sortis tout penauds. j

Le sous-préfet le Provost de Launay nous a donné à dîner. C'est un grand jeune homme bien tourné, ferme, zélé; il dirige bien son arrondissement. Il désirait beaucoup ma venue, comme devant donner de la force à l'autorité: elle a été d'un très bon effet. Je suis revenu à Bordeaux dans la soirée.

13. — Une dépêche télégraphique du 13 mars, arrivée à Bordeaux à deux heures du soir, annonce que MM. Carnot. Vidal et Flotte l'ont emporté aux élections de Paris sur MM. Foy, La Ilitte et Bonjean, le premier avec six mille voix de majorité. Paris jouit de la plus parfaite tranquillité.

Les rentes ont baissé à la Bourse de Bordeaux de 1 franc 75. Marseille a été, comme Bordeaux, dans la stupeur en apprenant ces élections de Paris.

16. — On m'écrit de Paris : < Il y a ici, à propos des élections, de grandes déceptions: on croyait avoir trois modérés, on a eu trois rouges. Aussi chez M. Mole les figures étaientelles bien longues. On dit qu'à TÉlysée on n'est pas méccnitent. parce que cela pourrait donner le prétexte à un coup d Etat. »

22. — Le ministre de la guerre a ordonné d'envoyer en Afrique seize infirmiers qui avaient formé une association politique. On est venu m'avertir à plusieurs reprises que cela produirait une manifestation de la part des anarchistes; j'avais prescrit d'être prêt à prendre les armes et ordonné publiquement le départ des infirmiers, à sept heures du matin. J'ai envoyé un aide de camp pour les faire partir en ordre, à quatre heures du matin; ils n'ont pas dit un mot, le caporal le plu> ancien a pris le commandement et leur a défendu de faire du bruit en traversant la ville.

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