CHAPITRE VU. — MARS I80O
Lu infirmier qui avait tenu dans un café des propos excitant à la révolte avait été remis la veille à la gendarmerie. Il y a trois seri;ents infirmiers envoyés aussi en Al^'érie; comme ils ont des destinations particulières, lintendance leur donne des feuilles de route individuelles.
Cette institution des infirmiers est détestable; elle est due à Tinfluence et à la manie des intendants de vouloir avoir des soldats d'administration; si on n'y avait mis ordre, on aurait eu bientôt la moitié de l'armée en infirmiers, ouvriers et soldats du train des équipages militaires. Les soins des Sœurs de Charité sont bien préférables pour les soldats à ceux de ces infirmiers. En temps de guerre, où les infirmiers sont nécessaires, on ne manque jamais de mauvais soldats qui préfèrent relever et soigner les blessés plutôt que d'aller au feu.
26. —Le général de brigade Raoul, commandant l'artillerie de Paris, a été enlevé par une attaque d'apoplexie, le mercredi 20 mars, à dix heures et demie; il était né le 24 mars 1788, à Neufchûteau (Vosges); il était entré au service comme canonnier au 5« d'artillerie à pied, le 21 mai 1802; il faisait partie de l'artillerie de la garde en 1814 et suivit lEmpereur à l'île d'Elbe; après la bataille de Waterloo, il perdit tous ses droits d'officier, comme étant revenu de l'île d'Elbe, et fut appelé à Xaplespar le comte de Saint-Lcu, pour être précepteur de son fils Louis-Napoléon, aujourd'hui Président de la République. Le commandant Raoul passa ensuite dans l'Amérique du Sud. En février 1832, il apprit qu'une ordonnance du 24 décembre 1830 le réintégrait dans l'armée avec le grade de lieutenantcolonel, lia été sous mes ordres directeur à Perpignan. C'était un fort brave homme ; il est de ceux qui, pendant ma retraite, ne m'ont point oublié. Il était veuf; c'était un homme de cœur qui se consacrait à l'éducation de sa jeune fille, qu'il aimait beaucoup.
27. — Je vais partir en tournée d'inspection et j'ai fait différentes visites d'adieu; on est généralement fâché de me voir m'éloigner de Bordeaux en ce moment.