‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 86 sur 206 · CHAPITRE VII. - MAHS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. - MAHS

second. J'ai reçu les différentes autorités civiles, militaires et judiciaires.

J'ai dîné chez le préfet maritime. M., Mme et Mlle Laplace sont fort obligeants pour moi; le soir, la musique de la garde nationale m'a donné une sérénade.

30. — Une lettre du ministre de la guerre du 2G mars me donne avis que, vu les manifestations politiques du 11- léger, il fait partir ce régiment pour l'Afrique; les actes d'insubordination de ce corps auraient dû, dans mon opinion, être préalablement réprimés.

J'ai passé la revue des troupes et visité les casernes; j'ai reçu ensuite la visite de tous les corps de la marine. J'y ai trouvé des officiers avec lesquels j'ai navigué ou avec lesquels je me suis trouvé en rapport; comme j'ai toujours été bien pour eux, ils sont bien pour moi.

J'ai visité les établissements. A mon entrée dans le port, l'artillerie et deux beaux bataillons d'infanterie de marine étaient en bataille dans une belle tenue, commandés par le lieutenant-colonel Bert, bon officier. Le major général de la marine, Thibaut, brave homme, capable et fin, m'a conduit, accompagné de tous les chefs de service.

J'ai visité le bagne, où il y a onze cents forçats; on ne leur donne pas de viande, mais une livre et demie de pain et des haricots; ils souffrent de la faim; ils peuvent gagner jusqu'à vingt centimes par jour en travaillant; mais comme on manque de fonds, on ne leur fait gagner ordinairement que dix centimes, et alors ils ne peuvent pas acheter assez de nourriture. Le bagne est très bien tenu.

Le vaisseau la Ville de Paris est en construction depuis quarante-trois ans; on dit qu'il n'en vaudra que mieux, il est au moment d'être fini. Il y a pour quatre-vingts millions d'approvisionnements pour la marine dans le port de Rochefort, qui est à peine fermé. Avec le mauvais esprit des ouvriers, quoique l'arsenal soit leur pain, un beau jour ils pourraient y mettre le feu. En traversant la salle des mécaniciens, un ouvrier s'est levé, a ôté sa casquette et a crié : « Vive la République démocratique et sociale f . Quelques

autres ont crié : « Vive la République! > Le major de la marine Thibaut et les officiers qui m'accompagnaient étaient furieux. Cest le premier cri de ce genre que j'entends depuis mon départ de Paris. L'amiral Laplace a mis un grand ordre dans l'arsenal: il est très ferme, et il est au désespoir de cet événement; l'ouvrier a été immédiatement renvoyé de l'arsenal.

L'h5pital de la marine, qui peut contenir douze cent cinquante malades, est remarquable et par la beauté de l'édifice et par la manière dont il est tenu. M.Leprédour. président du conseil de santé, m'en a fait les honneurs. Les Sœurs de Saint-Vincent de Paul le desservent; des galériens font le service d'infirmiers, et le font très bien; c'est pour eux une rude punition d'être renvoyés au bagne. La salle des galériens est curieuse; on les enchaîne tous les soirs dans leur lit; il est très rare que les Sœurs aient à se plaindre d'eux.

31. — J'ai passé la revue de la garde nationale : à mon arrivée, une escouade de gens apostés a crié : « Vive la République démocratique ! » La garde nationale est restée impassible, et n'a pas poussé un cri; elle était belle et a bien défilé. Un canonnier m'a demandé la grâce de l'ouvrier renvoyé de l'arsenal; je lui ai répondu que je n'étais pas chargé de la police du port, et il n'a pas ajouté un mot.

J'ai beaucoup remercié le préfet maritime de sa bonne, aimable et gracieuse hospitalité.

La garde nationale à cheval de Rochefort ma accompagné hors la ville et a beaucoup crié : « A'ive le général Castellaneî » en se séparant de moi.

J'ai quitté Rochefort à onze heures du matin; j'étais à une heure à la Rochelle. J'ai trouvé à l'avancée l'état-major de la place ayant le lieutenant-colonel Mantil en tète, puis les officiers du génie et de l'artillerie. A l'entrée de la ville, le préfet Rrian. le maire et les adjoints m'ont harangué. Je leur ai riposté.

Les troupes bordaient la haie : presque toute la population était dehors. Je suis descendu à la préfecture, où M. et Mme Rrian m'avaient offert l'hospitalité. J'ai reçu les officier'^

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et je leur ai fait un speech. A la demande du maire, j'ai passf'i la revue de la garde nationale.

1" avril. — J'ai de là été à la manutention, où le pain est trop brûlé, puis à l'hôpital militaire, qui peut contenir quatre cent soixante malades et qui est bien tenu.

J'ai passé la revue des troupes et j'ai rendu les visites en voiture, puis j'ai été à l'établissement des bains de mer créé par souscription et qui est fort bien; un M. de Fleuriau, qui a quatre-vingt-dix ans, y amis beaucoup d'amour-propre; il y a dépensé beaucoup d'argent.

M. Brian m'a donné un dîner de trente-six personnes, avec toutes les autorités; puis Mme Brian a réuni les dames à une soirée. Il est étonnant qu'il y ait autant de bonne société dans une ville de dix-sept mille âmes. Plusieurs de ces femmes sont charmantes. M. et Mme Brian m'ont donné à la préfecture une cordiale hospitalité.

2. — Jai quitté la Rochelle à huit heures et demie du matin. J'ai trouvé, à un kilomètre de Niort, un détachement de chasseurs avec le colonel Thomas, de la 9« légion de gendarmerie ; le colonel Gassaignolles, du 3« de chasseurs; les officiers supérieurs et de l'état-major. Il y avait au même endroit trois cents individus criant : « Vive la République! » A l'entrée de la ville, un détachement de la garde nationale a poussé les mêmes cris. J'étais monté à cheval, et j'ai été accompagné jusqu'à l'auberge du Raisin de Bourgogne par une foule de gens, évidemment commandés, qui criaient : « Vive la République! » et qui chantaient des chants démocratiques. Les deux adjoints, en l'absence du maire, m'attendaient à ma descente de cheval; ils ont été fort mécontents des cris poussés, qui ne sont nullement en rapport avec l'opinion de l'immense majorité de la ville. La compagnie d'artillerie, en revenant de faire les salves en mon honneur , est passée sous mes fenêtres et a crié : ' Vive la République démocratique f . L'adjoint faisant fonction de maire a pris immédiatement un arrêté défendant les chants dans les rues, qui a été sur-le-champ approuvé par M. de Saint-Marsault, bon préfet, ayant bien réussi dans ce département.

4. — J'ai quitté Niort à sept heures du matin; à neuf heures j'étais à Fontenay-le-Comte, où j'ai passé la revue des voltigeurs du 1- bataillon du 77« de ligne et des cavaliers de la succursale de remonte commandée par le capitaine d'artillerie de Guitry, officier d'une grande énergie et qui en a donné de. preuves à Guéret, lors de la révolution de Février.

Les courses que lui et ses officiers font dans la Vendée lui font bien connaître l'esprit des populations. Il n'y a pas de socialistes dans ce département; elles sont dévouées à Tordre, et on y trouverait appui contre le désordre.

La population de la Vendée est parfaitement calme. Le Bocage, qui fait les deux tiers du département, est religieux; la plaine aussi. Le Bocage est légitimiste ; la plaine est devenue napoléonienne maintenant. Il n'existe pas de socialistes dans

les campagnes.

Je suis arrivé a deux heures à Napoléon-Vendée; la gendarmerie était venue au-devant de moi. J'ai trouvé, à rentrée de la ville, le maire et les adjoints, qui m'ont harangué : je leur ai répondu. Le général Siméon était en tête de la portion du 71" qui est en girnison àNapoléon. Je suis passé devant les troupes; j'ai ensuite reçu les officiers, puis, sur la place, j'ai passé la revue de la garde nationale et des troupes. J'ai reçu la visite du préfet Bonnin, qui est très aimé et estimé; il a été longtemps sous-préfet à Fontenay-le-Comte. Il est venu avec les chefs de service, le tribunal et les autorités; les échanges de discours ont eu lieu suivant fusage.

Le général Siméon, commandant à Napoléon-Vendée, est un très brave homme; il a voulu nv accompagner partout; il m'a donné à dîner, ainsi qu'au préfet Bonnin et à toutes les autorités. Sa femme est agréable; ils sont logés dans un bâtiment du gouvernement, sur la place. Le soir, la société est venue chez eux; il y avait au moins vingt femmes. La ville a six nulle âmes; il paraît qu'on s'y attache, à cause de rafîabilité des

habitants.

5. — L'évèque de Luçon veut l'ordre, mais il est borné, entêté, et donne souvent de l'embarras, son influence étant grande.

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