‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 87 sur 206 · CHAPITRE VII - AVIlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII - AVIlll

J'ai quitté Napoléon à huU heures du matin. A une heure t.rois quarts ,1e l'après-midi j'étais à l'extrémité du faubour^ de .^a^tes à si.^ Ivilomètres de la cathédrale. J'y ai trouvé trente chevaux du 5- de housards, régiment que j'ai formé en 181f,;unpeuplus loin, le chef d'escadron avec la gendarmerie ensuite le général Gérard avec son état-major, tous' les ofnc.ers supérieurs de la garde nationale de Nantes, le colonel d Ill.ers en tête et la garde nationale à cheval. Ce bon général Gérard m a témoigné toute sa joie de me revoir. Les deux escadrons du 5- de housards et les autres troupes étaient en bataille sur mon passage; il y a eu très peu de cris de • . Vive la République! . et seulement d'un groupe aposté près d'un pont, pour l'article obligé du journal rouge du lieu Ici comme partout, au reste, maintenant, le cri de • . Vive la République! . est considéré comme séditieux. Il faisait beau .1 y avait foule dans les rues; beaucoup de gens saluaient.' J ai lieu d être satisfait de l'accueil que j'ai reçu à Nantes Je suis descendu au quartier général de la division, où le gênerai Gérard et son excellente femme tenaient beaucoup à

m avnir ^

J ai reçu les visites de corps, puis le préfet, M. Gauja. qui m a présenté les conseillers de préfecture et les différents chefs de service; il est fort bien. Les tribunaux de première instance et de commerce, les officiers de la garde nationale au grand complet, le colonel d'Illiers, le maire, M. Colorabel. avec le conseil municipal, sont aussi venus. Ce que j'ai dit, qu'il fallait laire taire ses préférences pour fortifier le pouvoir actuel afin de sauver la société, a été applaudi. Chacun m'a assuré de son concours. L'évêque Jacquemet, homme d'esprit, estimé m a promis celui du clergé.

6. - J'ai passé la revue des troupes sur le cours Saintl'ierre; elles étaient bien tenues. Jai été ensuite visiter l'hosp.ce civil de l'IMtel-Dieu: les administrateurs et le personnel étaient à la porte de l'établissement pour me recevoir. J'ai vu es salles militaires. L'IMtel-Dieu est un vieux bâtiment, et es bœurs de la Sagesse qui le desservent ont du mérite à le tenir propre.

J'ai été au château de Nantes, où est la batterie d" artillerie et la salle d'armes. Du donjon on a une vue magnifique; on découvre en entier Nantes et les campagnes environnantes.

L'architecture de ce château est curieuse. Le directeur de l'artillerie Liautey occupe l'appartement où a été conduite Mme la duchesse de Berry lorsqu'on l'a arrêtée.

J'ai' été ensuite voir la caserne d'infanterie. C'est un ancien couvent qui a été très bien arrangé. Le 47- achète maintenant du pain blanc. Cet essai de M. d'Hautpoul réussira tant que le blé sera à bas prix, tant qu'il n'y aura pas de disette et tant qu'on ne fera pas faire aux troupes des mouvements précipités dans de mauvais pays.

Presque tout le monde m'ôte son chapeau; le lieutenantcolonel m'a dit que les ouvriers des faubourgs m'ôtent leurs chapeaux, et que cela est significatif.

7 J'ai passé la revue de la garde nationale de Nantes, .ur la demande des autorités. Le préfet, le maire, les membres du conseil municipal et du conseil de préfecture sont venus me chercher à l'hôtel du quartier général. Ils étaient escortes par ce qu'on appelle la compagnie de vétérans, qui est composée de fonctionnaires et de gens qui ont passé l'âge de faire le service. Ils étaient précédés des drapeaux des différents corps de la garde nationale.

Le général Gérard, quoique souffrant d'une blessure, nou^ a suivis à cheval. Je suis passé devant la garde nationale, qu> occupait tous les côtés des cours Saint-Pierre et Saint-Andr. il y avait trois mille cinq cents hommes, artillerie, pompier^ marins, infanterie, cavalerie de Nantes; huit cents hommes de la banlieue; on n'en avait jamais réuni autant.

Le National de l'Ouest avait invité les gardes nationaux à ne pas s'y rendre; il n'a donc eu aucun succès dans ses prédications. Un très petit nombre de gardes nationaux ont crié : « Vive la République! » Ces cris ont été couverts par ceux de : « Vive le général !» .

Pendant qu'on faisait masser la garde nationale, je suis passé devant les troupes de ligne qui étaient placées en arrière; les douaniers s'étaient placés à la gauche. Us pas-

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sent pour être animés d'un mauvais esprit; un d'eux ayant cné : . V.ve la République ! . d'un air menaçant, je me su retourné et je lui ai dit : . Les douaniers pas plus queTes " dats ne doivent crier sous les armes. .

La garde nationale a défilé dans le plus grand ordre La revue s'est très bien passée.

10.- J'ai quitté Nantes à quatre heures et quart du matin Je SUIS arrivé à Vannes à une heure au lieu de deux, que avais fixée. Je suis même entré dans la ville sans m'en douter. J ai fait rebrousser chemin à ma voiture pour attendre la gendarmerie; lorsqu'elle est venue, je suis monté à chev par une pluie battante. J'ai trouvé un peu plus loin le général Boullé en grand uniforme, venant au-devant de moi avec son aide de camp. La garde nationale se formait; les trois com-

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m'Iît^nTaif ""'" ' '" '"''^''^''^ °^ '« P^^^«' «-">S« J'ai passé par un temps pluvieux la revue de la garde nationale, dont les rangs étaient éclaircis par l'ondée. J'ai visité la manutention; le pain est bon.

Je suis parti de Vannes à neuf heures du matin. A Locminé on n enchaîne plus les fous dans l'église pour les faire guérir par saint Colomban. C'est moi qui, il y a trente ans, ai mis un terme a ce barbare usage en le faisant défendre par le gouvernement. Depuis, quoiqu'on raconte le contraire, on se contente de montrer, dans la chapelle de Saint-Colomban, les crochets de fer auxquels on attachait les insensés.

U.— J'ai retardé ma marche de manière à n'arriver nu a deux heures à Pontivy. Jai trouvé, en avant de la ville, la gendarmerie, puis trente housards du 5- régiment. .V la porte J ai trouvé le sous-préfet Revel et le maire Jouanno, professeur du collège en retraite. Celui-ci m'a harangué en me disant qu a Pontivy on ne m'avait jamais oublié, et il m'a offert une soirée a la mairie. On a beaucoup crié : . Vive le général! . Je SUIS monté à cheval. .\ l'entrée de la ville, j'ai passé la -evue de la garde nationale. Je les ai fait déliler avec le 5« de

housards, qui était en garnison dans cette ville, il y a trente ans, lorsque j'en étais colonel. J'en passe la revue aujourd'hui, comme commandant supérieur; ce régiment est animé d'un excellent esprit. J'ai visité de suite le quartier, la prison, l'hôpital, la manutention. Je suis descendu à l'Hôtel des voyaoeurs; on a bâti beaucoup de maisons, et de jolies maisons, depuis trente ans, à Pontivy, et comme les rues étaient régulièrement tracées, cela fait une assez jolie ville. Il y a six mille âmes, dont cinq mille agglomérées, à ce qu'on raconte; il y en avait douze cents réunies lorsque j'y étais. On avait conservé dans cette ville un si bon souvenir de moi, qu'en 1837. les électeurs de l'arrondissement m'offrirent la députation, et si je n'avais pas été nommé pair, j'aurais été élu, ce que celui qui fut nommé à ma place fut chargé de me dire à Paris.

J'ai dîné chez trois vieilles demoiselles Condé, filles de l'amiral. Une grande, Mlle iSanine, est la plus spirituelle; elles m'ont offert de bien bon cœur ce festin où était une vieille Mme Leclerc, mon hôtesse d'alors. Il m'a été agréable de revoir Pontivy, où j'ai passé le moins tristement possible, avec mes housards, deux années de ma jeunesse.

Le maire Jouanno a inventé d'inviter démocratiquement toute la garde nationale et leurs familles; il en est résulté qu'aucune femme de la société n'a voulu venir; il en est venu trois en bonnet breton. L'une d'elles a fini par me dire qu'elle ne s'était décidée à s'y rendre que pour m'y voir. C'est un. étrange fôte que m'a donnée là le maire Jouanno; il y avait une foule de gardes nationaux en uniforme.

A huit heures et demie du soir, le directeur des postes est entré, m'apportant une dépêche télégraphique du 10, du ministre de la guerre, arrivée par estafette, me prescrivant de partir sur-le-champ pour Poitiers, où je recevrai de nouveaux ordres, et où je dois être rendu le 14 au matin au plu> tard. C'est le jour de l'arrivée dans cette ville du 1- bataillon du 11« léger qui, en passant à Angers, a poussé des cris, chanté des chansons séditieuses et commis pendant la route des actes d'insubordination. Si le ministre de la guerre, avant d'envoyer ce régiment en Algérie, avait commencé par punir

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les coupables, cela ne serait pas arrivé. La faiblesse dont on a usé à Rennes après les premiers actes d'insubordination est cause de tout cela. Il m'est fort ennuyeux, au lieu de continuer ma tournée sur Brest, ce que je devrai refaire plus tard, dôtre obligé de rebrousser chemin et d'aller à Poitiers.

12. — Je suis parti de Pontivy à six heures du matin. J'ai rencontré auprès de Ploërmel lavant-garde du !•' bataillon du 22' de ligne, mal en ordre; des gamins portaient les fusils des soldats, et ceux-ci marchaient à la débandade. J'ai mis le capitaine qui commandait huit jours aux arrêts, ainsi que son lieutenant, qui portait une casquette au lieu d'un shako.

Je suis arrivé à trois heures à Rennes. J'ai envoyé une carte au général Duvivier et une autre au préfet. Comme j'achevais de dîner, est arrivé le général Duvivier, qui m'a dit qu'il n'avait été prévenu que tard; il lui a fallu certainement le temps de passer son uniforme. J'ai à peine eu le temps de lui dire deux mots, et je suis monté en voiture; il avait l'air tout contrit.

13. — A cinq heures et demie du matin, nous étions à la gare du chemin de fer d'Angers. Nous avons pris le convoi de sept heures; nous étions à huit heures et demie à Saumur. J'ai fait demander des chevaux de poste, et nous sommes repartis immédiatement.

J'ai vu à Fontevrault deux compagnies du 71% bien tenues; les barbes étaient remises à l'ordonnance, ce qui prouve que dans ce régiment on exécute les ordres.

Je suis arrivé à Poitiers à cinq heures et demie du soir. J'ai su qu'à Loudun et Mirebeau quelques soldats avaient crié : « Vive Barbes! Vive la République démocratique et sociale! »

Le colonel Boyer, du 12' de chasseurs, m'a remis les instructions du ministre de la guerre qui me prescrit d'envoyer à l'ile d'Aix, pour y être embarquée, la portion du bataillon que je croirai devoir séparer des autres.

14. — A l'entrée du 11» léger, aujourd'hui, à Poitiers, trente démocrates l'ont accablé des cris de : « Vive la République! Vive le !!• léger! Vive la sociale! » Ils étaient tellement déterminés àcrier que l'officier d'escorte des bagagesaété accueilli

par le cri de : « Vivent les bagages! » Le bataillon est resté impassible et a traversé la ville en ordre; mes dispositions étaient prises pour qu'au premier acte de mutinerie le bataillon fût désarmé. Le 12* de chasseurs, excellent régiment qui a été longtemps sous mes ordres, occupait toutes les avenues et était prêt à déboucher. Les trois compagnies du 71« étaient serrées en masse dans la cour de la préfecture; j'avais interdit le passage de la place pendant la revue, et les socialistes ont été tenus à distance.

Après être passé devant les rangs, j*ai réuni les officiers au milieu du bataillon. Je leur ai parlé avec énergie, fermeté et paternité. Je me suis ensuite adressé aux sous-officiers, leur disant que le 11" léger s'exposait à être licencié, qu'il le serait s'il y avait nécessité, que le licenciement était pour les officiers la non-activité, pour les sous-officiers le renvoi chez eux; qu'ils n'étaient plus rien après le licenciement, et que s'ils avaient encore du temps de service à faire, ils l'achèveraient dans un autre corps à titre de licenciés. Je leur ai dit enfin tout ce qui était capable de les émouvoir, et avec succès.

J'ai ensuite ordonné de faire former le cercle aux compa gnies et de lire le code pénal, particulièrement les articles sui la désobéissance et les complots. Le bataillon reformé, j'ai ordonné de faire conduire par un caporal et quatre hommes le chasseur David, de la 4* compagnie, au milieu, et en avant du bataillon; là, je l'ai fait désarmer par le caporal, puideux gendarmes l'ont emmené en prison. Le bataillon a gard< l'immobilité la plus complète; les gendarmes ont passé avec le prisonnier devant le reste du front, et j'ai prescrit de fair» défiler. Ce chasseur était le seul désigné nominativement danles rapports que j'ai reçus; à Angers, il était monté sur un tabouret dans le cabaret de la veuve Morin, disant : « Je suis le fils d'un fermier, je suis républicain rouge; plus tard nous serons les maîtres, nous nous soutiendrons, etc. » Il subira soixante jours de prison, après quoi il sera envoyé de brigade en brigade à son régiment en Afrique.

J'ai fait appeler chez moi individuellement les sergentsmajors et les officiers; j'en ai été content. Ils disent qu'ils

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