‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 2)Chapitre 88 sur 206 · CHAPITRE VII. — AVRIL 18li0. 23i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — AVRIL 18li0. 23i

ont été calomniés, qu'ils sont contents d'aller en Afrique, mais qu'ils sont fdchés d'y être envoyés par punition, le régiment ne le méritant pas.

Je suis passé devant le bataillon rassemblé pour l'appel, j'ai adressé à la troupe quelques mots de satisfaction; un groupe aposté a alors crié : « A'ive la République! Vive le 11* léger! » Je me suis retourné vers ce groupe et je lui ai dit : « Le cri de : Vive la République! est très licite; mais quand il est poussé avec un air menaçant, il devient séditieux, et celui de : Vive le 11* léger! est une insulte pour ces braves soldats. » J'ai alors fait signe à un peloton de chasseurs à cheval de s'avancer, et j'ai dit à un commissaire de police de faire les sommations; ce dernier prétend qu'il ne m'a pas compris, mais il a mis son écharpe, et cela a suffi pour calmer les criards. Je suis ensuite passé devant le front du bataillon; j'ai causé avec quelques soldats, leur demandant de quel département ils étaient, etc.; les ordres donnés, on a fait rompre les rangs. Le bataillon a montré toute la journée une subordination parfaite; j'aime à croire et je suis persuadé qu'il ne donnera lieu à aucune plainte dans sa marche; mes allocutions leur ont fait bon effet.

Ce régiment, après ce qui s'était passé à Rennes, était un point de mire pour les socialistes; ils en sont pour leurs frais.

Le lieutenant-colonel Michel, aide de camp du ministre de la guerre, est arrivé à cinq heures du soir et m'a remis de nouvelles instructions du ministre. Le colonel du 41« léger. Thomas, est arrivé ce soir. Je lui ai donné l'ordre de se trouver à Saumur pour la revue du 2* bataillon. Je serai demain à dix heures dans cette ville.

15. — Le 1" bataillon du 11» léger s'est mis ce matin en marche, dans l'ordre le plus parfait.

M. d'IIautpoul veut à tout prix faire du nouveau avec les troupes; il a prescrit pour les soldats un nouvel essai d'alimentation qui leur déplaît; cela a causé une révolte à Angoulème, dans une compagnie de voltigeurs du 58* de ligne. J'avais bien entendu à Vannes quelques propos de mécontentement à ce sujet dans le 41* de ligne. Nous ne sommes pas

cependant dans un moment où on doit penser à se créer des embarras; l'essai de pain blanc est,] je le crains, destiné à nous en donner aussi. Sous M. de Saint-Germain^ on a fait un essai de ce genre, et on a été forcé d'y renoncer; on trouve toujours plus facile, je le répéterai, en France, d'inventer que d'apprendre à se servir de ce qui existe.

16. — J'ai passé ma nuit en voiture. A dix heures du matin, en approchant de Saumur, j'ai trouvé un détachement de cavaliers de l'École, commandé parle lieutenant Kœnig; deux compagnies du 71* étaient en bataille; le colonel Jacquemin, commandant provisoirement l'École, avec tous les ofTiciers et les escadrons de cavalerie.

Je me suis rendu à l'École, où toutes les autorités étaient réunies. Le sous-préfet, M. de La Chapelle, fils de l'ancien préfet du Lot, m'a très bien parlé; sont ensuite entrés les tribunaux de première instance et de commerce.

J'ai passé la revue du ^* bataillon du H* léger dans la cour de l'École, où il s'était formé en bataille dans le meilleur ordre. J'ai fait une allocution aux officiers; pendant que je parlais aux sous-officiers, une foule d'émeutiers est venue contre la grille de l'École crier : * Vive la République ! vive le 11* léger! » empêchant d'entendre mes paroles. Je me suis retourné vers le bataillon, lui disant : < Le cri de : Vive le li* léger! dans la bouche de ceux qui le poussent, veut dire : « Vivent les insubordonnés! » C'est une insulte pour vous, je ne le souffrirai pas. Colonel, faites porter en avant vos carabiniers. Commissaire de police, faites les sommations. » J'ai eu toutes les peines du monde à les obtenir de ce commissaire; après s'y être décidé, il a été, après chaque sommation, parlementer avec les émeutiers. Les sommations faites, les carabiniers se sont élancés en avant et ont crosse vivement ces braves gens; un peloton de l'École de cavalerie a également chargé, et la place a été déblayée en un instant. Ces individus, qui depuis le matin criaient : t Vive le 11» léger! » ont jeté des pierres aux soldats; un carabinier en a reçu deux; latran- (luillité n'a plus été troublée.

Un malheur horrible est arrivé. Le pont suspendu de la

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