CHAPITRE Vin
Mon arrivée à Lvon, le 8 mai 1850. — Je prends mes mesures pour rétablir l'ordre dans l'armée. — Visite des forts et des casernes. - Passage à Lvon du duc de Gênes, frère du roi Victor-Emmanuel. — Je passe avec lui la revue des troupes. - J'ordonne aux officiers de porter constamment l'uniforme. — Je reçois une députation des habitants de la Croix-Rous^e. — Je vais rendre visite aux principaux membres de cethdéputation. - L'état de siège à Lyon. — Rapports du général Changarnier avec le président Louis-Napoléon. — Voyage à bamt-htienne, le 4 juillet 1850, et vovage dans le déparlement de l'Ain. — Le fort de l'Écluse et le fort dès Rousses. — Le ministre de la guerre d'Hautpoul veut m'eulever les honneurs de général en chef. — Je visite Dijon. Grav Lan-res, Chaumout, Besançon. — Je retrouve à Dijon le président Louise-Napoléon. — Détails sur la réception qui lui est faite à Dijon, à Màcon. à Lvou, à Bourg, à Lons-le-Saunier, à Dôle. - Arrivée à Besançon, le 18 août 1850. — Guet-apens dirigé contre le Président au bal public de cette ville. — Détails sur la suite du prince. — Le voyage du Président daus l'Est fait bon elïet. — Je viens à Paris, le 25 août ISoO. - Position fausse du général Changarnier. - Le Président me demande mon avis sur les généraux. — Je reviens à Lyon par Autuu. le Creuset et Màcon. — Je rencontre dans celte ville un de mes anciens camarades du 5' léiier, de 1804. - M. de Lamartine. — Simulacre du siège du fort de la Vilrioleiie. — Fausses allégations des journaux à ce sujet.— Passa:^e à Lvon de l'ambassadeur du Népaul. —M. Fransom, archevêque'de Turin, exilé, se retire à Lyon. — Détails sur les societt-^ secrètes.
S mai. — Je suis parti de Paris par le chemin de fer ci- Lyon. J'ai dîné à Tonnerre, où nous étions à quatre heures d l'après-midi. Là. j'ai fait mettre des chevaux de poste à ni^
voiture.
9, — Nous sommes arrivés à Dijon à cinq heures du matin J'ai écrit aux onze préfets, aux onze évoques ou archevêques, aux quatre procureurs généraux, une lettre pour leur annoncer mon arrivée, et j'ai envoyé aux derniers et aux préfet.-
CHAPITilK VIII. - MAI 1850. 243
la copie de mon ordre du jour aux 5- et fi- divisions (i) 10. - Nous sommes arrivés à Lyon à trois heures de' lapres-midi. J'ai trouvé au débarcadère Je maire de la ville Ueveil, et ses adjoints; il m'a fait un très bon discours Je lui ai repondu: nous nous sommes serré la main avec effusion il m'a remercié de la lui avoir donnée devant la population
Les troupes étaient en bataille sous le commandement du général Duchaussoy; leur tenue était belle et militaire L'ac cueil qui ma été fait par les populations a été parfait; presque tout le monde se découvrait à mon passage; il y a eu de rares cris de c Vive la République! »
La journée a été bonne pour l'ordre. J'ai trouvé, à l'hôtel du quartier général, le général Gémeau qui m'attendait dans son salon; nous avons échangé réciproquement de bonnes paroles. Il m'a remis le commandement. Il part pour Marseille cette nuit par le bateau à vapeur, et de là pour Rome où on lui a donné le commandement de la division d'occupation
J'ai reçu les différentes autorités, les corps d'officiers- j'ai été fort content des discours qu'on m'a faits. Les ordres du ministre de la guerre étaient parvenus seulement hier au ^oir pour ma réception officielle.
J'ai été le soir rendre visite au premier président, au procureur général, au commissaire La Coste, au maire Réveil que je n ai pas trouvés; puis je suis entré un instant au cercle du Commerce, dont le président, M. Goiran, était venu me
(1) Ordre pour les 5« et 6« divisions militaires.
àt\^ltf?^- ^' ^^ ^^P^b^q^e °ï'a appelé au commandement supérieur des5 et 6 d.vis.ons. Je m'efforcerai de justifier sa confiance. ^
Les règlements doivent être religieusement oh^orv.- i'^« a n>oi.u,é,ne rexc^p.e. Ils sont à la fols u'p^ru't dt p„Y;our Jesthe":™ une satisfaction pour les subordonn.s.
La discipline doit être maintenue; les olTiciers qui toléreraient des actes d insubordination seraient aussi coupables que les soldats qui Tes corn mettraient; toute tentative de désordre sera immédiatement et ans S Ulion vigoureusement réprimée. Le commandant supérieur s'empresera et sera toujours heureux de faire valoir les bons services ^'^'^'^'^''''
quartier général de Dijon, le 9 mai 1850.
Le général de division.
Commandant supérieur des 5' et 6* divisions.
Signé : Castella.ne.
dire, le matin, que j'étais membre honoraire. Il y avait pas mal de négociants; ils m'ont témoigné leur satisfaction de mon empressement à me rendre à leur invitation.
IJ. — Les gardes étaient dans une fort mauvaise tenue. Il existe ici un laisser aller déplorable dans le militaire: il faudra du temps et de la patience pour remettre le service sur un pied tolérable, surtout si M. dHautpoul reste encore ministre, car, loin d'appuyer les mesures à prendre pour l'exécution des règlements, je peux compter qu'il fera de son mieux pour trouver des biais, afin de me désapprouver.
Chose incroyable! dans une ville de guerre en état de siège, l'habit bourgeois est le costume reconnu des officiers; l'uniforme est toléré hors du service, et voilà tout. Nous sommes bien loin de l'exécution de l'article du règlement de 17G8 portant que taut officier d'une garnison qui quittera son uniforme sera mis quinze jours en prison. On est surpris de ma résolution de ne pas quitter le mien; il est vrai qu'avec le temps il en sera de même de tous, et on s'en doute.
Je suis sorti à cheval avec deux ordonnances. Tout le monde nvùtait son chapeau, ce qui ne serait pas arrivé si je m'étais déguisé en bourgeois, comme le font beaucoup d'officiers
généraux
Jai rencontré M. Chaix d'Est-Ange, qui était venu plaider à Lyon; il m'a fait compliment de mon entrée, puis il m'a dit que, se trouvant à côté d'un républicain, un moment avant, il avait entendu cet homme dire en ôtant sa casquette : < Celui-là se fie à nous, c'est bien. »
J'ai fait une visite à l'improviste à l'hôpital militaire. J'ai tout d'abord découvert un gros abus. J'ai rencontré une foule de femmes dans la cuisine. J'ai demandé ce que c'était; on m'a raconté que c'étaient les femmes des infirmiers, qui venaient chercher leurs vivres. J'ai alors appris qu'il y avait dix infirmiers logés en ville, dont sept infirmiers-majors; ceci est un gros abus, et il n'en manque pas à l'hôpital militaire.
i2. — J'ai été à la messe, à la paroisse de Saint-François, seul et en uniforme, comme je le faisais à Bordeaux; j'y ai été trop tard pour la messe du matin. Le curé, prévenu,