CHAPITRE Mil. - MAI
m'avait fait préparer des chaises dans le choeur; je n'ai pas cru devoir les refuser. Là, comme ailleurs, on m'a montré une grande déférence.
J'ai établi qu'il y aurait musique de six à sept heures du soir sur la place Bellecour. J'y ai été à pied, comme je le faisais à Burdeaux, et, de môme que dans cette ville, on m'a fort entouré et salué.
L'uniforme est une curiosité dans cette ville. Personne no le porte; mais mon intention n'est pas de rester seul en uniforme, dans une ville de guerre, en état de sièire.
Le président du cercle de Bellecour est venu m'inviter à y y aller; je m'y suis rendu, le soir, pour l'en remercier; alors est arrivée une députation du cercle du Midi pour demander l'heure où je pourrais le recevoir, leur intention étant de me prier de leur faire le même honneur.
13. — J'ai passé la revue des troupes et j'ai visité les casernements; plusieurs compagnies sont logées en ville dans de vilaines maisons qu'on a louées. Jai visité aussi le pénitencier militaire pour cent trente-trois prisonniers, qui est bien tenu. Depuis la révolution de Février on n'a plus osé faire travailler ces prisonniers ; on va recommencer, ils auront alors de la viande tous les jours, au lieu de trois fois par semaine. La prison militaire attenante est horriblement tenue; condamnés, prévenus et punis disciplinairement sont confondus; il y a même parmi eux des condamnés à mort. Le visage d'un des prisonniers s'est contracté quand, lui ayant demandé à quoi il était condamné, il m'a répondu : t A mort, pour avoir battu un caporal. « Il est vrai que celui-là est bien sûr de ne pas être fusillé; depuis longtemps on commue ce genre de condamnation.
J'ai passé mes cinq heures à cheval et j'en suis descendu à six heures du soir.
Le matin, j'avais reçu le comité d'horticulture, le tribunal de commerce.
//. -- La pluie m'a empêché de passer des revues. J'ai été le soir au spectacle.
^5. — J'ai eu la visite d'un abbé Faivre, aumônier volon-
taire de la garnison de Lyon, où il a rendu des services; il fréquente les soldats, il leur fait des cours de morale: ils s'y rendent volontiers. J'ai passé la re\^e de trois bataillons du 19* léger. Ce régiment, où il y a cent vingt Parisiens, était un peu rouge et assez indiscipliné; le colonel de La Motte-Rouge
le remet.
J'ai visité les forts de la Vitriolerie, du Colombier. Lamotte. 16. — La pluie m'a empêché aujourd'hui de continuer ma tournée des forts,
i7. j"ai passé la revue du 6* de ligne, beau et bon régiment, animé d'un excellent esprit. C'est lui qui le premier, à la Croix-Rousse, a pris l'initiative de l'attaque en juin 1849. iS. — J'ai été visiter le fort des Brotteaux, celui des Charpennes, la lunette, la redoute de la Tète d'or; cela a terminé ma visite des fortifications de la rive gauche du Rhône. J'ai exa^iiné le beau terrain de manœuvre du grand camp, qui a quatre-vingt-deux hectares.
ip. — Grande parade sur la place Bellecour. Cette parade a fait un bon effet; une nombreuse population y assistait.
J'ai fait une vigoureuse allocution au grand cercle des officiers supérieurs, leur disant que, dans le cas où un mouvement éclaterait, ce que je ne leur pardonnerais pas, ce serait l'irrésolution; qu'avant tout il fallait agir, et vigoureusement : que je ne me plaindrais jamais qu'on en eût trop fait.
De tous les points il me revient que l'attaque générale de< socialistes en France doit avoir lieu dans la nuit du 20 au 21 mai; il est rare que ce qui est annoncé à l'avance ait lieu. OO. — J'ai visité aujourd'hui un fort et les casernes fortifiées de la Croix-Rousse, entre Saône et Rhône. Les quantités de biscuit prescrites n'y étaient pas: fintendance en avait distribué sans le remplacer. Je lui ai donné l'ordre de les compléter immédiatement, et j'exige qu'à l'avenir on ne mette plus de biscuit en consommation, avant que celui qui est destiné à le remplacer soit confectionné.
21. — De nombreuses patrouilles ont sillonné Lyon pendant la nuit: trois hommes seulement ont été arrêtés pour avoir crié : « Vive la République démocratique et sociale! »