‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 101 sur 231 · CHAPITRE YI. — AOUT · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI. — AOUT

fût possible, qu'alors il avait renoncé à l'exiger d'Abd-el- Kader.

J'ai vu la lettre de M. le comte Mole, seule pièce produite par le général Bugeaud; elle n'est, suivant moi, qu'un refus très positif, mais poli.

Le général Brossard s'est pourvu en revi:^ion.

M" Paravey, maître des requêtes, est venu dans la soirée chez moi pour me dire que M. Bugeaud, exaspéré des attaques de "SI' Boinvilliers, voulait lui envoyer un cartel. J'ai été chez cet ofiicier général et j'ai obtenu, non sans peine, qu'il retirât des mains de son aide de camp Eynard la lettre de provocation qu'il l'avait chargé de porter àM« Boinvilliers. Il a déchiré devant moi cette belle épître.

31. — Le général Bugeaud est entré à midi chez moi, hors de lui : « En m'éveillant ce matin, m'a-t-il dit, j'ai senti le même poids qu'hier. J'ai été trouver M' Boinvilliers, logé dans la même auberge que moi, et je lui ai demandé des explications; il m'a répondu que ce qu'il avait dit, c'était pour la défense de son client; que, dans tous les cas, dans l'intérêt de cette même défense, une affaire entre nous serait à ajourner. » Il a terminé en me priant de lui écrire.

Le général Bugeaud est disposé à signer une lettre faite par M" Paravey, et si la réponse de M" Boinvilliers lui convient, il veut la faire mettre dans les journaux.

J'ai proposé une entrevue qui a eu lieu en ma présence et celle de M' Paravey. M« Boinvilliers s'est montré homme de cœur; il a dit au général Bugeaud : « Je ne vous ai pas insulté; j'ai seulement fait usage de vos aveux dans l'intérêt de mon client »; et M' Boinvilliers a ajouté : « Comme je ne sais pas d'homme qui se connaisse mieux en honneur que M. le général de Gastellane, je signerai tout ce qu'il me présentera. »

J'ai fait alors quatre lignes ne signifiant rien; M. le général Bugeaud s'en est contenté. M« Boinvilliers, avant de signer, m'a dit : « Général, en votre âme et conscience, en ma position, signeriez-vous pareille chose ? — Oui, monsieur, et il faut même vous avertir, avant, que M. le général Bugeaud a

l'intention de faire insérer ceci dans les journaux (1). » 3 septembre. — Je suis très étonné de lire dans un article du journal le Garde national de Marseille, du 1" septembre, une lettre datée de Perpignan du 29 août, qui contient des faits mensongers. D'abord il n'y a eu ni bal ni souper chez 31. Durand, à la fin du procès Brossard; seulement une simple soirée. On rapporte que j'ai embrassé le général Bugeaud en lui disant : « Général, vous avez bien grandi à mes yeux aujourd'hui; je vous aimais bien hier, je vous aime dix fois plus. » Je n"ai pas embrassé le général Bugeaud. Je n'ai rien dit de semblable; voilà mes propos : « Il y a de la noblesse, général, à avouer franchement un tort. »

3. — Le conseil de revision, sous la présidence du maréchal dllautpoul (2), a annulé à l'unanimité le jugement

(1) L'original fut remis au rédacteur du Journal des Pyrénées-Orientales et imprimé; arrivé à Toulouse, le général Bugeaud s'aperçut de la valeur de la lettre, c'est-à-dire qu'elle ne signifiait rien du tout; il y ajouta une phrase de sa façon, pour laquelle le rédacteur du Journal des Pyrénées- Orientales était disposé à lui faire un procès. Lorsque cette lettre avec addition me revint dans un journal de Toulouse, je ne doutai pas d'une réclamation do M« Boinvilliers ; j'étais tout disposé à certifier la vérité. Heureusement, M" Boinvilliers se contenta d'une lettre du général Bugeaud dans laquelle il lui mandait qu'il avait ajouté une phrase à sa lettre.

Cet officier général avait affirmé à l'audience qu'il avait signé l'ordre sans le lire. Sa mémoire l'avait mal servi; le sous-intendant Sicard m'a représenté l'ordre avec des corrections de la main du général Bugeaud. — (Note du maréchal.)

(2) M. le marèclial de camp d'Hautpoul avait été appelé à Perpignan pour présider le conseil de revision; les légitimistes remuèrent ciel et terre on faveur du général Brossard; le général d'Hautpoul avait jusque-là appartenu à ce dernier parti. Conseiller d'Etat, directeur de l'administration de la guerre on 1830, il n'avait pas voulu à cette époque solliciter d'être employé; il me témoigna un vif désir do l'être. Il avait été député, il m'exposa qu'il n'avait pas voulu se mettre sur les rangs aux dernières élections, étant porté par un parti opposé au gouvernement du Roi des Français, et que son intention était de se rallier franchement à celui-ci. .l'écrivis en conséquence au ministre de la guerre. M. le comte d'Hautpoul fut faire sa cour au Roi; il obtint le commaudoment de la subdivision de la Rochelle, La frauchiso n'était pas le caractère distinclif de cet officier général. Il se montra, pendant ce procès, obséquieux pour moi; d'après son attitude, on n'aurait pas pu lui supposer de la sympathie pour le général Brossard.

Je ne connaissais pas le général d'Hautpoul; j'ignorais alors \q pou de fond à faire sur ses paroles; je pris donc pour argent comptant l'expression de ses regrets de ce résultat. Le procès était à recommencer devant

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