‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 102 sur 231 · CHAPITRE VI. — SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — SEPTEMBRE

rendu par le conseil de guerre contre le général Brossard. M. Sicard, témoin à charge, ouï par le juge d'instruction à Oran, a été entendu aux débats sans l'avoir été préalablement du rapporteur.

19. — J'ai reçu la lettre suivante du général Bugeaud, datée d'Excideuil, le 15 septembre 1838 :

« Mox CHER Général,

« J'éprouve le besoin de vous remercier encore de toute la bienveillance que voue m'avez montrée dans tout le cours de cette déplorable aflaire. Soyez bien convaincu que j'en suis vivement touché et que je ne désire rien plus ardemment que de trouver l'occasion dé vous le témoigner autrement que par des paroles.

« Vous devez croire que j'ai été et que je suis encore bien malheureux de tout cela; j'en ai eu pendant quelques jours l'esprit tellement bouleversé que j'étais capable de faire sottise sur sottise. Le calme est revenu, bien que la blessure soit profonde. Il n'a pas dépendu de mes amis, de mes commettants, qu'elle ne fût cicatrisée. De toutes parts on est accouru près de moi, pour m'apporter des consolations, en m'assurant que les débats de Perpignan n'avaient altéré en rien les sentiments qu'on me portait; que tout homme impartial voyait bien que j'étais resté parfaitement pur; que la presse des partis extrêmes, ayant intérêt à ne pas le voir ainsi, m'attaquait avec acharnement. D'un autre côté, le gouvernement, tout en me montrant son humeur de ce que j'ai nommé M. Mole et le prince royal, me dit qu'il est convaincu que je n'ai pas manqué à l'honneur et qu'on n'oubliera jamais les services que j'ai rendus.

» Tout cela, mon cher camarade, est un peu de baume sur la blessure, mais n'est pas la guérison; je ne puis la trouver complète qu'aux Alpes, sur le Rhin, aux Pyrénées, en Afrique,

un autre conseil de guerre ; on devait s'attendre au renouvellement de tous les scandales, chose fâcheuse et ennuyeuse pour le gouvernement. — (Noie du maréchal.)

partout où je pourrai rendre de nouveaux services au pays.

« Le ministre de la guerre a été très bien pour moi; il m'a envoyé un homme de sa confiance et de la mienne pour s'en tendre avec moi sur la conduite à tenir désormais. On me recommande le calme et la modération; j'y suis bien résolu. C'est un cruel événement que j'ai subi là, mon cher camarade; mais je m'en consolerai et je m'en relèverai si, comme j'ai lieu de le croire d'après toutes les lettres que je reçois, mes camarades me conservent leurs bons sentiments.

« Si le gouvernement tient à ce que l'instruction soit plus complète qu'elle n'a été, il faudrait dire au nouveau rapporteur de faire assigner :

(c 1" M. le colonel Maussion, chef d'état-major à Oran, qui a entendu des propos immoraux que M. de Brossard a tenus à tout le corps d'officiers de cavalerie et qui a vu compter l'argent que je l'ai forcé de rendre au Juif Cohen. Blaussion doit savoir encore d'autres faits.

« 2» Le chef de bataillon du génie Perreau, dont M. Pizerat a parlé dans sa déposition orale. Cet officier connaît bien M. de Brossard; il l'avait jugé avant moi, et il dira franchement sa pensée, ce que n'ont pas fait plusieurs autres témoins.

ot 3» Le chef d'escadrons Gnerbe, actuellement major de place à Alger. Il sait beaucoup sur le général Brossard.

« Enfin, si M. de Brossard ne fait pas entendre à décharge Mustapha et l'interprète Branchât, il faudrait que l'accusation s'en emparât, car ils seront de bons témoins à charge. Dans les deux cas, il faut interroger Mustapha et l'interprète sur les faits suivants : quand Mustapha sut que je devais bientôt quitter Oran, il vint chez moi avec l'interprète Branchât, et il me dit : « Quoi f vous voulez nous laisser entre les mains du général Brossard? S'il reste ici à commander, je veux m'en aller. » Comme je ne savais rien alors sur le compte du général Brossard, je combattis ce que je croyais être des préventions, mais ce fut inutile; Mustapha sortit de chez moi avec ses convictions. Quand la bombe eut éclaté et que le général Brossard fut parti, Mustapha revint chez moi encore

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