‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 109 sur 231 · CHAPITRE VI. — MAI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. — MAI

en conséquence à l'état-major de la garde nationale; j'y ai trouvé le ministre de la guerre Gubières, qui m'a dit : « Le maréchal est mal entouré; restez auprès de lui, vous lui donnerez quelques bons conseils. » La position d'un lieutenant général sans commandement, à un état-major où il n"a rien à faire, est ennuyeuse et fausse; je ne pouvais cependant pas m'en aller.

On dit que la garde nationale a montré un grand empressement; au contraire, la masse est restée sourde au rappel des tambours; des compagnies n'ont pas réuni dix hommes. On est venu rendre compte au maréchal Gérard, devant moi, que la 1'* légion avait cent cinquante hommes; un bataillon d'une autre légion, cent. Les troupes de ligne de la 1" division ont été mises sous les ordres du maréchal Gérard; le général Pajol était là aussi avec son état-major; il régnait une grande confusion. Le maréchal Gérard se promenait, donnait peu ou point d'ordres, M. Rampon, sous-aide-major de la garde nationale, était le factotum. Le brave général Pajol ne savait trop que faire non plus. Le maréchal Gérard disait : « J'attends des nouvelles du général Bugeaud; il entend bien la guerre de barricades. » Un chef de bataillon de la garde nationale est venu raconter qu'il avait remporté une victoire dans la rue aux Ours. Il y avait là plus de cinquante officiers d'étatmajor dont on ne faisait rien, et le général Darriule, par-dessus le marché, en sa qualité de commandant de la place, lorsqu'on venait lui donner quelque avis, envoyait toujours deux cents hommes pour en reconnaître douze; on finissait par n'avoir plus personne. On a servi merveilleusement le système des insurgés, qui est de se présenter par petits groupes sur différents points pour inquiéter et fatiguer les troupes. Le colonel Aupick, chef d'état-major de la 1" division, officier très distingué, ne pouvait que s'affliger d'un pareil état de choses. M. le maréchal Gérard, le général Pajol, le général Darriule et même M. Rampon auraient été bien embarrassés pour dire où étaient leurs régiments et leurs bataillons de la garde nationale.

Je me suis permis peu d'observations; les officiers généraux

auraient pu les croire dictées par le désir de me mêler de leur besogne; à la vérité, elle n'était pas merveilleuse. II faut, dans de pareilles situations, donner des ordres clairs, nets, précis, mettre une grande activité dans les rapports et les envois d'officiers; j'ai vu le contraire de tout cela. Il aurait fallu être au fait des positions des troupes et des insurgés, faire marquer les différents mouvements sur un plan de Paris (il n'y en avait pas; on en a été chercher un, sur mon observation), afin de pouvoir s'assurer des points menacés et de combiner les différents mouvements; puis, cela pouvant être une chose de longue haleine, il aurait fallu régler la manière dont les différents bataillons se relèveraient, se reposeraient, se nourriraient; je n'ai rien vu de tout cela.

J'ai, militairement parlant, beaucoup souffert dans cette soirée de l'incapacité de ceux qui commandaient; elle aurait pu être funeste si la chose avait été plus grave. Les trois princes sont venus plusieurs fois dans la soirée; on a appris, à onze heures du soir, la nomination d'un nouveau ministère engendré pendant et par l'émeute. Immédiatement après, M. le maréchal Gérard m'a remercié, me disant que je pouvais me retirer. Je lui ai laissé mon adresse, en le prévenant qu'on me trouverait chez moi, prêt à monter à cheval.

13. — Le Moniteur du 13 mai contient l'ordonnance du Roi, du 42 mai 4839, qui nomme :

M. le maréchal Soult, duc de Dalmatie, pair, président du conseil, ministre des affaires étrangères; M. Teste, député, garde des sceaux; le comte Duchâtel, député, ministre de l'intérieur; M. Dufaure, député, ministre des travaux publics; E. Schneider, lieutenant général, député, ministre de la guerre ; M. Villemaln, pair, ministre de l'instruction publique; M. Passy, député, ministre des finances; M. Cunin-Gridaine, député, ministre du commerce.

L'inter-ministère a duré soixante-cinq jours, du 8 mars au 12 mai.

Les troupes et la garde nationale, devenue plus nombreuse maintenant que le danger est passé, sont restées sous les armes toute la journée. Vers trois heures, des insurgés sont

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