CHAPITRE VI. — JUIN
venus demander à l'École polytechnique de se joindre à eux; les élèves, au lieu de les repousser, se sont contentés de ne pas bouger (1). Un escadron de la garde municipale survenu a mis les émeutiers en déroute et en a tué trois ; on se vante presque de cette résistance de l'Ecole.
Les deux Chambres se sont rendues en masse aux Tuileries; il y a eu échange de discours de circonstance entre le Roi et les présidents.
14. — L'émeute est apaisée; je pars pour Perpignan. Pendant la nuit, le siège de derrière de ma voiture s'est détaché; j'ai été prévenu au relais, par une voiture de poste qui me suivait, que mon siège et mon domestique étaient sur la route, à une lieue en arrière. L"homme ne s'est pas fait de mal. Hier, mon domestique avait beaucoup ri d'une aventure semblable arrivée à deux domestiques de feu le prince de Talleyrand, que racontait mon ancien valet de chambre Ayharts; il ne se doutait pas qu'il subirait le même sort.
18. — Je suis arrivé à Perpignan. J'ai passé, en arrivant, la revue des troupes; le 13" de ligne a remplacé le 21' léger pendant mon absence.
21 juin. — Aujourd'hui commencent les débats du procès Brossard.
Le conseil de guerre appelé pour la seconde fois à juger le général Brossard est ainsi composé : M. Pailhon , maréchal de camp, président; juges : MM. le marquis de La Maisonfort, maréchal de camp ; le baron de Feuchères, maréchal de camp ;
(1) Le Journal des Débats ayant raconté, le lendemain, que des élèves avaient fait feu, ils écrivirent au rédacteur pour lui donner un démenti ; plusieurs furent en conséquence mis à l'Abbaye. Le lieutenant général Tholozé, du génie, fut destitué du commandement de l'École polytechnique; il la menait fort mollement, sa faiblesse avait été excessive. Le maréchal de camp Vaillant le remplaça. Le lieutenant général d'artillerie Doguereau fut nommé inspecteur général de l'École, pour la commander en attendant l'arrivée d'Afrique du général Vaillant. Le premier acte du général Doguereau fut la mise en prison do trente des élèves. L'École polytechnique avait, en 1830, en se joignant au peuple, grandement contribué au succès de l'insurrection. Le gouvernement tenait beaucoup à établir que l'École avait résisté au.t émeutiers; il fut donc très contrarié du démenti imprimé donné par les élèves au Journal des Débals. (Note du maréchal.)
Mocquery, colonel du 58' de ligne; Ledoulx de Sainte-Croix, chef de bataillon au 58' de ligne; de Tourzel, capitaine au 15' léger; deGrandouit, capitaine au 7° chasseurs. M. Buisson, chef de bataillon au 16' léger, rapporteur. M. Béroux, capitaine au 58' de ligne, commissaire du Roi.
27. — Le conseil de guerre a acquitté le général Brossard sur tous les chefs, à l'unanimité sur deux questions, sur les deux autres à la majorité de six voix contre une et de cinq voix contre deux.
Le chef de bataillon Buisson, commissaire du Roi, a conclu à la culpabilité. M* Boinvilliers a, comme la première fois, défendu le général Brossard; le général Bugeaud ne s'est pas présenté à ce second procès; il a bien fait, cela a évité de nouveaux scandales; les autres témoins importants se sont aussi abstenus.
Le général Brossard, attaqué par ses créanciers, a, en conséquence, été conduit de la citadelle à la prison civile de Perpignan pour dettes.
6 juillet. — Le duc de Fezensac, notre ambassadeur, a quitté Madrid le 1'^ juillet, laissant M. Eugène Périer, secrétaire d'ambassade, en qualité de chargé d'affaires. M. de Fezensac m'écrit à propos de son rappel : a- Je n'en suis ni bien content, ni bien fâché ; je dis comme au 59' (qui était un fameux régiment) : 11 faut bien le faire, puisque c'est résolu. » Le général Fezensac a débuté en qualité de soldat dans ce régiment, où il est devenu sous-lieutenant.
21. — Le général Brossard est encore à la prison pour dettes à Perpignan; il a obtenu du tribunal de se faire transférer à la maison d'arrêt de Paris ; l'argent lui manque peutêtre pour son voyage. Il a été mis à la retraite, au maximum de quatre mille francs.