CHAPITRE VII. — FÉVRIER
rier et à occuper les trônes vacants. Cette irruption du protestantisme dans la famille royale est un malheur; les ennemis de la dynastie régnante en tireront parti.
11 février. — Par ordonnance du 2 février 1840, le lieutenant général comte Pajol, né le 3 février 1772, est maintenu définitivement dans le cadre de la première section de l'étatmajor général. On lui compte apparemment comme commandement en chef le commandement des fédérés, en 1830, à Rambouillet.
17. — Je suis parti de Perpignan le 15 février, et je suis arrivé à Lyon le 17, n'ayant mis que cinquante et une heures à faire le trajet. Grâce au livre de M. Julien, nous nous sommes tirés à ravir des myriamètres et des kilomètres; cela vaut beaucoup mieux que les anciennes postes; le calcul est plus simple, et c'est à tout prendre un peu meilleur marché.
20. — Je suis arrivé à Paris à midi et demi. Ma belle-fille, la marquise de Castellane, est accouchée hier d'une fille (1). Peu après mon arrivée, est entré chez moi un envoyé du Roi, en habit habillé, qui venait de la part de Sa Majesté, de la Reine et de 31adame Adélaïde, pour nous faire compliment à Mme de Castellane et à moi; il a aussi été chez l'accouchée et chez la duchesse de Talleyrand.
On dirait que, chaque année, j'arrive pour assister à une crise ministérielle. La Chambre des députés a rejeté aujourd'hui, par 226 voix contre 200, la dotation de Mgr le duc de Nemours, et cela sans discussion. Les orateurs de l'opposition avaient résolu de ne pas parler; ils ont commencé par renoncer successivement à la parole. Le résultat du vote était prévu ; le journal le National l'avait annoncé. Les ministres se sont tus également; ni le président du conseil, ni le ministre des finances n'ont ouvert la bouche. Ils ont paru étonnés et abattus après la proclamation du scrutin, et ils sont sortis précipitamment de la salle pour aller offrir au Roi leur démission; l'un d'eux a même oublié son portefeuille.
J'ai été ce soir chez le Roi. On y était fort triste; il y a de
(!) Marie de Castellane, qui a épousé le prince Antoine Radziwill. T. III. 14
quoi. Je lui ai parlé de l'événement de la journée. Sa Majesté m'a répondu : « C'est un rude coup de fouet. » J'ai exprimé à la Reine la reconnaissance de la commune de Bains, de ce qu'elle lui a permis de prendre le nom d'Amélie-les-Bains. Ce lieu, inconnu maintenant, fut fort fréquenté par les Romains; il est appelé à une grande réputation, par l'excellence de ses eaux thermales. Prendre le nom de la Reine lui sera utile pour obtenir l'établissement d'un hôpital militaire.
La coalition formée à la dernière session a produit la position embarrassée dans laquelle on se trouve; le rejet de la dotation de Mgr le duc de Nemours en est la conséquence.
J'ai été chez le maréchal Soult, que j'ai trouvé bien vieilli; il m'a dit qu'il ne savait pas que j'avais un congé. Je lui ai répliqué que j'avais depuis longtemps l'autorisation d'assister à la session. J'ai été ensuite chez le général Schneider, ministre de la guerre, dont le premier mot a été qu'en expirant, il devait me témoigner de nouveau sa satisfaction sur ma manière de servir. Je lui ai parlé du mauvais effet que fait dans l'armée son projet de supprimer les vingt et un régiments d'infanterie légère, pour en faire soit des bataillons de tirailleurs, soit des régiments d'infanterie de ligne à la suite de ceux qui existent.
Je regarde cette mesure comme très fâcheuse. Nos régiments actuels d'infanterie légère sont créés depuis vingt-cinq ans; plusieurs numéros, tels que le t léger, ont acquis de la gloire, et celui-ci ne sera nullement flatté de devenir 69' de ligne. De plus, la gloire des régiments d'infanterie légère de la République et de l'Empire rejaillit sur eux. Quoiqu'il n'y ait de différence entre notre infanterie légère et notre infanterie de ligne que dans l'uniforme, il y a entre elles une émulation très utile. Le général Schneider, fort honnête homme, du reste, m'a paru tenir à son idée.
20. — M. Thiers veut être président du conseil et ministre des affaires étrangères; il afait échouer successivement toutes les combinaisons avec les doctrinaires et autres, il a été appelé chez le Roi et chargé définitivement de la formation d'un ministère. Son amour pour l'Espagne vient de ce que la