CHAPITRE VII. — JUILLET
il y en a néanmoins, comme dans Tarmée de la Reine, mais en petit nombre, de ridiculement jeunes. Jai demandé à un enfant son grade; il m'a répondu : i Sous-lieutenant ». Il était occupé à regarder avec admiration une boutique de jouets d'enfants; c'était de son âge; il n'en a pas moins toujours marché avec sa compagnie.
14. — Il y a aujourd'hui, au Champ de Mars, 9o29 soldats espagnols et 96 officiers; dans ce nombre ne sont pas compris environ 100 hommes qui sont à l'hôpital civil, et les enfants du collège militaire, qui ont été placés à l'hôpital des orphelins de la Miséricorde, où ils se trouvent fort bien.
La police du camp appartient exclusivement au préfet. Je n'ai à m'en mêler que pour fournir les gardes : 100 hommes d'infanterie et -40 chevaux.
Le commandant de la place est venu, à six heures du soir, me prévenir qu'il y avait une rixe au camp des Espagnols. J'ai fait battre la marche de la division, et je m'y suis porté, de suite, de ma personne.
Les habitants ont délivré aux réfugiés de grands chaudrons de pommes de terre et de riz; leur charité a porté plus particulièrement sur les deux mille Catalans, et cela s'explique : les Roussillonnais parlant la môme langue qu'eux, ceux qui sont chargés de charités les leur portent de préférence. Cela a choqué les Aragonais; les uns et les autres se sont lancé des pierres; un Catalan a été tué, une des femmes portant des chaudrons a été blessée; la garde a promptement rétabli l'ordre. J'ai fait rentrer les troupes à huit heures. Le nombre total des enrôlés pour la Légion étrangère était, ce soir, de 202 hommes et 10 officiers.
iô. — M. le préfet Hénaut m'a prévenu, à six heures du soir seulement, qu'il ferait partir, demain matin, mille Catalans pour Rodez. Je fournis un officier et vingt-cinq hommes d'escorte que je prie les commandants des divisions voisines de faire relever. Chaque matin, il partira pendant dix jours un détachement de mille hommes; j'emploierai de mon mieux le temps qui me reste pour le recrutement qui commençait à bien aller. I! y a eu hier cinquante-six engagements. T. m. Ib
iO. — Le chef de bataillon Gibert, du 16° léger, a pris le commandement du camp. M. Hénaut a conservé les officiers espagnols qui y étaient attachés, parce qu'ils lui sont utiles pour la conduite des réfugiés. Ils auront toujours moins de facilité pour empêcher les enrôlements, que quand un colonel espagnol commandait le camp. Le chiffre des enrôlés s'élève aujourd'hui à 282; l'espèce d'hommes est fort belle. On leur a donné à chacun une chemise, ce qui leur a fait grand plaisir.
i7. — Les Espagnols du camp du Champ de Mars ont insulté les enrôlés; je leur ai parlé hier vertement, ainsi qu'à leurs officiers, les menaçant, s'ils insultent encore les soldats de la Légion espagnole, de faire conduire les coupables en Espagne. Aujourd'hui, les soldats espagnols engagés ont pu se promener librement dans le camp sans être maltraités.
Aragonais, Valenciens, Catalans étaient également dévoués à la cause de don Carlos, mais d'une manière différente. Les premiers voulaient de don Carlos sans prêtres ni moines; les Catalans, avec les prêtres et les moines; ces derniers portent presque tous au cou des scapulaires.
J'ai été frappé, lors de ma visite, de l'instruction de ces réfugiés, de leur air militaire, de la promptitude avec laquelle les bataillons se sont formés.
25. — Un agent civil, M. Save, employé par le ministère de l'intérieur, est arrivé à Perpignan, pour engager les réfugiés carlistes à prendre du service dans la Légion étrangère. Cet agent pourrait réussir dans sa mission s'il avait des fonds à sa disposition, mais le préfet a déclaré qu'il ne pouvait pas lui en donner. Une prime d'engagement, n'eùt-elle été que de cinq francs, nous eût, je crois, procuré beaucoup de monde. Des Espagnols sont venus s'informer combien on donnait, et sur la réponse : « Rien », ils se sont retirés. M. Save ira dans les dépôts de réfugiés espagnols, en compagnie de M. Foy, aide de camp du ministre, pour ce recrutement.
9 septembre. — Le général Guéheneuc, que M. Thiers vient de remplacer à Oran par M. deLamoricière, est arrivé ce soir à Perpignan avec sa femme; il se rend à Paris. Il sent vivement le soufflet donné sur son visage aux officiers généraux,