CHAPITRE VIII. — FEVRIER
voulut remettre de l'ordre dans ce corps; il trouva que les petits drapeaux n'étaient pas d'ordonnance, il fut chassé. Le 56", à Grenoble, refusa de soutenir le 35'; on le dirigea sur Besançon, sous la surveillance de la gendarmerie; puis la faiblesse du gouvernement confirma le renvoi du colonel Bonfils par ses soldats, en lui ôtant son régiment. On ne peut donc guère compter sur le général Bugeaud pour rétablir la discipline dans l'armée d'Afrique.
16 janvier. — Ce qui arrive au général de La Maisonfort est vraiment incroyable. On l'a nommé au commandement de la subdivision de Versailles le 2 janvier, et le jour même où il recevait ici ses lettres de service, une ordonnance du 9 janvier le révoquait et l'envoyait à Saint-LÔ. J'ignore l'intrigue qui a fait donner sa subdivision à un autre (1), mais on ne se joue pas de cette manière-là d'un officier général estimable. Il a parfaitement servi dans cette division, il est regretté des troupes; chacun est indigné; plus d'un officier m'a dit ce matin qu'il n'en avait pas dormi de la nuit. Le général de La Maisonfort était enchanté de sa destination de Versailles; c'est un homme de bonne compagnie, et il convenait parfaitement aux relations que cette résidence donne avec la famille royaie. Le successeur qu'on lui aura donné ne le vaudra probablement pas. Le favoritisme parlementaire perdra, je le crains bien, le pays, et nous sommes malheureusement en bon chemin pour cela.
6 février. — J"ai quitté Perpignan, en poste, le 1" février; j'ai mis cinquante heures pour arriver à Lyon. La neige m'a pris dans cette ville, et j'ai mis cinquante-huit heures pour gagner Paris, où je suis arrivé aujourd'hui.
(I) Le maréchal Gérard, commandant les gardes nationales du royaume, jeta les hauts cris de ce qu'on donnait ce poste de confiance à un officier général qui avait servi dans les gardes du corps, et, chose incroyable, il fit cJianger sa destination. (Note du maréchal.)
7. — J'ai été chez le Roi; je l'ai trouvé pérorant au milieu d'un groupe, en faveur des fortifications de Paris; je trouve que Sa Majesté, dans son intérêt, prend une part trop active à faire passer une mesure qui, au fond, déplaît généralement, et qui est, suivant moi, parfaitement inutile.
8. — La majorité de la Chambre des pairs est bien certainement contre les fortifications ; ce qui n'empêchera pas cependant la loi de passer, grâce au mouvement que se donnent pour cela le Roi et le duc d'Orléans. Il y aura nécessairement de l'opposition, et, comme je l'ai dit à un groupe de quelques pairs, cela ne sera bon qu'à faire de Paris un excellent nid pour les fricoteurs après une déroute, car la plupart des soldats préféreront pilloter dans la ville plutôt que se battre. Le Roi et M. le duc d'Orléans prennent la chose trop vivement. On assure que M. le duc d'Orléans a dit au marquis de Mornay, qui a fait un discours contre le projet de loi à la Chambre des députés : « Vous avez parlé en marquis, et non •en patriote. » M. Humann a dit à M, Mole que si cette loi passait et était exécutée, cela jetterait une telle perturbation dans les finances qu'il donnerait sa démission. M. le comte deMontalivet, intendant de la liste civile, s'est d'abord prononcé contre la loi, mais le Roi l'a prêché, et il commence à dire
que, dans sa position avec les obligations au Roi etc. ;
bref, il votera pour.
9. — Le maréchal Soult a donné un ordre qui rend très difficile maintenant d'avoir des renseignements au ministère de la guerre; les inspecteurs généraux eux-mêmes ne peuvent plus voir que les chefs de division, et seulement trois fois par semaine. Causer avec les chefs de bureau leur est tout à fait interdit.
10. — Le baron Bignon, pair de France, est mort le 6 janvier 1841. En 1812, lors de la retraite de Russie, il nous rejoignit à Wilna; il venait de Varsovie, où il était ministre de l'Empereur; il me prit dans sa voiture après le passage du Niémen, pendant toute une journée; j'avais la gangrène à la main droite. Je n'ai jamais oublié ce service, et je n'ai cessé de lui en témoigner ma reconnaissance.