CHAPITRE VIII. — AVRIL
dans ses culottes la chemise de la duchesse de Chabot. A force de travail et de soins, il y parvint, l'emporta et n'osa jamais la renvoyer. La duchesse de Chabot s'en était bien aperçue, mais, très timide, elle n'osa pas lui en ouvrir la bouche.
9. — J'ai été chez la princesse de Lieven, petit salon politique où le ministre des affaires étrangères Guizot passe toutes ses soirées. Il y avait aussi le comte de Pahlen, ambassadeur de Russie; le marquis de Brignole, ambassadeur de Sardaigne; M. de Tschann, ministre de Suisse. On a parlé de l'état d'enfance dans lequel est tombé depuis deux ans le pauvre Pozzo di Borgo. M. Guizot a raconté l'oraison funèbre qu'avait faite du prince de Talleyrand Pozzo di Borgo, à l'époque où il avait encore sa raison : « Le prince de Talleyrand a été très bien reçu en enfer; le diable a été au-devant de lui et lui a témoigné sa satisfaction en lui disant : « Vous f avez cependant outrepassé mes instructions, n
11. — J'ai dîné chez la comtesse d'Aubusson, ma bellemère; son pauvre mari va s'affaiblissant. La fille de M. d'Aubusson est femme du duc de Levis; ils étaient l'un et l'autre de ce festin. Le duc de Levis, attaché à la personne du duc de Bordeaux, a été assez intéressant dans le récit d'un voyage en Hongrie, sur les frontières de Turquie. La duchesse de Levis a été à Rome, à Naples, avec le duc de Bordeaux; elle en a assez de Goritz et n'a pas envie d'y retourner.
Les autres convives étaient : le comte de Sainte-Hermine, longtemps préfet des Deux-Sèvres, pair; M. de Vielcastel, sousdirecteur des affaires étrangères, homme de mérite, n'ayant pas plus de quarante-cinq ans; sa tête remue sans cesse; il dit continuellement « non » malgré lui; le spirituel comte Elzéar de Sabran.
15. — J'ai été ce soir chez le maréchal Soult pour lui dire que je pars le 20, pour retourner à Perpignan, et que je prenais ses ordres; il m'a répondu qu'il n'avait pas d'ordres à me donner.
De là, j'ai été chez M. Cunin-Gridaine, ministre du commerce; ce dernier prétend que le maréchal Soult est très Lien
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pour moi; qu'au conseil, lorsque mon nom fut prononcé à propos des fortifications (il s'agissait de gagner des voix), le maréchal Soult dit à mon endroit qu'il n'y avait rien à faire, que mon opinion ne changerait pas, car elle ne partait pas de la tête, mais du cœur, et que lorsque j'étais convaincu d'une chose, j'y tenais.
17 . — J'ai vu avant mon départ, au ministère de la guerre, les principaux commis, parmi lesquels on compte un général de division, le général Pelet, directeur du dépôt de la guerre, un intendant, M. Evrard Saint-Jean, un député, M. Laurence, directeur des affaires d'Algérie, des colonels; c'est tout simple, puisque maintenant des officiers généraux sollicitent ces emplois. Ils m'ont tous fait des offres de service; comme je fournis de bons matériaux d'inspection, des renseignements consciencieux, les commis de la guerre sont toujours bien disposés pour moi.
J'ai été chez M. et Mme Thiers. Le comte Alexandre de Girardin y est souvent; rapprochement bien singulier, puisqu'il est en disgrâce comme partisan de Charles X. M. Thiers m'a dit qu'avant mon départ il aurait voulu causer avec moi de choses que j'ai vues, apparemment pour son histoire de l'Empereur, parce que je lui ai raconté dernièrement quelques anecdotes du quartier général pendant mes trois campagnes près de Sa Majesté.
J'ai eu une audience de congé de M. le duc d'Orléans. Le prince a été, suivant son usage, aimable pour moi. Il m'a fait asseoir, me disant qu'il regrette que mon départ m'empêche de voir les bataillons de chasseurs, que le ministre de la guerre doit inspecter à Vincennes. Il m'a parlé des officiers sortant de ma division, des services du commandant Camou; il m'a remercié de le lui avoir donné. Il m'a parlé du lieutenant-colonel de Mailly, de Mac Mahon, de Canrobert, du désintéressement de ce dernier, qui a refusé d^ôtre officier d'ordonnance du Roi, malgré tous les avantages attachés à cette position, disant à Son Altesse Royale qu'il ne croyait pas pouvoir réussir à la coui", et qu'il aimait mieux faire plus lentementson chemin comme soldat.