‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 138 sur 231 · CHAPITRE VIII. — MAI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — MAI

Général Castellane. — Je suis assez heureux de m'être rencontré avec monseigneur dans ses notes aux officiers comme inspecteur.

Duc d'Orléans. — Les paraplui'^s gagnent dans l'armée; que faites-vous à cet égard?

Général Gastellane. — Je n'en souffre pas; j'ai mis à l'ordre que les soldats n"en ayant pas. les officiers ne devaient pas en porter.

^'ou5 avons causé d'Amélie-les-Cains; de Tinfluence de la bonne discipline des troupes sur les populations, etc. ; puis nous nous sommes quittés.

22. — Je suis parti de Paris avant-hier. En passant à Lyon, j'ai appris que la reine Christine était logée à l'hôtel de l'Europe dans le plus grand incognito. J'ai été trouver Castillo, son secrétaire des commandements, qui m'a annoncé à la Reine; Sa Majesté m'a reçu immédiatement.

La Reine s'est levée, est venue au-devant de moi, m'a fait asseoir; nous avons causé pendant une heure et demie. Elle m'a paru satisfaite de ma visite; on ne s'aperçoit pas sur son visage, toujours fort agréable, de ses souffrances; quoique sa taille, à cause de sa rotondité, n'en soit pas une, pour une reine surtout, c'est une femme charmante. Elle est née le 27 avril 1806; elle a par conséquent trente-quatre ans, mais elle a l'air plus jeune. La reine Christine est pleine d'esprit.

24. — Je suis arrivé à huit heures du soir à Perpignan; j'ai été suivi par le peuple qui criait ; « Voilà Gastellane! » depuis la place jusque chez moi. Il y avait plus de six mille personnes devant ma maison.

5 mai. — Je suis venu de Perpignan aux bains d'Arles, appelés maintenant Amélie-les-Bains; j'ai pensé à leur donner le nom de la Reine, pour faciliter la création de l'hôpital militaire, que je regarde comme un bienfait pour l'armée et pour le pays; j'y vais chaque année prendre des douches.

J'ai commencé un chemin pour desservir les maisons élevées •du village d'Amélie-les-Bains. J'y fais travailler les voltigeurs de bonne volonté du 23' léger. Chaque année, depuis que je viens ici, je dote le pays d'une nouvelle promenade.

8. — M. de Saunhac-Belcastel, évêque de Perpignan, allant confirmer à Arles, m'a fait une visite. Ce fort bon prêtre, de près de quatre-vingts ans, est un vénérable évêque. Gentilhomme duRouergue, il a, au fond, une grande vanité de sa naissance, il est extrêmement poli. Il est encore, pour la dignité, pour les manières, de l'étoffe des évêques d'autrefois; peu riche par lui-même et réduit comme tous les évêques à dix mille francs d'appointements depuis 1830, il ne parle jamais de l'état de gêne où le met un aussi faible revenu; il en a pris philosophiquement son parti et représente avec ses prêtres autant que cela lui est possible.

12. — Le 7 mai, il y a eu une revue à Vincennes des dix bataillons de chasseurs à pied formés pendant l'hiver au camp de Saint-Omer par le général Rostolan, sous la direction de M. le duc d'Orléans ; il les a présentés au ministre de la guerre.

On raconte que les chasseurs font seize kilomètres en cinq quarts d'heure; c'est un peu fort pour le croire. En en parcourant dix, l'infanterie mettant ordinairement quarante minutes pour en faire quatre, cela serait déjà énorme et incroyable, et ne pourrait être une habitude, mais seulement une exception, tel jour donné; le trot n'est pas l'allure habituelle de l'homme.

Ces bataillons ont aujourd'hui des officiers pris dans les régiments parmi les plus jeunes et les meilleurs; plus tard ces formations par le flanc si promptes seront une source de désordre sous la mitraille, car il est alors difficile de tenir les soldats réunis.

25. — Le vicomte Élie de Gontaut, troisième fils du feu comte Charles et d'Adèle de Rohan-Chabot, ma cousine issue de germaine, se marie. Il est grand, a de l'esprit. Comme tous les jeunes gens carli&tes, il ne fait rien; il épouse Mlle de rÉpinay, fille du général de l'Épinay, qui, n'ayant point voulu servir depuis 1830, a été mis à la retraite, à mon grand regret, car cet ancien colonel du 1" régiment de cuirassiers de la garde royale est un bon soldat.

4 juin. — En 1816 ou 1817, un petit livre arriva d'Angleterre, intitulé : Manuscrit de Sainte-Hélène; on le crut de l'Em-

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