CHAPITRE VIII. — AOUT
12 août. — Il y a eu hier au soir un attroupement à Géret; des troupes de moissonneurs se sont portées devant la maison du contrôleur des contributions en poussant les cris de : « Ils n'entreront pas dans les maisons; nous les tuerons! d Gomme on annonce que cela doit recommencer aujourd'hui, j'ai donné l'ordre à une compagnie du 25' léger de se rendre de Bellegarde à Géret. M. llénaut, préfet des Pyrénées-Orientales, contrarié apparemment de n'avoir pas eu l'initiative de €ette mesure, m'a répondu, en recevant l'avis de l'envoi de cette compagnie à Géret, qu'il ne me l'avait pas demandée. Je lui ai répliqué que les mouvements de troupes sont dans mes attributions, et que, du moment qu'il y a des troubles sur un point, il est de mon devoir de me mettre en mesure de prêter main-forte à l'autorité civile.
13. — Les troubles ont recommencé hier soir à Géret; un rassemblement d'au moins mille hommes s'est formé. La moitié de la compagnie du 25" léger que j'avais heureusement envoyée a été postée à la mairie pour empêcher le pillage des armes de la garde nationale. L'autre moitié s'est jointe à la gendarmerie et a chargé les armes devant le rassemblement. Des pierres ont été lancées, des soldats ont été atteints, les sommations ont été faites, et ia demi-compagnie a fait une charge à la baïonnette; le rassemblement s'est dissipé. Ges nouvelles sont arrivées à Perpignan à cinq heures du matin ; j'ai envoyé immédiatement à Géret quatre compagnies du 64". Je fais partir le général Parchappe je reste de ma personne à Perpignan, où ma présence est plus nécessaire. Le préfet Hénaut se rend aussi à Gette.
14. — L'arrivée des quatre compagnies du 64' à Géret a refroidi les perturbateurs, aucune démonstration n'a eu lieu. Le recensement, qui ne devait avoir lieu que le 40 septembre, ommence aujourd'hui; c'est une bonne mesure.
20. — M. Hénaut, ancien capitaine d'artillerie, était précédemment commissaire spécial de police à Bayonne pour la surveillance de la fronière. Il avait la finesse de son état: on en a fait, je ne sais pourquoi, un préfet. Il a inventé de rendre compte qu'il a été obligé de me forcer la main pour T. m. 17
envoyer des troupes à Céret; fausseté insigne! Je les ai envoyées sans attendre son avis. Une des difficultés du gouvernement actuel est le nombre des préfets sans considération et sans le sou. L'Empereur s'y connaissait et avait soin de choisir des hommes de talent ou ayant une position dans le monde, avec une influence personnelle utile au pouvoir; au contraire, maintenant, l'autorité du préfet a ordinairement à relever la considération de leur personne; c'est encore une des causes de l'affaiblissement de l'influence du gouvernement dans les départements.
21 . — J'ai reçu de grands compliments du ministre de la guerre sur la manière prompte et énergique avec laquelle l'émeute de Céret a été réprimée.
10 septembre. — Je suis parti de Perpignan à onze heures et demie du matin pour Port-Vendres, où je suis arrivé à une heure et demie de l'après-midi. Le 64" de ligne, fort de 1,647 hommes et 52 officiers, a été embarqué pour l'Afrique à bord de quatre bateaux à vapeur.
Le colonel Ginguené, du 1-6'' léger, m'a écrit pour me donner des détails sur l'émeute qui a eu lieu à Clermont-Ferrand au sujet du recensement, et qui a duré plusieurs jours. Le 16' léger était arrivé il y a trois ans, à Perpignan, dans un état déplorable; il a quitté Perpignan il y a trois mois, instruit, discipliné; en un mot, un des plus beaux régiments de l'armée. Ce régiment a eu dans l'émeute sept tués et seize blessés par des balles, cinquante par des pierres. Le colonel Ginguené avait pris les dispositions les plus militaires pour retrancher son régiment et le mettre dans une position à résister à dix mille insurgés. Il termine ainsi la lettre qu'il m'écrit :
« La manière dont nous nous sommes placés, la précision de nos moyens de défense, nous les avons puisées dans la théorie et dans la pratique des travaux de votre division. Les simulacres de siège, la confection d'ouvrages de fortification passagère, nous ont rendu familier l'art de nous couvrir dans les postes et de nous y retrancher. La discipline sévère et pourtant paternelle et sage de la 21' division nous a habitués