CHAPITRE YIII. — SEPTEMBRE
à obéir sans hésitation, sans murmures. Jouissez de votre ouvrage. »
25. — La corvette de charge l'Oise, partie d'Alger, est arrivée hier à Port-Vendres avec deux cents malades qui ont été débarques ce matin et qui sont arrives ce soir à Perpignan. Un premier convoi de cent soixante-douze hommes est arrivé le 9 septembre sur V Agathe. Le commandant de VOise, M. Ménétrier, rapporte ([u'il y a douze mille malades en Algérie.
30. — Aujourd'hui, à Perpignan, sous le prétexte du début d'un mauvais ténor dont les abonnés et les gens à habit ne veulent pas, on s'était préparé à faire du bruit. Le parterre était composé d'ouvriers coiffés de casquettes qui ne vont jamais au théâtre, et, pendant la représentation, des groupes s'étaient formes sur la place de la Liberté. (Avant 1830, place Royale ; ce nom lui est conservé par la population, en dépit de l'écriteau.)
Le ténor a paru; gens à habit de siffler, ceux en casquettes d'applaudir; vacarme épouvantable. Le maire avait demandé deux compagnies prêtes à marcher; je l'ai engagé à en faire venir une sur la place Royale. Le préfet Hénaut l'en a blâmé, à tort. Le tumulte était à son comble. Le parterre voulait monter aux premières; la gendarmerie l'en a empêché. Des altercations ont eu lieu entre le préfet, les gens à habit et le maire; ces derniers voulaient faire baisser la toile. M. Hénaut criait au maire de n'en rien faire, chacun étant dans son droit en applaudissant et en sifflant,
M. Hénaut, se souvenant de son ancien métier de commissaire de police et oubliant celui de préfet, au moment où l'exaspération était à son comble dans les loges, s'est porté dans la galerie, croyant apparemment imposer. Les gens à habit se sont éloignés à vingt pas de lui de tous les côtés et Font sifflé; le voilà gesticulant, s'efforçant de calmer de la main les casquettes du parterre, se tournant ensuite du côté des habits qui riaient et faisant ôter les chapeaux à ceux qui les gardaient, tandis qu'il laissait leurs casquettes aux gens du parterre qui applaudissaient. Voyant que l'autorité civile trouvait cela charmant, et ne pouvant protéger les citoyens
que par mes paroles, je leur ai crié avec force : « Vous n'avez pas plus le droit d'insulter qu'on n'a celui de vous insulter. Ainsi taisez-vous; sans cela, croyez-moi, cela finira mal. »
Cette masse d'ouvriers s'est tue : les insultes aux habits ont cessé; je dois même dire que les groupes parmi lesquels je me suis promené sur la place se sont dissipés avec respect pour me laisser passer. J"ai rencontré le préfet en rentrant, je lui ai parlé de la situation de l'extérieur; il m'a répondu qu'en sifflant ou qu'en applaudissant, chacun était dans son droit, tant que tout se passait avec ordre. Je lui ai répliqué : « Alors, en fait d'ordre, vous n'êtes pas difficile. »
L'autorité civile, sachant que le troisième début de ce ténor devait être un prétexte de troubles, aurait dû l'empêcher. Cela ne fait qu'exciter de l'irritation entre les classes aisées et celles du peuple, et, avec l'agitation qui règne dans les esprits des départements du Midi, on doit s'efforcer d'éviter même les prétextes.
26 octobre. — U Émancipatio7i de Toulouse a fait, dans son numéro du 22, un article qui n'est qu'un tissu de mensonges sur mon compte. On s'efforce de tourner en ridicule l'instruction que je donne aux troupes et qui fait que les régiments de cette division envoyés en Afrique s'y sont tous distingués. Cet article a excité à Perpignan une vive indignation; le numéro du journal a été déchiré dans le principal café de la ville par les jeunes gens.
27 novembre. — Par ordonnance du Roi du 23 novembre, M. Vaïsse, sous-préfet de Saint-Quentin, est nommé préfet du département des P^^rénées-Orientales, en remplacement de M. Hénaut, appelé à d'autres fonctions, c'est-à-dire révoqué.
Le gouvernement devrait mettre plus de soin dans le choix de ses préfets et ne donner les préfectures qu'à des notabilités. Cela rendrait à l'administration publique l'autorité morale dont elle est presque partout dépourvue. Chez nous, les honnêtes gens ne savent rien faire sans l'impulsion et la direction du gouvernement.
J'ai été à Rivesaltes, où j'étais prié, à l'occasion de la fête patronale, chez M. Parés, ancien président du conseil général.