CHAPITRE IX. — MARS lSi
n'étais pas au bout de mes peines, car il m'a fallu monter dans un curricle à pompe de fort mauvais goût, suivi de deux laquais qu'il fallait sans cesse attendre, l'un d'eux n'arrivant pas. Puis, Jules, apparemment de peur de culbuter, allait au petit pas. Il nous a fallu passer par le pont Royal et la rue de Rivoli, parce que Jules voulait y faire effet. Avec le temps et sans chute, il m'a enfin débarqué rue du Faubourg-Saint- Honoré, après avoir vainement combattu avec moi pour me •montrer aux Champs-Elysées dans son brillant équipage.
19. — J'ai été diner chez le comte de Rambuteau à l'Hôtel de ville; nous étions cinquante-six à table; le festin était magnifique. Tous les bruits qui courent du remplacement du comte de Rambuteau ne sont pas, je le crains, sans fondement. Un officier général qui tient aux Tuileries me disait que les appartements de l'Hùtel de ville sont aussi beaux que ceux de la résidence royale, que la ville aurait bien mieux fait de mettre du gaz dans les rues et de faire mieux réparer les pavés. Je lui ai fait observer qu'il est convenable que Paris, qui a cinquante millions de revenu, ait un bel Hôtel de ville. Il a ajouté : « M. de Rambuteau est un brave homme, mais il n'est pas un bon préfet; il s'est fait le très humble serviteur de son conseil municipal, dont il exécute les ordres. C'est un corps élu qui. dans un moment de troubles, pourrait devenir dangereux. » Je conclus de tout cela que M. de Rambuteau est perdu dans l'opinion du Château.
22. — J'ai été chez 31. le duc d'Orléans pour prendre ses ordres sur l'époque de mon départ pour Perpignan. Son Altesse Royale m'a dit : « J'ai manqué de vous jouer un mauvais tour; j'avais demandé au maréchal Soult qu'il vous prêtât à moi pendant trois mois pour me former douze bataillons à Saint-Omer. Le maréchal Soult m'a répondu : Certainement il formerait très bien vos douze bataillons; personne n'est plus en état que lui de le faire, mais il faudrait alors le remplacer dans son commandement, ce qui serait très fâcheux, même dans son intérêt. J'ai donc dû renoncer à vous avoir à Saint- Omer. >'
Général Castellane. — « Je regrette de n'être pas appelé à
servir immédiatement sous les ordres de Votre Altesse Royale; plus tard, je l'espère, monseigneur, cela se retrouvera. Je remercie Votre Altesse Royale de m'avoir envoyé l'histoire du 23" de ligne; elle est très bien faite; il est bon de rappeler Louis XIV, qui est un inconnu pour bien des officiers de l'armée.
Duc d'Orléans. — Je ne l'ai pas faite, mais elle a été écrite sous ma direction, dans le but de relever les régiments à leurs propres yeux.
Général Gastellane. — Le général Dubreton m'a chargé de dire à Votre Altesse Royale qu'il avait oublié de donner, dans une conversation avec monseigneur, mon nom parmi ceux des officiers généraux qui sont sortis du 5' léger ; non qu'il me reniât, car il voulait au contraire que Votre Altesse Royale le sût. C'était un excellent colonel; il m'a donné de bons principes militaires.
Duc d'Orléans. — Sa défense de Burgos est un bien beau fait d'armes.
Général Gastellane. — Il montra beaucoup de caractère à la formation du 5° léger, qu'il commandait en qualité de major lieutenant-colonel sans savoir s'il serait colonel; il eut beaucoup de peine à l'être.
Duc d'Orléans. — Il avait dit du mal de l'Empereur; cela l'a retardé.
Général Gastellane. — On s'occupe, m'a-t-on dit, au ministère de la guerre, des mesures à prendre pour rétablir la messe du dimanche dans les régiments; cela serait bien fait.
Duc d'Orléans. — Gela n'aboutira à rien, vous verrez. Lors de mon passage à Bordeaux, le 2» léger en colonne rencontra le Saint Sacrement; il fit par le flanc, mit genou en terre.
Général Gastellane. — Ge régiment sortait de ma division, où cela se pratique, l'ordonnance le prescrivant.
Duc d'Orléans. — Je l'exigeais aussi àSaint-Omer; il arriva une chose fâcheuse : un officier de garde à la porte mit genou en terre, il apostropha le prêtre qui ne lui donnait pas la bénédiction; le prêtre s'y refusant, il le mit avec le Saint Sacrement au corps de garde. La chose était grave et