CHAPITRE IX. — MARS
pouvait avoir des suites; avec le cardinal de la Tour d'Auvergne, j'ai étouffé l'affaire; j'ai prié le prêtre à dîner, et j'ai blâmé l'officier sans le punir. Il est déplorable de voir chacun ne remplir son devoir qu'à la condition qu'on fera pour vous ce qu'on se persuade avoir le droit d'exiger des autres.
Général Castellane. — Votre Altesse Royale ne trouvera pas cela dans ma division; chacun y est ployé à obéir.
Duc d'Orléans. — Je vous souhaite un bon voyage, et surtout pour vous, pour le Roi. pour le pays, que vous ayez bientôt un grand commandement. » Et il m'a donné congé en ajoutant encore d'autres phrases aimables (1).
26. — Nous sommes mal à peu près avec toutes les puissances, grâce à la manière déplorable dont M. Guizot dirige le département des affaires étrangères. Nous sommes brouillés avec la Russie, et M. Guizot en est cause par les impertinences qu'il a fait faire à l'empereur de Russie par notre chargé d'affaires; il a fait déclarçr qu'il ne concevait pas que l'empereur Nicolas voulût être bien avec la France et personnellement mal avec le Roi.
Nos ambassadeurs, nos ministres , nos consuls, toute la diplomatie se plaint de M. Guizot. Ce pédant doctrinaire sait faire de beaux discours, corrompre des députés, et, à cause de cela, il se persuade qu'il sait gouverner. Il fait fautes sur fautes et donne ensuite de grands embarras. L'idée que nous sommes les très humbles serviteurs de l'étranger est en progrès dans les masses et dans les troupes, et cela peut devenir un danger. Toutes les nominations de M. Guizot sont faites en vue d'obtenir la majorité dans les Chambres; les députés voulant s'en retourner chez eux, la Chambre vote au pas de course. M. Guizot obtient une majorité en séduisant un à un les députés et en achetant des voix par des places; on n'a jamais corrompu avec aussi peu de pudeur. Les députés vous disent, en téte-àtête, le diable de M. Guizot, puis ils votent pour lui.