M. Guizot m'avait prié de passer chez lui ce soir
(1) Je ne pensais pas que cette conversation serait ma dernière avec ce prince ; il a fallu un horrible événement pour que je fusse appelé à lui survivre beaucoup d'années. {Noie du maréchal.)
c'était pour me dire l'équivalent dé rien. Je m'en doutais bien; il m'a raconté que j'avais continué mon rôle d'observation sur les Pyrénées comme par le passé, que mes rapports sur l'Espagne étaient très bons: il m'a prié de lui écrire aussi en part ticulier; j'ai fait une inclination de tète, bien déterminé à n'écrire qu'à mon ministre, celui de la guerre.
29. — J'ai dîné chez le ministre de la marine, auquel j'ai remis une note pour Port-Vendres, afin qu'il tâche d'obtenir qu'on creuse le bassin dans toute sa longueur à la profondeur des vaisseaux, au lieu du tiers, comme on en a le projet. Cela ne coûterait en ce moment que d'enlever un peu plus de sable, et plus tard, lorsque l'eau y sera, cela deviendra impossible. L'amiral Duperré va s'en occuper avec le ministre des travaux publics.
6 avril. — Je suis parti de Paris le 2 avril, et je suis arrivé à Perpignan aujourd'hui à minuit.
iô. — J'ai dîné chez le préfet Vaïsse; ce dîner était fort bien. Nous étions une douzaine; le maire, Guiraud de Saint-Marsal, ancien colonel du génie, a amené la conversation sur les campagnes de l'Empire. J'évite autant que je puis de causer batailles, parce que je sais que cela est fort ennuyeux pour le prochain; j'en ai pu juger moi-même dans ma jeunesse quand il me fallait écouter d'anciens généraux. Dès lors je me suis bien promis que, dans ma vieillesse, si j'y parvenais, je n'abuserais pas de la patience des autres. Cependant, comme j'ai rapporté des anecdotes sur l'Empereur, cela a paru plaire à tout le monde.
21. — Par dépèche télégraphique le général Rullières m'annonce que le maréchal Clauzel est mort dans sa terre de Scourieux, dans sa soixante et onzième année. 11 avaiteu de laréputation comme général de division; sa conduiteàBordeauxen 1815, pendant les Cent-jours, où il a trahi Mme la duchesse d'Angoulême, l'avaitempêché d'être employé sous la Restauration. Il avait été nommé gouverneur d'Afrique après la révolution de 1830. Maréchal de France le 30 juillet 1831, le bâton a été pour lui une fortune inattendue; on l'a envoyé en Algérie, d'où il a été définitivement rappelé en 1837. La franchise