‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 17 sur 231 · CHAPITRE PREMIER. — NOVEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — NOVEMBRE

fait sa grande halte à Boussu, et nous sommes arrivés en bon ordre à Mons, n"ayant pas laissé dix traînards.

J'ai été frappé, à notre entrée à Mons, de la beauté des fortifications, du soin avec lequel elles sont construites; il serait vraiment dommage de détruire d'aussi belles choses.

Le général de brigade Duval, commandant de la province, a voulu me loger et m'héberger chez lui; c'est un petit homme de quarante-deux ans; il a été page de l'Empereur, qui lui avait donné cet emploi parce que son père était fort riche et maire de Mons. Il dit qu'il m'a connu à l'armée; je l'avoue ingénument, si je l'ai connu, je l'ai complètement oublié.

iO. — Ma brigade a quitté Mons à sept heures du matin; elle est arrivée à trois heures à Braine-le-Comte. En général, l'enthousiasme est fort modéré; nos soldats sont nourris par les habitants, le gouvernement paye 0 fr. 50 par homme pour cela.

Les 8" léger et 12° de ligne marchent à merveille, un seul homme malade du 12» est en arrière. Je m'arrête fréquemment pour voir défiler ma brigade, et je me place de temps en temps à côté d'une maison, pour n'être aperçu des soldats qu'à leur arrivée à ma hauteur; l' arrière-garde une fois passée, je regagne au galop la tête de ma longue colonne, et je m'assure ainsi que chacun est bien à son rang. Les canonniers des batteries de siège du 11° régiment marchent à faire pitié; j'ai remarqué que cent hommes tenaient avec leurs officiers plus d'une lieue de terrain. Ma troupe, au contraire, marche lort serrée.

J'ai essayé un cuisinier appartenant au 8» léger; il n'a pas un grand talent. J'ai bien fait cependant de prendre cette précaution; on m'avait soutenu qu'une réception solennelle nous attendait dans nos logements; à dire le vrai, on nous fait entendre partout qu'on se passerait volontiers de nous.

17. — Ma brigade s'est mise en mouvement à sept heures du matin. Le point de réunion était Tubize, à douze kilomètres de Draine; le gros s'est arrêté à Halle, ayant fait dixhuit kilomètres.

Le général Achard nous a rejoints en voiture. J'ai obtenu de lui l'autorisation d'aller jusqu'à Bruxelles, à dix-huit kilomètres de notre gîte. Il m'a chargé de demander au maréchal Gérard si nous entrerions à Bruxelles. Ce dernier m'a répondu qu'il devait prendre les ordres du roi Léopold à cet égard. J'ai vu à Bruxelles mon cousin le prince Auguste d'Arenberg, splendidement logé et entouré de commensaux; nous avons été charmés, tous deux, de nous retrouver. Il est atteint d'un tic douloureux et bien vieilli.

Ma brigade a quitté Halle pour se rendre à Malines, à quarante-deux kilomètres. Des compagnies ont été obligées d'aller coucher à huit kilomètres au delà et ont fait cinquante. kilomètres; encore l'étape n'est pas tout : une foule de compagnies doivent courir des bordées à droite et à gauche, pour se loger. J'ai le soin de fixer l'heure du point de réunion assez tard pour que ces compagnies ne soient pas obligées de partir avant le jour, les marches de nuit étant toujours fatigantes et exposant les soldats à se perdre. Les régiments de ma brigade se rassemblent à la seule batterie de marche du régiment; on évite ainsi de réveiller une heure et demie à l'avance les soldats, en battant aux champs; cela les rend aussi plus lestes à prendre les armes. Je tiens la main à ne pas les laisser mettre trop tôt en marche des cantonnements; je défends de donner des heures différentes. C'est encore, si on n'y prend garde, une grande cause de fatigue pour les soldats. Si le commandant de l'armée ordonne le départ à cinq heures, dans le but de ne pas être en retard, le lieutenant général ordonne quatre heures trois quarts, le maréchal de camp quatre heures et demie, le colonel quatre heures, ainsi des autres jusqu'au dernier caporal qui se mêle de cette affaire. Au camp, au bivouac, il faut bien prendre garde que chaque bataillon prenne les armes seulement au moment où il est appelé à prendre rang dans la colonne; sans cette attention, on tient inutilement le soldat le sac sur le dos, quelquefois pendant plusieurs heures, avant de commencer à marcher. Dans un camp nombreux, si l'on ne calcule pas le temps nécessaire à la cavalerie pour en sortir, et s'il y a des défilés,

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