CHAPITRE IX. — FÉVRIER
démission. M. Duchâtel est venu chez lui à neuf heures et est resté avec lui jusqu'à onze, en l'engageant à n'en rien faire. M. Guizot se plaint du Roi, disant qu'il devient de plus en plus inabordable.
J"ai été chez le ministre des travaux publics Dumont, où se trouvait le sous-secrétaire d'État Legrand. très hostile à Port- Vendres; il a voulu faire le léger, le plaisant; ce qui ne lui va pas. Il m'a dit : « Il faudra appeler Port-Vendres le port Castellane. » Il prétend de plus que le creusement du bassin est l'affaire de la marine. Je lui ai rivé son clou : « La création d'un port à Port-Vendres, lui ai-je dit, peut vous être égale à vous, sous-secrétaire d'État des travaux publics, mais non au pays. Les travaux publics doivent draguer le port et approfondir le bassin, c'est chose convenue. Il serait sans cela absurde à eux d'en avoir creusé une portion à profondeur de vaisseau. Si on ne draguait pas, il faudrait prendre les vaisseaux en pleine mer et les transporter en ballon dans votre bassin. "Vos observations sont misérables pour un port d'une aussi haute utilité pour la France, dont la Chambre et même l'opposition voteraient la dépense par acclamation. »
Le ministre Dumont est beaucoup plus raisonnable; il s'entendra avec le baron de Mackau.
8. — J'ai pris ce soir congé du Roi, de la Reine, du duc de Nemours et de la famille royale. La comtesse de Montjoye, dame de Madame Adélaïde, m'a, avant l'arrivée de Sa Majesté, lu des passages d'une lettre de Passau, dans laquelle on lui parle d'un lieutenant général marquis Louis de Castellane, couvert d'ordres, portant la grand'croix de la Légion d'honneur qu'il prétend avoir reçue de l'Empereur. Il se dit mon cousin, fils du frère de mon père, qui n'a jamais eu d'enfants, au moins légitimes. Beaucoup de personnes supposent avec raison que c'est un escroc, et on prend dans cette lettre des informations ; on va le signaler à M. Delessert. Le Roi m'en a également parlé. Il s'est aussi informé de mon degré de parenté avec le jeune Boni de Castellane, qui a été tué malheureusement, il y a quatre jours, d'un coup de fleuret dans l'œil, en faisant imprudemment des armes sans masque. Mon père
avait été parrain de ce jeune homme, et son prénom était comme le mien, Boni, abrégé de Boniface. Il était fils du comte César de Castellane, qui était, sous l'Empereur, auditeur au Conseil d'État, sous la Restauration, sous-préfet de Béziers, où il avait épousé une Mlle de Ginestet. Il a laissé trois enfants; la malheureuse mère, qui s'est donné une peine excessive pour bien les élever, est dans le plus violent désespoir.
11. — Je suis parti de Paris hier à midi et je suis arrivé ce matin, à sept heures, à Auxerre. Il est écrit que je casserai toujours à Auxerre; la dernière fois, c'était le siège; cette fois-ci, c'est une roue.
12. — Nous avons quitté hier Auxerre, à dix heures du matin, et nous ne sommes arrivés à Chalon que ce matin à cinq heures; cependant j'ai fait courir devant moi un postillon. C'est un véritable tour de force de marcher avec cette lenteur; je donne cinquante sous de guides par myriamètre, mais rien n'émeut les postillons sur cette route.
15. — Je suis arrivé à Perpignan à six heures un quart, ayant mis juste cent deux heures depuis Paris.
M. le préfet des Pyrénées-Orientales a reçu une dépêche télégraphique annonçant que S. M. la reine Christine est partie aujourd'hui de Paris. Aucune députation espagnole n'est encore arrivée à Perpignan. Toutes les dispositions sont prises dans la 21° division pour que les honneurs dus aux têtes couronnées soient rendus à Sa Majesté. Des piquets d'escorte de cavalerie seront échelonnés à dater du 16 sur toute la route.
17. — Le Lavoisier, bateau à vapeur du Roi, commandé par le capitaine de corvette Médoni, est arrivé de Toulon à Port-Vendres, pour y être aux ordres de la reine Christine. Il la transportera probablement à Barcelone et à Valence.
22. — Le préfet du Rhône a adressé aujourd'hui au préfet des Pyrénées-Orientales une dépêche télégraphique par laquelle il lui fait connaître que l'intention de la reine Christine est que l'ordre soit donné à la comitiva de se rendre sur-lechamp, par mer, à Port-Vendres. Cette comitiva a été envoyée à Valence par la reine Isabelle au-devant de sa mère. Pour la