CHAPITRE X
Je vais à Narbonne au-devant de la reine Christine. — Son arrivée à Perpignan, le 26 février 1844. — Détails sur la comiliva. — J'accompagne la Reine jusqu'au Perthus. — Triste situation où elle se trouve au milieu d'une horrible tempête. — La Reine, après avoir passé la frontière, m'envoie remercier. — Mon fils aîné est élu député par l'arrondissement de Murât. — M. et Mme de Lesseps. — Mort de Bernadette. — M. Gabriel Delessert, pair de France. — M. Guizot et la Toison d'or. — Séjour à Amélie-les-Bains. — Mort du duc d'AngouIême. — Mariage de ma fille Pauline avec le comte de Hatzfeld. — Je vais à Barcelone. — Visites aux reines Isabelle et Christine. — Dîner chez le maréchal Narvaez. — Je passe en revue la garnison de Barcelone. — Muâoz, duc de Rianzarès. — M. Xillrù. — Retour à Perpignan. — Visite au maréchal Soult, à Saint-Amans. — Je tombe gravement malade.
24 février. — Une dépêche télégraphique annonce que la reine Christine couchera à Narbonne aujourd'hui, et qu'elle y restera demain dimanche, Sa Majesté très dévote ne voyageant pas ce jour-là. Narbonne étant dans ma division, il était dans les convenances que je m'y rendisse.
J'ai voyagé avec M. Garriquiry, l'un des députés aux Gortès envoyé pour porter à la Reine l'adresse des soixante-douze qui demandent sa rentrée. Sa conversation a été très intéressante. Il m'a dit que la reine Isabelle a beaucoup d'esprit, de la fermeté, et qu'elle aime déjà à faire la reine. La seule personne qui lui impose est sa mère ; c'est pour cela qu'on regarde comme de la plus haute importance que la Reine arrive pour la diriger; mais la position de cette dernière ne sera pas aussi facile qu'on se le persuade. La reine Isabelle a été fort gâtée sous la régence d'Espartero, dont le parti voulait à toute force se la concilier; son éducation a été très négligée, cependant elle écrit bien.
Nous sommes arrivés à Narbonne à cinq heures et demie.