CHAPITRE X. — FÉVRIER
M. d'Aguillera et le comte de la Union sont venus à Perpignan dans la soirée, de la part de la Reine, étant expressément chargés par elle de me témoigner de nouveau sa reconnaissance. Ils sont chargés de la même mission près du préfet Vaïsse. Ils m'ont remercié pour leur compte. Ces messieurs sont encore sous le coup de ce qui s'est passé au Perthus; ils sont furieux contre le baron de Meer et m'ont dit que, si je suis désespéré de ce que j'ai vu, eux. Espagnols, doivent l'être bien autrement.
29. — A son arrivée à Figuières, la reine Christine a eu l'attention de me faire écrire par son secrétaire des commandements, le chevalier Castillo y Ayenza, la lettre suivante :
« Figuières, le 28 février 1844,
« Mon cher général,
« J'ai l'honneur de vous annoncer que Sa Majesté est annvée heureusement ici, à cinq heures et demie. Le vent semblait être un peu moins fort à midi, mais à l'entrée de la nuit il recommence; je me croirai ce soir dans le palais d'Eole. La Reine a fait son entrée à Figuières en triomphe, au milieu des acclamations les plus vives et, à ce que je crois, très sincères. La manière dont elle a été reçue en cette ville est une compensation plus que suffisante de ce qu'elle a souffert au Perthus. Mais ce que Sa Majesté ne peut oublier sitôt, c'est la cruelle journée qu'elle vous a fait passer. Elle me charge de vous renouveler ses vifs regrets pour cela, ainsi que sa gratitude pour tous vos soins exquis.
« José DE Castillo y Ayexza.
« J'ai oublié de vous dire que l'ordre pour apporter les deux portraits de la reine Isabelle et de l'Infante à Mme la comtesse de Castellane est parti pour Paris, hier au soir. M. Cortina et les personnes de la comitiva qui venaient dans la diligence ont manqué de tomber par le vent. »
4 mars. — Mme de Castellane m'écrit de Paris :
(( Le discours de M. Thiers a été le signal de sa scission avec son parti; je dirais avec ses amis. Les habiles voient qu'il place son avenir dans la régence et pour cela s'adresse aux mauvaises passions du pays. Ses amis, hors M. Duvergier de Hauranne, ont été très rudes pour lui et s'en détachent. Il paraît qu'il environne beaucoup Mme la duchesse d'Orléans; il la saisit par son goût pour les lettres et les gens de lettres. Il ne s'occupe plus et ne songe plus qu'à son histoire de Napoléon, dit-il, et là-dessus, en intéressant Mme la duchesse d'Orléans à demander au roi de Prusse des documents dont il avait besoin, il a établi entre elle et lui des rapports journaliers de renseignements, dont la famille royale s'alarme presque. »
H.' — Mon fils aîné a été élu député par l'arrondissement de Murât (Cantal), le 3 mars. Il aura trente ans le 23 septembre seulement; cela prouve une grande bonne volonté de la part des électeurs; ils savent, en l'élisant, qu'ils s'engagent encore à une ou deux élections, celle-ci devant être cassée par la Chambre. Henri m'écrivait le 16 février, avant l'élection :
« Le pays m'est bien dévoué; cela va jusqu'aux démonstrations populaires. J'ai quelquefois, à Allanches, trois cents personnes autour de mon cheval, criant qu'il faut me porter. Mais le préfet, qui m'est contraire, emploie toutes ses forces; sous-préfet, maires, percepteurs, gendarmes, gardes champêtres, tout cela est en campagne contre moi, ce qui est assez ridicule. Il faut se défendre; c'est ce que je fais avec courage, tout en croyant que je serai battu. Je passe ma vie entre Allanches, Murât et ici, à galoper dans la neige, couvert de peaux de bique. Le sous-préfet me suit en patache; mon concurrent va arriver en bottes vernies, en gilet de soie noire; tout cela est assez comique. Vous dire les intrigues, les allées et venues, et toute l'ébullition de ce petit arrondissement, c'est chose impossible. Au milieu de tout cela, je reçois des marques de dévouement que je n'oublierai jamais. »
15. — La municipalité de Barcelone a chargé M. de Tovar, consul à Perpignan, de me porter en cérémonie une adresse