CHAPITRE X. — MARS
de remerciements, à l'occasion de l'accueil que j'ai fait à ses députés venus à Perpignan pour y attendre S. M. la reine Christine.
Le capitaine de corvette Jurien (1) est venu aujourd'hui à Perpignan; il a dîné chez moi, c'est un officier bien tourné. Il est retourné à Port-Vendres, d'où il fera voile au premier vent favorable pour Barcelone, où il va prendre le commandement de la station.
20. — Le ministre de la guerre me témoigne de la part du Roi sa satisfaction de ma réception à la reine Christine et de la manière dont j'ai représenté la France en cette occasion. Le Roi m'envoie chercher à Barcelone les restes du prince de Bourbon-Conti, pour les transporter à Dreux; son tombeau se trouve dans l'intérieur de l'église Saint-Michel, à Barcelone.
26. — M. et Mme de Lesseps, débarqués du Lavoisier, sont venus de Port-Vendres, avec le capitaine Médoni, dîner chez moi. M. de Lesseps a de quarante à quarante-cinq ans, cinq pieds deux pouces; il est bien tourné, s'est conduit avec tact, courage et convenance, dans les événements de Barcelone. Il m'a vu en 1827, à mon passage à Lisbonne, chez son oncle, alors consul général de cette ville.
Mme de Lesseps, née de la 3Ialle, est petite-fille de l'avocat célèbre, devenu conseiller d"État; elle a de vingt-huit à trente ans; brune aux yeux bleus, elle est spirituelle, décidée, me paraît une femme de caractère; elle n'aura pas été inutile à son mari, à Barcelone, j'en suis persuadé. Le capitaine de corvette Médoni est dans la joie d'avoir transporté la reine Christine de Tarragone à Valence. lia été un mois dans l'émotion, dans le doute où il était d'avoir ce bonheur.
27. — Ce matin, M. de Lesseps est venu de bonne heure me voir; nous avons causé. J'ai beaucoup à me louer de son obligeance. J"ai été prendre congé de Mme de Lesseps à midi. Ils ont deux petits garçons, l'un de trois ans, l'autre de deux, nés, l'un à Malaga, Tautre à Barcelone; je leur ai donné des bonbons, ce à quoi ils n'ont pas été indifférents. J'ai remercié
(1) L'amiral Jurien de la Gravière,
M. et Mme de Lesseps d'être venus à Perpignan pour me voir. Ayant depuis si longtemps des rapports journaliers par écrit avec 31. Ferdinand de Lesseps, j'aurais été fâché qu'il s'éloignât de Barcelone sans que je l'eusse vu.
Bernadotte est mort, le 8 mars 1844, à quatre-vingts ans. Le maréchal Soult devient par là le dernier survivant des dixhuit premiers maréchaux de l'Empire créés, en 1804, au camp de Boulogne. Le 21 août 1810, Bernadotte avait été élu prince royal par les Etats de la Suède et adopté par le roi Charles XIII; le 5 février 1818, il avait été proclamé roi de Suède.
Bernadotte était grand, avait beaucoup d'accent gascon, un nez pointu; il y avait de l'expression dans son regard; il a montré une grande habileté, puisqu'il est le seul des rois créés par Napoléon qui ne soit pas tombé avec lui. Le roi Charles-Jean n'avait pas été, il est vrai, fait roi par l'Empereur; c'est néanmoins à cause de sa position dans l'armée française qu'il fut choisi et par la persuasion où l'on était en Suède que sa nomination comme prince royal plaisait à l'Empereur; l'Empereur ne s'en souciait guère, néanmoins il y consentit et lui donna deux millions. Le maréchal Bernadotte m'aurait pris en 1808 pour aide de camp, si je n'avais pas été placé près du général Mouton, aide de camp de l'Empereur. Mon père était préfet des Basses-Pyrénées; le vicomte de Castellane, mon oncle, s'était lié à Paris avec Bernadotte, de sorte que, pendant l'hiver de 1809 à 1810, je le voyais souvent dans sa maison, rue d'Anjou; il a toujours été fort obligeant pour moi.
Bernadotte s'était fait exclusivement Suédois; il était au nombre des souverains étrangers qui. ont envahi la France en 1815; il avait jugé qu'il ne pouvait conserver son trône que par l'appui de la Russie, et il agissait toujours d'accord avec cette puissance. Je l'ai revu en 1815, lorsqu'il est venu à Paris; ses cheveux frisés et son ordre de l'Epée me sont restés dans la tête.
2 avril. — Par ordonnance du 24 mars 1844, le Roi a élevé à la dignité de pair de France M. Gabriel Delessert, préfet