CHAPITRE X. — AVRIL
de police de Paris. Il a plus de dix ans d'ancienneté de préfet et se trouve par là dans les catégories pour être nommé. M. Delessert est un noble caractère; il est certainement un des plus honorables, pour ne pas dire le plus honorable des administrateurs produits par la révolution de Juillet. Préfet successivement à Garcassonne et à Chartres, il a laissé dans ces deux départements de bons souvenirs de son administration sage et paternelle. Administrateur intègre et éclairé, magistrat ferme et modéré, chargé depuis 1836 de veiller à l'ordre, à la tranquillité de Paris, il a su conquérir une popularité difficile et rare dans ces fonctions délicates.
Le comte Alphonse de Rayneval, premier secrétaire de l'ambassade deFranceàSaint-Pétersbourg,aépouséMlle Louise Bertin de Vaux.
Feu le comte de Rayneval, mort ambassadeur à Madrid, était un homme d'un grand mérite; c'était une de mes plus anciennes connaissances. Dans mon enfance il habitait à Ecquevilly, près d'Acosta, où il venait souvent avec son père. A la retraite de Russie, M. de Rayneval était à l'état-major de l'Empereur. Que de fois j'ai causé au bivouac avec lui, avec le baron Mounier, aussi fort spirituel et qui a, comme le baron Fain, disparu de ce monde!
17. — La reine d'Espagne donne la Toison d'or à M. Guizot, ministre des affaires étrangères.
Je viens d'apprendre de M. Hernandez, ci-devant chargé d'affaires d'Espagne à Paris, une chose curieuse à ce sujet.
Au mois de décembre dernier, le gouvernement espagnol avait envoyé à M. Guizot la grand'croix de Charles III; M. Hernandez, sachant que M. Guizot avait renvoyé un ordre de Danemark qui n'était pas le premier de ce royaume, fut convaincu que 31. Guizot n'accepterait pas le grand cordon de Charles III. M. Hernandez prit donc le parti de renvoyer ce cordon à son gouvernement, en disant que M. Guizot voulait la Toison d'or. On répondit qu'il n'y en avait pas de vacant. M. Génie, secrétaire de M. Guizot, eut alors la petite plaque de Charles III, que M. Hernandez avait demandée pour lui, et M. Guizot rien; sans cela il n'aurait pas reçu aujourd'hui
la Toison d'or, ce qui prouve que parfois l'orgueil sert à quelque chose.
Le chef de bataillon Moy, aide de camp du baron de Meer, est arrivé à Perpignan en courrier; il m'a apporté un décret de la reine Isabelle, du 10 avril, qui me nomme grand-croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Ferdinand.
29. — Le grand système de MM. Guizot et Duchâtel est de ne pas donner d'ordres, pour laissera leurs agents toute la responsabilité et pouvoir les désavouer. Le préfet des Pyrénées- Orientales est toujours à dessein laissé sans instructions pour tout ce qui concerne l'Espagne. Pendant la situation délicate dans laquelle nous nous sommes trouvés depuis trois ans sur cette frontière, on accusait rarement réception à M. Vaïsse de ses rapports. Il a appris par moi que la reine Christine allait passer à Perpignan, et que les honneurs royaux devaient lui être rendus. Le ministre de la guerre, au contraire, est très exact à accuser réception des rapports. Les ministres pensent exclusivement aux Chambres et à obtenir par tous les moyens possibles la majorité pour conserver le pouvoir. Après cela, l'administration va comme elle peut; on s'en moque, jusqu'au jour où il survient une émeute ou un conflit dont rendent compte les journaux; alors le ministre de l'intérieur se réveille.
2 mai. — Je pars pour Amélie-les-Bains afin d'y prendre mes dix-sept douches de chaque année; depuis quelques jours je souffre horriblement d'un catarrhe; je pense que j'en serai bientôt guéri, quoique les médecins disent que je devrais retarder mon départ de quelques jours.
5. — J'ai commencé à prendre mes deux heures de douche et ma demi-heure de bain, suivant mon habitude, malgré mon rhume; je m'en suis bien trouvé.
19. — J'ai terminé mes douches et bains; mon catarrhe me fait toujours beaucoup souffrir. Pendant mon séjour ici, les grenadiers du 10* de ligne, en garnison au Fort-les-Bains,ont achevé les promenades dans la châtaigneraie Contades; puis, à six kilomètres d'Amélie-les-Bains, j'ai fait faire au pic Mortemartun sentier de l^jSO qui permet d'y monter à cheval;