‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 170 sur 231 · CHAPITRE X. — JUIN 1844. 31i · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — JUIN 1844. 31i

ce sera un but de promenade pour les baigneurs. Grâce à toutes celles que j"ai fait faire depuis quelques années dans la montagne autour d"Amélie-les-Bains, les baigneurs n'en manqueront plus maintenant.

Le prince Albert de Broglie, fils du duc de Broglie, second secrétaire de l'ambassade de France à Madrid, est arrivé hier à Perpignan, venant de Madrid par Bayonne. Il a dîné chez moi aujourd'hui et repart par la diligence de cette nuit, afin de rejoindre notre ambassadeur, le comte Bresson, à Barcelone, où les Reines sont attendues incessamment. Je Tai connu dès son enfance; il a maintenant vingt-trois ans, il a de petits yeux très spirituels, il cause bien et a la réputation d'avoir du mérite.

29. — Une petite brochure du prince de Joinville sur la situation de notre marine comparée avec celle de l'Angleterre (dans laquelle il expose que le meilleur moyen de lutter contre l'Angleterre, le cas échéant, est d'avoir une flotte nombreuse de bateaux à vapeur) fait beaucoup de bruit et va donner du fil à retordre au ministre dans la question des crédits supplémentaires. Elle est fort attaquée par les journaux anglais. M. Guizot la fait critiquer par le Journal des DébatSj, ce dont le prince de Joinville est fort irrité. Le Roi n'a pas, dit-on, pu obtenir de son fils de ne pas imprimer cette note sur la marine. Le prince de Joinville reçoit de pompeux éloges de la part des journaux de l'opposition. Il a désapprouvé hautement la conduite tenue avec l'amiral Dupetit-Thouars dans l'affaire de Taïti.

6 juin. — Le ministre de la guerre m'a écrit que le Roi consentait à ce que je fusse à Barcelone offrir mes hommages aux deux reines d'Espagne. Je n'ai pas été depuis dix-neuf ans dans cette ville, où j'ai de nombreux amis; j'y ai commandé une brigade de cavalerie, et j'ai reçu depuis dix ans, à Perpignan, une foule d'Espagnols de cette cité.

M. le duc d'Angoulème est mort à Goritz le 3 juin 1844; il avait soixante-neuf ans. L'esprit de justice et de modération caractérisait ce prince; il avait sincèrement l'amour du bien, était affable et brave. J'ai eu de fréquents rapports avec M. le

duc d'Angoulême, ayant été colonel des housards de la garde et officier général sous la Restauration. Il s'occupait sérieusement du militaire, était animé du désir de faire le bien; malheureusement, il était très court d'esprit. Neveu et fils très respectueux sous les règnes de Louis XVIII et de son père, il a donné toujours l'exemple de la soumission aux ordres du Roi; il ne s'en écartait jamais. Il avait une passion déterminée pour la chasse et était très dévot.

7. — Ma fille Pauline doit épouser, le 20 juin, le comte de Hatzfeldt, premier secrétaire de l'ambassade de Prusse à Paris, aussi distingué par son caractère que par sa naissance; j'ai donné mon consentement de grand cœur, et je suis fort contrarié de ne pouvoir assister au mariage; l'arrivée des deux reines à Barcelone m'en empêche. Mme de Castellane, aussitôt après avoir reçu mon consentement à ce mariage, a été chez la Reine, où le Roi était venu, et leur a demandé leur agrément au mariage de notre fille Pauline avec le comte de Hatzfeldt. C'est un ancien usage auquel ils ne sont pas accoutumés aujourd'hui; aussi Leurs Majestés y ont été très sensibles.

Le Lavoisier, parti à une heure du matin de Barcelone, est arrivé à trois heures de l'après-midi à Port-Vendres, avec les dépêches de l'ambassadeur de France pour le ministre des affaires étrangères. M. le comteBresson comptait que ce bateau me ramènerait à Barcelone; mais malheureusement l'état de ma santé ne me le permet pas encore. Je suis au cinquantehuitième jour d'un ennuyeux catarrhe, et, comme j'ai craché le sang légèrement ces jours derniers, le médecin a jugé convenable de m'ôter ce soir une livre de sang.

20. — Le mariage de ma seconde fille Pauline a dû être célébré aujourd'hui à Paris, à l'église de la Madeleine. L'abbé de Bory a dit la messe; l'abbé Petetot, curé de Saint-Louis d'Antin, a donné la bénédiction; tous deux ont été ses catéchistes. Les témoins de ce mariage sont, de notre côté, M. Greffulhe, son oncle, et le prince de Beauvau, en l'absence du duc de Rohan, mon cousin; du côté du comte de Hatzfeldt, le .prince, Pierre d'Arenberg et le comte d'Arnim, ministre

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