‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 18 sur 231 · CHAPITRE PREMIER. — NOVEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — NOVEMBRE

on expose les régiments à prendre les armes à quatre heures du matin et à se trouver encore dans le camp à huit. CeJa s'est vu souvent; c'est dur, et cela abîme l'infanterie.

Nous avons reçu l'accueil le plus froid dans notre traversée de Bruxelles; l'enthousiasme s'est borné à celui de vingt gamins. Ils nous ont escortés à huit kilomètres, en portant les caisses des tambours et les haches des sapeurs; deux sont môme venus à Malines avec les pavillons chinois. Nous étions à Malines à cinq heures du soir. La ville est belle; c'était dimanche, il y avait beaucoup de monde dehors. Il n'y a eu aucun cri.

Le général Achard était fort en colère, parce que je ne m'étais pas occupé de son logement à Halle, mais bien de ma brigade; son gîte ne me tourmentera jamais, mais j'aurai toujours souci de ma troupe, quelque humeur qu'il puisse en -avoir.

19. — Nous avons été de Malines à Contich, et de là nous avons été dirigés sur Deurnes, en évitant de passer près d'Anvers.

20. — De Deurnes nous voyons les clochers d'Anvers. Défense est faite aux officiers et soldats d"y aller. Le temps est frais, avec du soleil; nous sommes heureusement privés de pluie; aussi le soldat est gai, content, bien nourri.

22. — J'ai été à Merxem, quartier général de M. le maréchal Gérard; il était allé à Berghem conférer avec les généraux Haxo et Neigre. J'ai vu le colonel anglais Garadoc, qui est commissaire auprès de l'armée française; je le connais beaucoup; il m'a montré une proclamation du général Chassé à ses troupes où il annonce son intention de faire une sérieuse résistance. C'est le maréchal SouU, aujourd'hui ministre de la guerre en France, qui demanda et obtint pour le général Chassé le grade de lieutenant général (1).

(1) David-Henri, baron de Chassé, naquit à Tiel (Gueidre) le 18 mars 17&7: son père était major au réginaent de Munster. II entra au service des Provinces-Unies en 1775 comme cadet, fut nommé lieutenant en 1781, capitaine en 1787; après la révolution de la Hollande en 1787, pendant laquelle il s'atlaciia au parti des patriotes, il s'expatria et prit du service dans les armées françaises. Sa bravoure lui mérita, en 1793, le grade de

J'ai été dîner chez le comte de Cornelissen, dont j'ai connu autrefois le père, chambellan de l'Empereur. Ma famille avait bien reçu ce jeune homme en Auvergne; cela a été la cause de mon invitation.

24. — On prétend que le commissaire anglais Caradoc a été envoyé à la citadelle pour tâcher d'amener Chassé à la rendre. J'ai été pour voir le maréchal Gérard, dont le quartier général est établi depuis hier à Borgerhout, qui touche Anvers; je voulais lui exposer combien il était désagréable pour moi que ma brigade fût placée sur la route de Turnhout, où il n'y avait rien à faire, au lieu de participer au siège; je voulais aussi savoir si je monterais la tranchée à mon tour

lieutenant-coloneL II rentra dans sa patrie en 1795 avec l'armée de Pichegru, qu'il quitta bientôt pour faire la campagne d'Allemagne en 1796, sous les ordres du général hollandais Daendels. Les Anglais ayant fait en 1799 une descente sur les côtes de Hollande, le colonel Chassé déploya beaucoup de talents militaires à la tête d'un corps de chasseurs hollandais qui se battit avec acharnement. H servit avec distinction dans la guerre contre la Prusse en 1805 et 1806, sous les ordres du général hollandais Dumonceau; mais c'est surtout dans la guerre d'Espagne que le général Chassé se fit remarquer et donna des preuves de la plus grande intrépidité, ce qui lui mérita parmi les soldats le nom honorable de « général Baïonnette », à cause de l'usage fréquent et heureux qu'il fit de celte arme. Pour récompenser les services qu'il venait de rendre, le roi Joseph le créa baron avec une dotation de 3,000 florins sur ses domaines, et le nomma commandeur de l'ordre royal de la Réunion. Pendant les six années que dura celte guerre meurtrière, le général Chassé resta toujours en Espagne. \\ contribua puissamment au succès de la journée d'Ocafia, oii les troupes hollandaises se couvrirent de gloire, et du col de Maja, dans les Pyrénées, où il sauva par une rare intrépidité le corps d'armée du comte d'Erlon. La décoration d'ofiîcier de la Légion d'honneur fut la récompense de ce brillant fait d'armes, et le duc de Dalmatie demanda pour lui le grade do lieutenant général. Napoléon sut aussi apprécier la bravoure qu'avait déployée le général Chassé dans cette guerre; il le nomma baron de l'Empire par décrel du 30 juin 1811.

Au mois de janvier 1814, il reçut l'ordre de partir en poste avec ses quatre régiments pour aller rejoindre la Grande Armée aux environs de Paris. Le 27 février, il attaqua avec les débris de ses régiments une colonne de 6,000 Prussiens soutenus par une batterie de six pièces de canon, en position sur un plateau près de Bar-sur-Aube, et, après la retraite de l'infanterie, il soutint à trois reprises les attaques les plus opiniâtres de la cavalerie. Il rentra dans sa patrie après la première capitulation de Paris, et le prince souverain de Hollande, rendant hommage à ses talents militaires, l'admit dans son armée avec le grade de lieutenant général. Le général Chassé se comporta avec distinction à la bataille do Waterloo; il servait alors sous les ordres du duc de Wellington.

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