CHAPITRE X. — JUILLET
plénipotentiaire de Prusse. Le vicomte de Rohan-Chabot, mon oncle, m'a représenté comme père.
La Prusse n'ayant pas jusqu'ici reconnu la reine Isabelle, le comte de Hatzfeldt n'a pas pu comprendre dans son invitation du corps diplomatique l'ambassadeur d'Espagne. Mme de Castellane a trouvé avec raison que, vu mes rapports avec la cour d'Espagne, il n'était pas convenable qu'il ne fût pas invité au mariage; elle a prié l'ambassadeur M. Martinez de la Rosa, M. d'Aguillera et le comte de la Union.
i" juillet. — Je suis au soixante-dix-huitième jour de mon catarrhe; me voilà au lit depuis le 23 juin. On m'a fait deux abondantes saignées, mis des sangsues, et-fait observer la diète la plus sévère; les médecins ont fait une bonne dépense de mon sang, mais ne m'ont pas ruiné en nourriture. En dépit de tout cela, j'ai encore craché le sang; alors on m'a affublé d'un emplâtre de poix de Bourgogne entre les deux épaules et d'un vésicatoire au bras gauche; nous verrons l'effet que cela produira.
21. — Le prince de Broglie m'écrit du 19juillet que le départ des deux reines est fixé au 12 août, et que le bal donné par le commandant de la station, Jurien, sur le Lavoisier et le Palmijrej a été magnifique.
23. — Me trouvant mieux, je me suis embarqué aujourd'hui sur le Lavoisier, à Port-Vendres , avec le colonel Uayr de Baldegg, mon chef d'état-major et mon secrétaire Casanove.
Le capitaine Médoni nous a donné un fort bon souper. A son bord se trouvaient déjà le vicomte Duchâtel, préfet de la Haute-Garonne, et sa famille. Nous avons fait vapeur à neuf heures du soir.
Je suis logé à bord dans une belle chambre qui a été occupée par la reine Christine, lors de son passage sur le Lavoisier de Tarragone à Valence.
24. — A onze heures et demie, nous avons mouillé à Barcelone. Une chaloupe espagnole, conduite par un enseigne de vaisseau, est venue me prendre. M. Xifre y Casas, le plus riche négociant de Barcelone, m'avait offert l'hospitalité; il est
venu me chercher à bord; sa voiture m'attendait sur le quai.
J'ai été sur-le-champ chez le comte Bresson, et chez le capitaine général Narvaez qui a montré une grande satisfaction de me revoir.
J'ai été chez le baron de Meer sans Vy trouver. Le baron de Meer s'est rendu chez moi, avec son chef d'état-major Peray, le général Llauder, le général Pavia. gouverneur de la ville; ils sortaient d'un Te Deum qui avait lieu en réjouissance du rétablissement de l'autorité de la Reine.
J'ai trouvé au palais notre ambassadeur, M. le comte Bresson, qui m'a conduit jusqu'à la porte du cabinet des Reines.
Elles m'ont reçu à merveille. La reine Isabelle parle peu: sa mère m'a dit qu'elle a de la timidité pour parler français. L'infante Fernanda a gardé le silence; elle est plus jolie que sa sœur et plus petite. La reine Isabelle a de petits yeux; elle est moins grande que sa mère. J'ai fait aux Reines mes compliments sur la beauté des troupes à Barcelone; en effet, leur bonne tenue m'a frappé; je n'ai jamais vu des soldats espagnols aussi bien habillés.
J'ai dîné chez le maréchal Narvaez. Nous étions trente à table; à la droite de Narvaez, l'ambassadeur comte Bresson; à la gauche, le patriarche des Indes, évêque de Cordoue. Après le dîner, on a distribué, de concert avec le café, des cigares aux assistants; on s'est mis à fumer. Jai retrouvé à ce festin M. Bulwer, ministre d'Angleterre, que j'ai déjà vu à Paris. En outre des ministres, du corps diplomatique, du capitaine général baron de 3Ieer, il y avait à ce festin le capitaine de corvette Jurien, commandant la station française; le capitaine Drummond, commandant la corvette anglaise Scoutt; le capitaine de corvette Médoni, commandant le Lavoisier. En sortant de chez le général Narvaez, nous avons été au théâtre, illuminé à l'occasion de la fête de la reine Christine. On jouait un opéra italien; je n'avais pas vu cette magnifique salle depuis dix-neuf ans.
Le baron de Meer, après avoir causé avec le maréchal Narvaez, m'a demandé le jour où je voulais voir les troupes. Il a été arrêté que ce serait après-demain.