CHAPITRE X. — JUILLET
Elle m'a demandé comment j'avais trouvé les troupes; je lui ai répondu : « Elles sont bien. Je vois avec plaisir qu'on oblige maintenant les officiers à s'occuper de leurs soldats et à ne pas les laisser exclusivement aux sergents; cela rendra les « pronunciamientos » plus difficiles. Le maréchal Narvaez et le baron de Meer ont rendu de grands services sous ce rapport; si Votre Majesté avait quelques généraux comme ce dernier, vos troupes seraient bientôt partout sur un bon pied. ï
J'ai terminé enfin mes visites; j'ai passé, depuis six jours, cinq heures à les rendre; cela n'a pas arrangé mon catarrhe.
La reine Christine n"aime pas le pouvoir; elle voudrait vivre à Paris, dans son intérieur, avec Munoz, en voyant souvent la famille royale. Elle a l'air satisfaite probablement de l'arrivée de Mufioz qu'on l'ignore; je l'ai apprise sous le secret. Le duc de Rianzarès, arrivé à Perpignan, sous un nom supposé, se cachant de tous ceux qui le connaissent, doit partir de cette ville aujourd'hui. Il arrivera demain à Barcelone.
30. — J'ai été aujourd'hui, à six heures du soir, à un dîner qui m'était offert par la députation provinciale et la municipalité, qui s'étaient réunies pour me l'offrir. Deux membres de la députation provinciale et deux de la municipalité sont venus me prendre. Le premier alcade Parlade, avec les membres de la députation provinciale et de la municipalité, m'a reconduit à ma sortie jusqu'à ma voiture: on a bu à ma santé, j'y ai répondu, puis, souffrant de mon catarrhe, j'ai regagné avec peine mon logement.
Les ministres, voj-ant la reine Christine triste et ayant besoin de sa présence auprès de sa fille jusqu'après son mariage, ont cherché à faire une position convenable au duc de Rianzarès. Ils ont pensé à l'envoyer à Naples en qualité d'ambassadeur, sauf à le faire revenir en congé. Le roi de Naples étant frère de la reine Christine, on a reconnu que cette combinaison était impossible; si on n'en trouve pas, le duc de Rianzarès s'en retournera à Paris comme il est venu.
Les ministres Mon et Mayans repartent aujourd'hui pour
Madrid. La Reine n'avait jamais parlé de Munoz au comte Bresson; elle a autorisé ses ministres à lui parler de l'arrivée du duc de Rianzarès. Elle ne s'entretient de lui qu'avec le seul Mon. Le marquis de Viluma et le maréchal Narvaez ayant voulu lui en parler, elle a coupé court à la conversation. Mon est son seul intermédiaire avec le cabinet sur ce sujet. Son mariage avec Munoz est bien fait, mais religieusement seulement, de manière à mettre la conscience de la reine Christine, réellement très dévote, à l'abri. Les personnes qui entourent la reine Christine, gentilshommes et autres, sont placés par lui et sont ses amis.
3 août. — J'ai été prendre congé de la reine Christine. Il m'est démontré qu'une fois la reine Isabelle mariée, sa mère voudrait faire seulement des voyages en Espagne et se fixera à Paris. La reine Isabelle, l'Infante, la Reine mère, se considèrent comme forcées par les ministres à se rendre à Madrid.
La reine Isabelle adore sa mère; l'infante Fernanda est d'un caractère plus difficile.
Le duc de Rianzarès n'habite point une maison de campagne auprès de la ville; il est dans Barcelone, d'où il se rend chaque jour secrètement au palais. Il était si peu disposé à se cacher que la personne envoyée par le ministère pour le prier de ne pas se montrer l'a trouvé, la canne à la main, sortant de chez lui pour aller faire des visites. Le comte Bresson m'a dit qu'il ne donnait que de bons conseils.
4. — Le général Narvaez m'a envoyé deux décrets : l'un du 31 juillet nommant mon fils Pierre de Castellane chevalier de l'ordre de Charles III; il est motivé sur les services rendus à l'Espagne par son père; un autre, du 3 août^ nomme le général Corbin commandeur de l'ordre d'Isabelle la Catholique.
J'ai dîné chez ce bon 31. Xiffré; il est impossible d'être mieux traité que je ne l'ai été chez lui, pendant le temps de mon séjour à Barcelone. Ce négociant a fait fortune à la Havane, et il a aujourd'hui plus d'un million de rente. Originaire des environs de Barcelone, il était sans état et il