CHAPITRE XI. — DÉCEMBRE
que lorsqu'il était trop tard pour la réparer. L'empereur Nicolas, qui connaît les distractions de son ministre des affaires étrangères, a très bien pris la chose.
21. — Un journal dit que le duc d'Isly est le premier et le baron Pasquier le second duc que fait le Roi. Ce journal se trompe. Sa Majesté a déjà créé en sourdine et avec le moins de publicité possible le duc de Marmier. Le baron Pasquier, à présent le duc Pasquier, a près de soixante-dix-huit ans. D'une famille de l'ancien Parlement (1), et n'ayant point d'enfants, on ne peut que s'étonner qu'il ait désiré le titre de duc.
27 . — Le lieutenant général baron Vincent est mort à Paris, le 24 décembre. Lieutenant général de 1825, il était avec le roi Charles X, en 1830, et ne l'abandonna pas ; cela fait son éloge. Il eut un commandement à Rambouillet. A son retour à Paris, il aurait voulu servir le nouveau gouvernement; il fut repoussé. Cette circonstance en fit un carliste enragé. Il allait voir le duc de Bordeaux chaque année, ce qui lui tournait la tête, les légitimistes s'en moquaient. Il n'en faisait pas moins l'important et jouissait d'une certaine considération dans une classe secondaire de royalistes. Il était curieux par l'exagération de ses propos et par son affectation à s'éloigner de ses anciens camarades, lorsqu'il y avait des légitimistes dans un salon. Il se persuadait qu'il avait dans le parti légitimiste une importance qui n'était soupçonnée par personne.
29. — M. le maréchal duc de Dalmatie prend presque toujours maintenant le plus ancien de grade des candidats, présentés au choix par les inspecteurs, sans avoir égard à leur numéro de mérite.
Mgr le duc d'Orléans regardait, lui, comme important d'avancer les officiers jeunes, pour qu'ils arrivassent aux grades supérieurs avant l'âge de la décrépitude.
Les deux tiers de l'avancement sont, en outre, donnés à l'ancienneté.
La méthode actuelle du maréchal Soult tue toute espèce
(1) Sous l'ancien régime, il n'était pas d'usage que les magistrats portassent de titres, même s'ils en avaient le di-oit.
d'émulation, et est disgracieuse pour les inspecteurs qui, comme moi, se donnent la peine de chercher le vrai mérite.
11 janvier. — Mon fils aîné et ma belle-fille sont restés à leur château d'Aubijoux (Cantal), pour attendre que son élection comme député, qui a été cassée trois fois parce qu'il n'avait pas l'âge, pût avoir lieu une quatrième fois. Elle est fixée au 8 février. Cette fois-ci, il sera assez vieux pour siéger à la Chambre. En attendant, ils vont profiter des jours de loisir que cela leur donne pour venir juger eux-mêmes de l'état de ma santé. Je serai heureux de les voir.
14. — Mon fils Henri et ma belle-fille sont arrivés à Perpignan; il y a du mérite à eux dans une aussi mauvaise saison.
24. — La plupart de nos ambassadeurs sont en congé; c'est une manière comme une autre de diriger nos affaires extérieures. Gela ne suffit pas à M. Guizot : bon nombre de nos consuls sont aussi à se promener. M. de Lesseps est depuis près d'un an à Paris; le consulat de Barcelone est géré par le consul Fleury de Valence, qui lui-même vient d'être remplacé par un élève consul, M. Poret de Morvan, qui ne prend pas la peine de répondre aux lettres. Ce gaillard-là ne m'a mandé autre chose, sinon qu'il était fils de monsieur son père le maréchal de camp Poret de Morvan. Monsieur son père était un fort brave soldat.
11 février. — Le duc de Mortemart m'écrit de Paris : « Rien de nouveau ici, comme rien d'intéressant, tout se concentrant dans des intérêts particuliers servis par les plus ignobles sentiments. La nation est endormie dans l'égoïsme par la prospérité. Je vois toujours le peuple le même : chien couchant sous la loi, prêt à devenir lion si on lui montre la gloire, ou à devenir tigre si on lui fait sentir le sang. La société est toujours la même, plus bête que jamais dans le noble faubourg. »
M. de Salvandy, à un bal d'enfants chez M. de Montalivet,