CHAPITRE XI. — JANVIER
conseil municipal et le curé lui ont fait deux discours sous deux arcs de triomphe.
16. — L'expédition de Madagascar ne sera pas prête pour la fin de janvier, comme on l'espérait. Les troupes de débarquement seront commandées par le maréchal de camp Duvivier. On redoute l'effet du climat sur les troupes; un officier de marine, qui connaît bien ce pays, ne doute pas que, si on est forcé de faire camper les troupes à terre pendant quelques nuits, on n'en perde au moins la moitié.
i" janvier. — Les résultats de ma dernière inspection me prouvent que les capacités s'en vont et diminuent de plus en plus dans Tarmée. Le général Aupick m"écrit de Paris à ce sujet : « Avec un appareil de prétendues fortes études, nos collèges nous donnent de bien pauvres résultats; des examens viennent d'avoir lieu dans cette capitale, examens auxquels ont pris part trois ou quatre cents jeunes gens; plusieurs d'entre eux avaient fait leur rhétorique et leur philosophie et ne savaient pas l'orthographe; remarquez bien que je ne prétends pas parler des difficultés trop nombreuses et réelles de la langue française, non, ils étaient étrangers aux règles les plus simples, les plus communes; c'étaient de vraies cuisinières en pantalons. »
Ces prétendues fortes études, dont TUniversité se vante, se réduisent donc souvent à faire de prétendus savants; savoir l'orthographe devrait être la condition sine quel non de l'admission à l'École militaire, je dirai plus, de la nomination au grade de sous-lieutenant en temps de paix. On fait beaucoup trop légèrement sous-lieutenants, à cause de leur ancienneté, des sergents sans éducation; cela a, de plus, l'inconvénient de dégoûter les jeunes gens bien élevés. Il y en aurait bien davantage dans les corps, si on ne leur faisait pas attendre aussi longtemps les épaulettes, pour les donner à des incapables, par la raison qu'ils sont anciens. C'est plus commode
pour les colonels que de choisir. Le peu de soin mis depuis 1830 dans le choix des sous-lieutenants est la cause de la diminution des capacités. J'ai fait écrire un officier, sorti de l'École militaire en octobre dernier; il a fait des fautes d'orthographe.
2. — Ibrahim-Pacha a passé au Vernet la revue de la compagnie de carabiniers du 8* léger, lui a fait exécuter le maniement des armes, les mouvements de l'école de peloton, et il a été satisfait. Son Altesse a fait monter dans sa chambre un carabinier, a examiné son armement, son équipement, les effets contenus dans son sac, le lui a fait défaire et refaire en sa présence, puis lui a demandé son livret pour en prendre copie. Son Altesse a admiré la concordance entre le numérotage des effets et celui du livret, et elle a donné un napoléon au carabinier. Après cette petite revue, Ibrahim-Pacha a gardé près de lui Soliman-Pacha, le chef d'escadron Cassaignoles, et le capitaine d'infanterie pour faire sa partie de whist; il a pris goût à ce jeu.
20. — Le lieutenant-colonel Dumontey, du 49" léger, m'écrit de Constantine :
« Je vous écris aujourd'hui pour vous annoncer un malheur affreux arrivé à la colonne expéditionnaire partie de Constantine, le 9 décembre dernier, sous les ordres du général Levasseur. Le but de cette sortie était de ramener à l'ordre quelques tribus qui se trouvent entre Sétif et Batna. Il y a eu quelques combats livrés à notre avantage, et, tout étant rentré dans l'ordre, il ne s'agissait plus que de revenir, afin de ne pas être surpris par le mauvais temps dans un pays aussi froid. On était déjà à une certaine distance du théâtre de la guerre, quand le général fit revenir les troupes sur leurs pas pour brûler deux gourbis qui avaient été oubliés : fatale idée, comme vous allez en juger.
« Afin detomber àl'improviste sur ces villages, le général fit gravir une montagne des plus élevées, et dans la nuit du 1" au 2 janvier, il tomba tant de neige que les tentes de nos soldats étaient couvertes, les bêtes étaient ensevelies, la cavalerie a eu bien de la peine à retrouver ses chevaux. Le colonel Bous-