CHAPITRE XI. — AVRIL
jolie figure son chemin dans le monde. Il était en dernier Heu consul général et chargé d'affaires en Egypte. Le ministre des affaires étrangères l'envoie auprès dlbrahim-Pacha pour le conduire à Paris.
M. de La Valette a la mission de faire partir Ibrahim-Pacha le plus tôt possible du Vernet; le Roi veut Tavoir à Paris le l"" mai et en être débarrassé à l'époque de l'arrivée de la reine d'Angleterre.
Le duc de Liiynes a épousé, le 23 mars, la vicomtesse Jules de Contades, dans la chapelle de Dampierre; ils ont chacun de quarante-deux à quarante-trois ans. Le duc de Luynes, excessivement riche, s'est jusqu'ici exclusivement occupé de science.
Je suis arrivé à Toulouse à trois heures et demie du matin, et à Agen à sept heures du soir.
3 avril. — Je suis descendu à l'hôtel de France, j'ai envoyé ma voiture à Bordeaux, avec mon secrétaire M. Noguès, et je me suis embarqué sur le bateau à vapeur pour me rendre dans cette ville. J'ai trouvé sur le bateau le sous-lieutenant Martinet, du 1" de cuirassiers, qui a eu le prix de vertu Montyon, quand il était adjudant dans ce régiment.
5. — Je suis arrivé à Bordeaux à quatre heures et demie; le général de division Castelbajac n'était pas chez lui, l'archevêque non plus. J'ai été voir M. Soye, ancien sous-lieutenant du 5' de housards et des housards de la garde, qui a fait fortune à Bordeaux comme facteur de pianos. J'ai eu occasion de lui rendre jadis quelques services; il est du petit nombre de ceux qui, une fois riches, m'ont rendu l'argent que je leur avais prêté. Je lui ai fait un grand plaisir en acceptant à dîner chez lui. Il a fait avertir un ancien sous-lieutenant, adjudant au 5' en même temps que lui, le capitaine en retraite Guénot, qui est venu se fixer à Bordeaux auprès de son ami Soye. Toux deux m'ont reconduit ce soir à mon auberge.
7. — Je suis parti de Bordeaux le 4 avril; j'ai pris le 6. à Tours, le chemin de fer qui a été inauguré le 26 mars; je suis arrivé chez moi. à Paris, à trois heures et demie de l'après-midi. Tous mes enfants sont successivement arrivés.
J'ai appris du général Sébastiani que le général d'Hautpoul s'est permis, au comité des inspecteurs généraux, de profiter de mon absence pour blâmer mes notes en des termes inconvenants; le général Changarnier l'a vigoureusement relevé lui-même. Le général d'Hautpoul a la division la plus mal tenue de France. J'ai eu le tort de le faire remettre en activité; il est de ceux qu'on appelle « les ralliés ». Je ne suis pour rien dans sa nomination de lieutenant général, et j'ai eu bien soin de l'établir près de M. le duc de Nemours. Il est inouï qu'en sa qualité de carliste, on lui ait donné le commandement de la division de Marseille. M. d'Hautpoul a déclaré qu'il était un grand administrateur, et il ne sait pas seulement l'orthographe. Son frère, l'ancien officier d'ordonnance de l'Empereur, ancien colonel de l'artillerie de la garde royale, beaucoup plus capable que lui, est entièrement l'homme de M. le duc de Bordeaux, de sorte que M. d'Hautpoul a un pied dans les deux camps.
8. — J'ai été ce soir chez le Roi; Sa Majesté et sa famille m'ont félicité de ma guérison, j'ai causé d'Ibrahim-Pacha avec la Reine, Madame Adélaïde, la duchesse d Orléans et les autres princesses, autour de la table de la Reine; puis le Roi m'a pris à part, et nous avons longuement devisé sur ce pacha. Je le lui ai annoncé comme un homme de grands instincts. Je me suis étendu avec le Roi sur la manière dont Ibrahim-Pacha et Soliman-Pacha pensaient que la cavalarie devait être employée en Afrique.
Mme la duchesse d'Orléans m"a beaucoup parlé de l'Espagne; j'ai fini par lui dire qu'il était bien fâcheux qu'on ne pût donner à ce pays un prince français, objet des vœux des Espagnols; je suis convaincu qu'au fond, c'est ce que le Roi désire, mais il n'ose pas. Je lui ai fait observer que dans les temps où nous vivons, les faits une fois accomplis n'éprouvent guère d'opposition. Elle m'a raconté que la France n'avait pas trop de princes français, et qu'elle avait besoin de tous ceux qu'elle avait. Je ne me suis pas montré courtisan en cette occasion-là, je me suis tu. La duchesse d'Orléans m'avait amené près de la table à thé; elle m'a dit en terminant que