‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 20 sur 231 · CHAPITRE PREMIER. — NOVEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — NOVEMBRE

Les Hollandais ont inondé un « polder » près de l'Escaut, à Kiel, ce qui empêchera d'attaquer la citadelle par ce côté.

Mes vieux avares d'hôtes sont vraiment à payer des places, par leur continuelle occupation de leurs trumeaux de glaces et de leur maison d'Anvers; les hommes qui resteront à ce siège leur sont, en revanche, de la plus complète indiiïérence. Le baron me raconte qu'il aime mieux les Français que les Belges ses compatriotes; comme il a cent mille livres de rente, il craint toujours d'être pillé. Je lui ai dit que, par exemple, tant que les Français seront dans le pays, il peut être tranquille.

29. — J'ai été chez le général Haxo; il était accablé de besogne et en compagnie du général Saint-Cyr-Nugues; il écrivait des ordres pour l'ouverture de la tranchée ce soir même. Le maréchal Gérard est entré; il avait l'air préoccupé; craignant d'être de trop, j'ai pris congé de lui; il m'a serré affectueusement la main, en homme qui est sous le poids de l'émotion de Tordre donné pour l'attaque. J'ai été ensuite chez le général Neigre, qui m'a raconté qu'il avait terriblement travaillé pour l'arrivée de son artillerie et de ses approvisionnements; on dépensera cinquante milliers de poudre par jour pendant le siège.

J'ai voulu examiner, en revenant, les prétendus travaux commencés; je n'en ai pu découvrir aucun; quelques officiers et artilleurs, en bonnet de police, traçaient une batterie en arrière du cordon belge, sur les glacis, près le fort Montebello. Les Hollandais les regardaient du haut des remparts, un grand nombre sont montés sur le parapet quand j'ai passé; j'ai entendu sonner une trompette dans la citadelle, je m'en suis allé, ne voulant pas être cause qu'on fît plus attention à ces artilleurs. Les Belges sont furieux de l'arrivée de 8,500 hommes de la division Schramm. On ignore le sujet de cette fantaisie du maréchal Soult; nous sommes déjà trop nombreux.

30. — Cette nuit, nos travailleurs n'ont pas été inquiétés; ils ont fait cinq cents mètres de tranchée pendant la nuit. Le maréchal Gérard a envoyé le colonel Auvray faire une som-

mation au général Chassé; celui-ci a répondu à dix heures : « Je suis décidé à me défendre; si, à midi, vous n'avez pas cessé vos travaux, je tirerai sur vos troupes » ; ce qu'il a exécuté (1).

(1) Les Hollandais ne s'étaient pas aperçus de l'ouverture de la tranchée; une patrouille hollandaise, ayant entendu le bruit des pioches, en prévint l'officier de garde, qui se porta en avant, mais pas assez pour s'assurer du fait; il rentra en disant : « U n'y a rien. » {Note du maréchal.)

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