‹ Journal du maréchal de Castellane, 1804-1862 (volume 3)Chapitre 21 sur 231 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Singulières conditions du siège d'Anvers. — Le duc d'Orli'-ans monte la première tranchée. — Mon tour arrive le 1" décembre; je donne un dîner dans la tranchée. — Mon rapport au marécluil Gérard. — Sortie des Hollandais. — On démasque nos batteries le 4 décembre. — Belle conduite du duc d'Orléans, le 7 décembre. — Je lui reproche de trop s'exposer. — Nous sommes envahis par la boue. — Nouveau dîner dans la tranchée. — Il faut éviter devant le soldat ce qui pourrait avoir même l'apparence de manque de résolution. — Belle conduite des cantinièrcs. — Antoinette Morand. — Le roi Léopold visite les tranchées. — Prise de la lunette Saint-Laurent. — Diflicultés du siège. — Je suis désigné pour commander l'assaut, le 27 décembre. — Le général Chassé envoie, le 23, des parlementaires. — Nous prenons possession de la citadelle, le 24. — Immense développement de nos travaux. — Bel aspect des troupes hollandaises prisonnières. — Avec l'autorisation du maréchal Gérard, je rends visite au général Chassé, et je lui fais compliment sur sa belle défense. — Mouvement rétrograde de l'armée française. — Nous remettons aux Belges la citadelle d'Anvers. — Notre passage à Bruxelles. — Réunion à Lille du roi et de la reine des Français, du roi et de la reine des Belges. — Je suis nommé lieutenant général, et je reviens à Paris.

30 novembre. — Les postes belges, en lace des Hollandais à l'arsenal, dans le terrain neutre, ont été relevés hier soir par les Français. De ce côté nos factionnaires sont séparés des factionnaires hollandais par une planche; là on se regarde tandis que l'on se canonne sur le front d'attaque.

Le duc d'Orléans a monté la première tranchée; il devait être relevé à deux heures, il l'a été à trois par un colonel. L'état-major général avait tout bonnement oublié de commander un maréchal de camp de tranchée, puis il avait désigné tardivement le général Zœpflel, mon cadet. Mon aide de camp Despinoy était à l'état-major général au retour d'un officier qui a déclaré qu'il avait cherché sans succès le général Zœpffel. On a découvert alors que mon ancienneté m'appelait T. m. 3

à marcher avant lui. On a dépêché mon aide de camp pour me chercher au château de Schilde, à neuf kilomètres de là; l'ordre m'est parvenu à trois heures et demie : à cinq, j'étais dans la tranchée. Je l'ai parcourue et je l'ai trouvée mal gardée; pendant que j'étais au poste de la tête, le général Zœpfîel était à celui de la queue. Il avait pris le service; je le lui ai laissé, devant le relever. J'ai été chez le général Haxo pour lui dire que les gardes n'étaient pas assez nombreuses, puis chez le maréchal Gérard, qui m'a dit qu'on faisait venir deux régiments de plus au siège.

Le général Chassé a tiré de dix en dix minutes jusqu'à quatre heures, puis il a envoyé le soir quelques boulets : j"ai entendu siffler un seul obus pendant mon séjour à la tranchée; un maréchal des logis d'artillerie et un sergent d'infanterie ont été tués. Je suis revenu à dix heures et demie du soir à Schilde, bien mouillé.

1" décembre. — Je suis parti de Schilde à neuf heures du matin, pour aller prendre le service de tranchée sous la citadelle d'Anvers. Je me suis rendu à la queue de la tranchée près de l'église Saint-Laurent, où j'ai relevé le général ZœpffeL J'ai visité les tranchées; il y a déjà cinq mille mètres de travaux, dont dix-huit cents de parallèles. La gauche est la partie la plus menacée d'une attaque; de ce côté on a de la boue jusqu'aux genoux. Cette promenade demande trois heures. Je venais de rentrer à mon poste; il m'a fallu recommencer la même tournée avec le général Haxo; celui-ci a voulu s'avancer au delà de la tranchée, à l'abri d'une haie : un bruit semblable à celui d'une pluie de pierres s'est fait entendre sur les épines. Le canon grondait; occupé à examiner la position, j'ai demandé au capitaine Poulie ce que c'était; il a ramassé un morceau de fer à mes pieds et me l'a montré en disant : « C'est cela! » Personne n'a été atteint.

Revenu à mon poste, j'ai fait enfoncer la porte de la maison du curé; elle était vide; mon prédécesseur s'était établi vis-àvis, dans un taudis.

J'ai donné à dîner aux officiers supérieurs de tranchée, d'état-major et à d'autres; nous avons mangé la soupe à la

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