CHAPITRE XII. — NOVEMBRE
une science, et il faut avoir le temps de l'apprendre. Je ne demande pas qu'on puisse être colonel à vingt-cinq ans; cela m'est arrivé en 1813, après la campagne de Russie, et m'a été très utile. J'ai été dix ans chef de corps, dix ans maréchal de camp, et cela m'a donné plus d'aplomb pour exercer le grade de lieutenant général.
Il y a tout au plus dans l'armée, maintenant, dix colonels d'infanterie ayant été nommés colonels à quarante-quatre ans ou avant; il m'a été impossible, dans mon arrondissement d'inspection, de présenter pour le grade de lieutenant-colonel, cette année, un chef de bataillon à quarante-deux ans; la suppression du grade de lieutenant-colonel est indispensable pour nommer des colonels à quarante ans; on aurait alors vingt ans pour en faire des officiers généraux. Si les colonels ne présentaient pas ordinairement les plus anciens sous-officiers, ayant de trente à quarante ans, pour le grade de sous-lieutenant, si les inspecteurs les rejetaient pour prendre les plus capables, plus de jeunes gens bien élevés s'engageraient. Je le fais pour mon compte, mais mes numéros 1 dans cette catégorie sont rarement choisis au ministère de la guerre.
La présence dans les rangs de l'armée des gens de classes aisées augmente l'influence du gouvernement. L'Empereur le savait; il ne négligeait rien pour les attirer. Bien des officiers maintenant ne savent ni le français ni l'orthographe; la plupart d'entre eux sont fils d'artisans et de cultivateurs; la masse de ceux des élèves des écoles militaires qui restent dans l'armée sont des fils de militaires ou d'employés, élevés aux frais du gouvernement. La question de la composition des officiers est sérieuse; il serait très fâcheux de les voir se recruter exclusivement dans les dernières classes de la société, comme cela existe maintenant pour le clergé.
Ce qui vient d'arriver à Perpignan à l'occasion de l'élection de M. Arago est une grande preuve de la tendance du bas clergé au républicanisme. Malgré le vieil évêque, M. de Saunhac, presque tous les curés et desservants ont agi activement et publiquement en faveur de 31. Arago.
7 novembre. — M. 3Iérimée, membre de l'Institut, a dîné
chez moi; il se rend à Barcelone, où il va examiner les archives de cette ville, qui sont fort curieuses. Il s'occupe en ce moment de l'histoire de Pierre le Cruel. Je l'ai recommandé au général Breton, capitaine général de la Catalogne, pour qu'il facilite ses recherches scientifiques.
9. — Le maréchal comte de Bourmont, né le 2 septembre 1773, est mort le 27 octobre. Il était entré comme enseigne aux gardes françaises en 1788; il était émigré et a commandé dans la Vendée. Se trouvant en Portugal en 1808, le duc d'Abrantès le prit pour officier d'ordonnance; l'Empereur, en sa qualité d'ancien général vendéen, le fit adjudant commandant à l'armée de Naples, en 1810. Je l'ai connu en 1812; il commandait une colonne qui faisait sa retraite du château Galitzin sur Mojaïsk, et l'Empereur m'avait envoyé près de lui pour suivre son mouvement. Ce colonel n'avait pas encore la croix, ce qui me frappa.
Pendant les Cent-jours, il accepta une division dans l'armée du général Gérard et l'abandonna, la veille de la bataille de Waterloo, pour rejoindre Louis XVIII. Cette action lui a été continuellement reprochée. Le maréchal Gérard n'en a pas moins été toujours très bienveillant pour lui, même pendant la Restauration, époque à laquelle le général Gérard était dans l'opposition. M. de Bourmontétait un officier général distingué, d'un grand courage; il a été bon ministre de la guerre; il était fort aimable et homme d'esprit, seulement je ne crois pas qu'il fût d'une grande franchise.
28. — J'ai expédié les écritures de l'inspection de l'étatmajor des places de la 21° division; c'est le dernier des travaux de ce genre que j'avais à adresser au ministre de la guerre en 1846. Je m'en réjouis vivement, car quand on s'en acquitte comme moi avec un soin consciencieux, c'est un travail long et ennuyeux.
29. — Le général Lamoricière est parti de Paris le 14, pour retourner à son commandement d'Oran. La position qu'il avait prise dans les élections en se faisant porter par l'opposition fait que, s'il n'avait pas été nommé député à Saint- Galais, sa position était compromise, et il aurait perdu son